Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 08:13

Le 07 décembre 2009 

Le fanjakan’Ijoelina restera dans notre histoire, ayant déjà fait oublier le fanjakan’Ibaroa, qui est synonyme dans la culture commune d’anarchie, d’injustice et de mauvaise gouvernance. Le fanjakan’Ijoelina a fait mieux et nous entraîne dans une véritable cata. Non pas une simple catastrophe, mais une cata à la vitesse supérieure. Nous sommes, il est vrai, au creux de la vague, mais c’est un creux qui continue à se creuser et dont personne n’ose prévoir la profondeur finale.
Les meilleurs analystes ont déjà compté 280.000 emplois perdus. Et qui dit en ce cas perdu veut dire que l’on ne pourra les retrouver. Ces analystes prévoient que ce nombre va encore augmenter. Ils pensent que l’euro devrait être valorisé à 3.300 ariary. Si l’ariary a repris un peu du poil de la bête – l’euro est à 2.900 ariary en ce moment – cela tient aux excellents techniciens de la Banque Centrale qui, jouant avec les devises de la Banque, lui maintiennent ce taux. Et s’ils ont des masses de devises avec lesquels jouer, c’est grâce à Ravalomanana qui n’a pas endetté le pays. La Transition peut dire : « Merci, Ravalo ! »
Le seul vrai succès de la Transition réside dans la création d’emplois complémentaires dans le racket. L’explosion du nombre des racketteurs de la Hat inquiète au plus au point les diplomates amis de Madagascar.
Il ne faut pas se laisser abuser. Les organismes financiers internationaux débloquent bien quelques crédits de temps à autre. C’est ainsi que la route du Nord-Ouest devrait être finie à un horizon proche, grâce à quelques dizaines de millions de dollars. Si le crédit prévu a finalement été débloqué, cela tient aux excellentes relations que les techniciens malgaches avaient établies avec leurs partenaires étrangers. Ne pas le faire aurait conduit à la détérioration des travaux préliminaires déjà effectués et aurait donc entraîné de nouvelles dépenses.
Ce n’est que peu de choses et l’arbre ne doit pas donner l’impression d’une forêt. La plupart des projets aux financements déjà préparés pour 2009 n’ont pas été mis en œuvre. Il en est ainsi, par exemple, des investissements d’une société thaïlandaise, l’équivalent pour la Thaïlande de Total pour la France. Celle-ci avait provisionné presque un milliard de dollars pour 2009. Rien n’a été engagé et l’on ne peut savoir si cet argent qui dort ne va pas partir vers d’autres cieux moins orageux et tourmentés. Une visite récente de ces investisseurs les a laissés de marbre.
A la différence des Hâtifs, il ne faut pas croire non plus que la bienveillance américaine la mènera à ne rien décider pour l’Agoa en l’absence de concessions radzouëliennes. Toutes les bonnes choses ont une fin, dit-on.


