Le 23 décembre 2009
Il faut savoir écouter et comprendre la sagesse populaire, quelle soit blanche, noire, jaune ou rouge, car elle conserve le résultat
d’une expérience et d’un savoir multimillénaire. Rfi m’a rappelé récemment l’un de ces proverbes que j’aime beaucoup :
« Tronc d’arbre dans le marigot,
Jamais crocodile ne deviendra».
Je me demande s’il n’est pas applicable à tous ces sauriens qui peuplent Ambohitsorohitra et qui me semblent tous n’avoir qu’un tout
petit cerveau. Je ne leur vois que le comportement des mères crocodiles. Elles choisissent sur la terre ferme un lieu où déposer leur œufs et, quand ceux-ci éclosent, elles reviennent prendre
leurs nouveau-nés pour les déposer dans l’onde voisine. C’est bien ce que viennent de faire nos crocodiles. Leurs petits allaient être chassés de leur confortable marigot au sein de la
Transition. C’est le seul instinct maternel qui a poussé à les faire revenir dans la défunte Haute Autorité de Transition et à ressusciter une institution condamnée à la majorité des trois quarts
et qui avait été enterrée.
C’est plus qu’une simple exhumation ou qu’un famadihana. La Hat pourrait bien
être un lolovokatra, comme on en connaît dans le pays de Pointe de Sagaie. Pour qui ne le saurait pas, les lolovokatra sont apparemment des humains qui, à ce que l’on croit,
sont décédés et qui, à ce l’on voit, reviennent se promener à la surface de cette terre. Je me souviens de l’un d’eux qui fut célèbre et qui, à Amboasary, revenait dans l’usine sisalière où il
avait travaillé. Sans doute avait-il la nostalgie de ce temps heureux dont il n’avait pas trouvé ne serait-ce que l’équivalent dans l’au-delà que l’on nous promet.
Où vont-ils nous mener ? A se demander si leur petite cervelle de saurien n’est celle de grands vauriens. Ils ne connaissent pas
cet adage d’outre-atlantique selon lequel « Time is money » et n’ont pas compris, comme je l’avais prévu, que la bienveillance américaine avait des limites temporelles. Comme
ils avaient voulu le faire à Bruxelles, ils ont bien essayé de l’amadouer, mais, comme à Bruxelles, ce fut en pure perte. Le gong a donc sonné et Madagascar n’est plus admise aux privilèges que
lui avaient concédés l’Agoa. Certaines des usines franches qui travaillaient grâce à cet accord, vont perdre leurs clients. Dans les milieux
concernés, l’on estime que cela ne mettra à la rue « que » 50.000 salariés : tous ces bagnes que sont les usines franches ne travaillent pas en effet « que » pour les
Etats-Unis.
Comme tout crocodile, ceux d’Ambohitsorohitra n’ont qu’une petite cervelle et sont incapables de s’adapter à une situation nouvelle.
Ils ne connaissent que les lalana kitan-kisoa, les chemins déjà reconnus et bien tracés par les porcins – chemins qui sont devenus des lalana kitam-boay. Comme nous sommes des
champions du juridisme, ayant aboli tous les accords des deux premiers Mapouto et d’Addis-Abeba, nous en sommes donc revenus aux ordonnances du 17 mars désormais datées du 18 décembre. Et les
perdants se sont retrouvés avec leur billet de loterie gagnant avec titre, voiture et indemnités. Il faut savoir respecter les textes, même quand ceux-ci ont été concoctés par des
coup-d’Etatistes.
Où va nous mener Ijoelina ? Il faut écouter Pointe de Sagaie qui a livré ses appréciations à la très chère Rfi au matin du 22 décembre. L’on peut lui faire confiance, puisque l’on sait que tous deux, lui et Ijoelina, ont concocté leur affaire depuis août 2008 et
qu’ils se connaissent bien. Pour Pointe de Sagaie, Ijoelina n’a ni capacité d’écoute, ni capacité d’encadrer. Quant à la France, elle n’a pas de grande vision géostratégique. A entendre Pointe de
Sagaie, c’est le règne des petits cerveaux de crocodile. Quant à la grande partenaire d’Ijoelina, ce n’est pas de crocodile dont il faut parler, mais des arbres qui révèlent la forêt. On aurait
pu croire qu’ils avaient capacité et compétence pour régler nos modestes problèmes. Mais il faut bien se rendre à l’évidence que ces arbres souchiens n’ont pas tout cet esprit et cette vitalité
qu’ont les arbres japonais de Mizoguchi. Même pour les arbres, il faudra aussi bien admettre un jour la pertinence du débat séculaire entre Orient et Occident. Sauf à poser qu’il y aurait une
troisième voie, la nôtre.
*
Le pays continue à s’enfoncer et me rappelle cette anecdote du temps passé de l’époque Ratsiraka. L’Ambohitsorohitra de l’époque avait
constaté que le niveau de la mer s’élevait sur les côtes du pays et avait demandé à des océanologues de Pyongyang, puis de Chine et encore de Moscou, de venir étudier la chose. Comme aucun
résultat fiable n’avait été obtenu de ces grandes missions, l’Ambohitsorohitra de l’époque s’était résignée à faire appel au savoir de la France qui y avait dépêché d’urgence des océanologues de
l’Orstom. Arrivés le soir à Tamatave, ils étaient descendus au Joffre. Sans aller au bord de l’eau mais à constater le service, la nourriture et les
délestages, ils avaient tout de suite compris que ce n’était pas le niveau de la mer qui s’élevait, mais le pays qui s’enfonçait.