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Comment la ville réagit-elle ? Et qu’en pense-t-on en ville ?
Face à la perte des emplois et donc des salaires, il y a deux solutions. La première est celle que les théoriciens anarchistes autrefois appelaient la « reprise individuelle », autrement dit cambriolages, vols et banditisme de toutes sortes. La seconde est de créer un petit commerce dans l’informel et l’illégal. C’est, me semble-t-il, la solution majoritairement encore préférée. Or, pour commercer, la meilleure place est celle des façades sur les rues les plus fréquentées. Les trottoirs sont donc envahis et occupés comme à Behoririka et Soarano où une bonne partie de la voie roulante est occupée au grand dam des automobilistes et des transports en commun. Devant la volonté de la Commune de « remettre de l’ordre », les nouveaux commerçants ont manifesté et brandi des pancartes jusqu’à des heurts violents avec les ordonnateurs. Serait-ce un début de guérilla urbaine ?
La vie en ville inspire à Vanf un tableau exaspéré que j’essaie de traduire : « La majorité populaire d’Antananarivo n’a pas été maudite pour respirer des odeurs de putréfaction, maudite pour être barbouillée d’excréments, maudite pour acheter de la nourriture au milieu des ordures ». On en comprend tout le sens, quand on sait que la culture malgache oppose le manitra, le parfumé qui est lié au Ciel (lanitra), au maimbo, le puant de l’urine, des excréments et des corps en décomposition qui est lié au monde souterrain et à la mort… Tout le sens quand on sait le soin apporté à la nourriture qui, touchant seulement la terre, était déjà synonyme de mort.
Pour ce qu’on pense de la situation la plus générale, je ne reprendrai qu’une opinion majoritaire : « Je crois, ai-je entendu dire, que Tana a eu cette fois sa dose de TGV, car les gens commencent à lui tourner le dos et la population se rebelle contre ses agissements. A mon avis, je crois que l’ère Radzouëlienne en est presque à sa fin. Et j’imagine que sa chute sera terrible, car comme il a pris le pouvoir dans les rues, ce sera également dans les rues qu’il lui sera repris. Ceux qui l’ont poussé à sa place actuelle seront également ceux qui le destitueront demain ». Ou encore ceci : « Je crois que la santé mentale de ce Monsieur [Il s’agit de Rajoelina] est fortement atteinte et que sa vue est en baisse, voire même qu’il devient aveugle, sinon il ne dirai pas de telles idioties. Faut pas prendre ces paroles au sérieux. Ce n’est que du délire pur et simple ! »
Dans les campagnes, les feux de brousse ont repris ces derniers mois. A l’époque de la Ire République, nos savants anthropologues de l’Orstom – qui se cache aujourd’hui sous le nom sans connotation d’Ird ou Institut de Recherche pour le Développement – en avaient fourni des explications : ou c’était une horrible technique ancestrale pour aider à la repousse de l’herbe pour leurs zébus avec le retour des pluies, ou c’était un acte de mécontentement à l’égard du gouvernement. Ils n’étaient pas très futés. En fait, comme on a pu le constater sur le dernier demi-siècle, les feux de brousse ou doro tanety sont une manifestation d’indépendance des incendiaires dans une époque où l’autorité de l’Etat n’est pas reconnue. S’il y avait beaucoup de doro tanety pendant les deux premières Républiques, ils avaient, du moins sur les hautes terres, quasiment disparu depuis presque dix ans. Or qu’ai-je vu ? Dans le ventre même de l’Imerina, les pentes qui montent vers le sommet d’Andohalambo qui domine Ambohijanaka, un peu au sud d’Iavoloha à l’est de la Nationale 7, ont été complètement brûlées. Or, je n’ai jamais vu de zébus paître sur ces pentes. Et c’est une région où il n’y a plus de grands troupeaux de zébus depuis fort longtemps. L’autorité de Ravalomanana était reconnue, mais elle a disparu et aucune nouvelle autorité n’a réussi à s’imposer à ce cher vahoaka qu’aime tant invoquer la Transition Hâtive.
On invoquait autrefois – on invoque encore aujourd’hui – les Vazimba, parce que l’on se souvenait de leur bonne gouvernance et du bien qu’ils avaient apporté à leurs sujets. On les invoquait parce qu’ils pouvaient toujours donner des bénédictions et contribuer, à partir de l’au-delà, à satisfaire les demandes des descendants de leurs sujets, lesquels continuaient à former leur peuple. Il est certain que, demain, personne n’invoquera l’esprit de Rajoelina. Il est certain qu’il ne deviendra pas Vazimba, mais entrera au musée Grévin des calamités nationales.
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Depuis janvier, tout le monde était accroché aux différents médias à la recherche de l’information. Aujourd’hui autour de moi, et tout aussi bien moi, cette addiction est comme guérie : beaucoup ne courent plus dans cette quête. Si la saison des orages est bien arrivée et même s’il pleut des cordes, c’est la saison sèche pour l’information. Que dis-je ? C’est une véritable sècheresse accompagnée de famines. Cela nous laisse le temps pour penser à ce qui, en l’absence d’un gouvernement consensuel et inclusif, assure la permanence de la Transition. J’y verrais comme une sorte de marmite tripode à l’image des marmites en chloritoschiste (vatodidy) ou en céramique des hautes terres de l’époque vazimba : la désinformation par le mensonge, la personnalité du gamin soutenu par les mutins et le pouvoir clérical avec son tank intellectuel.
 