Les conditions ont depuis changé avec le réchauffement climatique. C’est bien le niveau de la mer qui monte. Nos crocodiles
commenceraient à s’inquiéter, s’ils savaient que les sauriens ne peuvent vivre dans l’eau salée. Que vont-ils devenir si le niveau de la mer atteint Ambohitsorohitra ? A combattre des
requins dans l’eau salée et avec suffisamment de profondeur, c’est toujours le requin qui sort vainqueur. Et ce sera alors l’eau réchauffée de la Bérézina.
Il reste quand même un certain nombre de personnes qui n’ont pas été hâtivisées et qui conservent raison. Parmi eux, on pourrait citer
Edgard Razafindravahy, Pds d’Antananarivo. Vendredi dernier à la télévision, il a osé révéler que pour l’année à venir, la ville d’Antananarivo ne
disposera que d’un budget plus qu’insuffisant de 480 millions d’ariary, soit 1,67% du budget antérieur, car il a aussi osé révéler qu’« autrefois », la ville bénéficiait d’un crédit de
35 milliards d’ariary. Cet « autrefois » désignait bien sûr l’époque – honnie ou bénie ? – de Ravalomanana, qui savait dégager les crédits nécessaires.
Parmi ces personnes, il y a aussi celles de la Banque Centrale qui se battent pour revaloriser l’ariary. Depuis début décembre, ils
ont réussi par une intervention quotidienne d’un million d’euros à faire passer l’euro de 3.000 à 2.792 ariary. Leur idéal – oui, car en ces temps difficiles, il en est qui conservent toujours un
idéal – est d’amener l’euro à 2.000 ariary afin que tout le monde en puisse profiter un tant soit peu. Souhaitons-leur de réussir, car nous savons qu’Ijoelina n’y sera pour rien.
Dans le public où l’on essaie de comprendre, la critique de l’information donnée par les médias reste attentive. Témoin
ce que m’écrit la nuit dernière l’un de mes correspondants qui n’arrivait pas à en trouver le sommeil : « Pendant toute la durée des dernières négociations
de Maputo et de l’interdiction d’entrée sur le territoire faite pendant une dizaine de jours aux négociateurs des Trois Mouvances, Rfi a fait
l’impasse quasi totale sur Madagascar. Depuis le retour de ces derniers, imputé à la magnanimité de l’Homme Fort, et la décision de ce dernier de n’en faire qu’à sa tête en remettant en
cause tous les accord signés par lui à Maputo et à Addis-Abeba, Rfi est dans tous ses états et n’arrête plus de parler de l’Ile, presque à tous ses
bulletins, à grand renfort d’interviews, dont celle sidérante de Kouchner, qui trouve, ma foi, que ces braves Malgaches ont bien de la chance d’être invités à voter dans quelques semaines pour la
mise en place de l’Assemblée Nationale voulue par Monsieur Rajoeline (prononcé exprès à la française, au lieu de prononcer Radzouël selon la phonétique malagasy). Au demeurant, Kouchner ne fait
pas tout un plat des accords de Maputo et donne même l’impression d’en faire son deuil ! Voilà donc le masque de la diplomatie française qui tombe et c’est sans doute mieux de clarifier
ainsi la situation... Mais quel cynisme ! »
*
Revenons à nos crocodiles. Pour savoir où nous allons, nous aurions besoin d’un bon éthologue qui puisse nous enseigner les mécanismes
de la psychologie du crocodile, ou peut-être des crocodiles, car nous ne savons pas si ces animaux fonctionnent selon un modèle unique et formaté. Le Bureau National des Normes a été incapable de
nous renseigner. Il n’a toujours pas de commission qui aurait réfléchi à ce sujet fondamental pour notre avenir. Ce que toutefois nous pouvons avancer, c’est que :
Crocodile d’Ambohitsorohitra,
Jamais homme politique ne deviendra.
Dans les différentes régions de notre chère île, certains de nos ancêtres avaient passé un pacte avec les crocodiles. Dans une
rivière, les fanidy les protégeaient de toute agression. Comme les grosses anguilles (amalona, tona) et les do, ces petits boas de nos campagnes, les crocodiles avaient
accueilli dans leur enveloppe charnelle les esprits des anciens princes. On les nourrissait périodiquement comme à Anivorano. Et, en marque de reconnaissance, certains – osons dire les
andriana, petite précision qui en fâchera certains autres– pouvaient les chevaucher pour passer un fleuve où il n’y avait pas de gué possible. De leur côté, ces bénéficiaires ne les
chassaient pas et n’utilisaient pas leur peau pour des articles de la mode féminine. Mais ils pouvaient utiliser leurs dents pour recevoir les fanafody protecteurs, comme le montre bien
le portrait de Rafaralahy-Andriantiana, gouverneur de Foulpointe sous Radama père. Les crocodiles d’Ambohitsorohitra ne possèdent manifestement aucun esprit princier dans leurs petites têtes.
Serait-ce donc qu’ils se soient mis à l’école des sauvages caïmans et alligators d’Amérique ?
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