La désinformation a sévi depuis les tout débuts du mouvement. L’entreprise fut bien organisée, puisqu’elle embaucha en ce début d’année des jeunes de l’ancienne mouvance Arema qui quittèrent leurs emplois pour se consacrer à ce travail. A titre d’exemple, on peut rappeler qu’Internet servait à diffuser un texte, mal écrit en français, qui dénonçait mensongèrement la gouvernance de Ravalomanana et qui se présentait comme étant la copie d’un article de Wikipedia. Ce texte devait convaincre les convaincus qui ne pensèrent même pas à aller directement consulter l’encyclopédie de la toile, alors qu’il leur aurait suffi de composer l’adresse internet qui leur était fournie comme la source. Le mensonge fit donc son travail et refuse toujours d’admettre qu’il y eut un coup d’Etat. La passion aveugle la raison.
Dans cette entreprise, les réseaux accessoires françafricains des toujours mécontents et toujours revanchards furent mobilisés. Les médias français furent donc mis au service du mouvement « démocratique » de la Place du 13 mai et, dès lors, eurent des consignes qui leur conseillaient fermement de s’opposer à Ravalomanana. On sait le rôle qu’y jouèrent les jésuites du parti français avec leur Docteur en sciences politiques – lequel avait été expulsé à la satisfaction de beaucoup dans l’Eglise – aussi bien que le père Pedro qui est heureux de développer son audience en dehors de Madagascar et d’être le seul recours des victimes des puissances d’argent. Ces consignes pour la presse sont toujours valables. Une action de sensibilisation menée en France même n’a trouvé aucun écho. En dehors d’un texte de Jean Bothorel paru dans Le Monde le 26 juin, c’est un blaque ahoute total. Cette action avait tenté de contacter l’incontournable Bourgi. La mafia libano-françafricaine a aussitôt réagi en faisant, par le biais des Affaires Etrangères, menacer de sanctions un diplomate malgache !
 
Le deuxième pilier, c’est évidemment le petit DJ. Les fomenteurs du coup d’Etat, qui avaient bien prévu les réactions de Ravalomanana à l’intervioue de Ratsiraka diffusée sur TV Viva en décembre 2008, savaient très bien que le gamin n’avait aucune envergure et pensaient qu’il libérerait vite la scène et deviendrait l’un des martyrs de la démocratie. Mais Ravalomanana refusa de faire ce mauvais boulot, fidèle en cela à la tradition établie par l’un de ses ancêtres, Andriantompokoindrindra, qui avait légué le pouvoir à son cadet pour ne pas avoir un jour à faire couler le sang. C’était encore une tradition très vivante il y a un cinquantaine d’années au moment de l’Indépendance, quand certains de ses descendants refusèrent des postes ministériels pour cette raison.
Il n’avait pas l’envergure d’un chef d’Etat et ne l’a toujours pas. Il sait qu’il est soutenu par les capsates mutinés qui s’accordent seza et confortables indemnités et dont on comprend bien qu’ils ne veuillent pas se retirer. Il sait qu’il est soutenu par la toujours puissance tutélaire, qui voudrait tant sauver le processus de développement qu’elle a mis en place, mais dont on se demande comment elle ne réussit pas à obtenir de son gamin qu’il accepte de remettre en route un véritable Etat et une machine économique qui est en train de sombrer. Sauf à penser que les tireurs de ficelle souhaiteraient retrouver le statu quo ante de l’époque coloniale et attendraient que le creux de la vague soit au plus bas des plus bas pour que des groupes françafricains puissent racheter pour une bouchée de pain les entreprises que des Malgaches avaient réussi à établir.
On parle de Commission Vérité et Réconciliation, comme cela fut fait ailleurs. Le processus semble mort-né. Rajoelina, soutenus par les déclarations publiques des mutins promus, bloque toute évolution. Il craint d’avoir à répondre à des questions qui fâchent. Et d’abord, celle des responsabilités dans la tuerie d’Ambohitsorohitra. Ses souteneurs mutins, qui ont compris que l’on ne pouvait masquer leur coup d’Etat en simple manifestation démocratique, en craignent tout autant. Madagascar étant devenue une vraie puissance africaine, doit-on penser à un avenir guinéen ? Le sort de Moussa Camara serait-il celui de Rajoelina ? Châtaignier l’enverra-t-il se faire soigner au Val de Grâce ? Sans compter ceux de ses proches et autres gardes du corps qui seraient promus dans un monde meilleur.
 
Le troisième pilier est celui du pouvoir clérical qui lui aussi bloque toute évolution. Il faut se souvenir que les missionnaires étrangers sont toujours considérés par le vahoaka comme des envoyés de ce que l’on continue d’appeler le Fanjakana. Les hiérarchies catholique et protestante bénéficient d’un même statut. Il était perçu comme regrettable la division en confessions différentes qui avait fracturé le peuple depuis Ranavalona ii. Le mouvement œcuménique avait remédié à cette situation. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Il n’y a pas non plus à attendre un grand effort des protestants réformés. La semaine dernière, l’Académie avait offert l’hospitalité à une conférence que faisait une dame, professeure de théologie, venue enseigner à la Faculté d’Ambatonankanga. Elle parla fort bien de Calvin devant un auditoire nombreux de pasteurs et de fidèles de la Fjkm. On l’interrogea sur le capitalisme que Calvin aurait justifié. Elle rappela qu’il avait défini l’esprit du capitalisme et qu’il ne fallait pas le confondre avec Max Weber. Mais dans l’assemblée, aucun de ces prétendus réformés n’osa parler de la situation actuelle et de la cata économique que connaissait le pays. Il y avait pourtant là des notables Hâtifs. Tous étaient béats d’admiration devant la missionnaire, mais apparemment ne vivaient pas ici et maintenant, mais dans un monde tout à fait virtuel.
Pour remettre l’œcuménisme en marche, les Eglises auraient bien besoin d’une Commission Vérité et Réconciliation interne où l’on aimerait voir chacun se confesser et démissionner de ses fonctions. Comme je fais encore confiance aux institutions de l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar, les mandats étant électifs et limités dans le temps, je pense que l’Eglise trouverait des responsables mieux ancrés dans leur temps. Quant aux catholiques, Mgr Omar ne démissionnera pas. Pour qu’une personne de qualité qui ne soit pas engagée dans les conflits claniques et tribaux préside à la réconciliation, il y faudrait, c’est sûr, une décision romaine. Pourrait-on l’espérer ? On souhaiterait qu’une telle personne de qualité enseigne à son entourage l’amour du prochain, même protestant, et qu’il interdise à ses ouailles proches à soutane leurs propos sur la « bâtardise » de tel ou tel que l’on entend à l’épiscopat.
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Les Malgaches aiment bien se distinguer (miavaka) des autres peuples. Le fanjakan’Ijoelina en semble bien l’illustration. Poursuite de la démolition de l’outil économique après la démolition brutale par les pillages et incendies, un Etat paralysé et en voie de disparition, des menaces de mort téléphoniques adressées, pour lui-même et sa famille, à quiconque de qualité serait appelé à des fonctions dans une optique consensuelle, des Eglises plâtrées dans un monde virtuel quand elles ne sont pas empêtrées dans leurs mensonges, Madagascar ne s’achemine-t-elle pas vers ce qui pourrait être le premier Etat anarchiste du monde dans lequel la notion de crime aurait été abolie ? Nous serions enfin les tout premiers. Ce serait alors que le Fanjakan’Ijoelina serait inscrit dans l’histoire mondiale pour notre plus grande honte.
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Par Ny Marina
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 08:08

Vérité et réconciliation : le thème est enfin revenu à la mode. Il était temps : si Marc Ravalomanana avait eu la sagesse d'écouter Albert Zafy sur le sujet depuis 2002, il ne serait certainement pas en Afrique du Sud à l'heure actuelle. Mais en préalable, deux questions se posent : réconcilier qui avec qui, et les réconcilier en vue de quoi ? Car au-delà de la sortie de la crise 2009, l'idéal serait de capitaliser la situation actuelle pour reconstruire les nouvelles bases d'une nouvelle société. Malheureusement, on n'a jamais vu de vieilles planches vermoulues capables de donner de nouveaux meubles. Evitons donc l'utopie de certains adeptes de la politique de l'autruche, et restons réalistes sur l'incapacité de nos politicards.

Depuis des mois, nous  appelions à une opération Vérité et Réconciliation comme en Afrique du Sud, au Rwanda ou au Libéria (« Il nous faut des sages au milieu des faucons », 12 mai). La raison en est simple : la crise de 2009 est d'abord et avant tout la fille de la crise de 2002. Elle est née sur les ruines laissées par l'accession au pouvoir de Marc Ravalomanana, car la controverse et le conflit qui ont suivi 2002 ont généré un flot de rancoeurs et de fractures. Ensuite, l'arrogance et le comportement autiste de l'ancien Chef d'Etat envers l'opposition lui a lentement mais sûrement fabriqué des ennemis dans toutes les composantes de la société, y compris dans sa famille politique d'origine. Aucun étonnement donc à voir tous ces aigris et frustrés se retrouver en Janvier dernier sur la Place du 13 mai et y faire niaisement le signe V des foza orana, ces crustacés toxiques et sans qualité qui pullulent entre autres dans les rizières. 

Dans cette optique, il est donc logique que le Groupe international de contact (GIC)  ait associé Didier Ratsiraka aux discussions de sortie de crise, même si voir réapparaître l'Amiral n'était pas du goût de tous. Or pour panser les plaies de 2009, il faudra soigner celles de 2002. Toute autre approche ne sera que du replâtrage. Toutefois, il importe de souligner qu'outre 2002, l'héritage laissé par les années Ratsiraka a aussi sa large part dans la genèse de la crise de 2009. A commencer par son mode de gestion très critiquable de l'armée qui a produit des phénomènes tels que Coutity et ses comparses de 1991 ou 2002, ou d'autres exemples récents d'officiers dont le fameux honneur semble avoir été mis aux arrêts de rigueur avec leurs neurones. Quand l'armée devient un champ de manoeuvres pour les intrigues, combines et autres calculs politiciens, il est normal que les militaires perdent les repères de la discipline, et se comportent comme de vulgaires miliciens à la solde de chefs de bandes politiques.  Par conséquent, les lignes de fracture au sein de l'armée doivent également être réduites pour asseoir une réconciliation. Il est impératif que ses futurs chefs  trouvent les moyens de réinstaurer la discipline, les idéaux et le sens des valeurs. Sinon le comportement fantasque et inapproprié de certains officiers de l'Armée continuera de peser négativement sur le processus de paix civile.

Pour la classe politique, je ne me fais pas de soucis sur ses capacités de réconciliation à long terme. Les politiciens vita gasy créent et participent à des alliances de fortune autour d'une personne, avant de s'allier un jour contre elle. Combien compte-t-on de politicards qui ont été pro-Zafy en 1991 puis anti-Zafy ensuite ; puis pro-Ravalomanana en 2002 et anti-Ravalomanana après ; et maintenant pro-Rajoelina, en attendant la suite logique dans le futur.  Par conséquent, et contrairement à ce que l'on pourrait penser, les ennemis d'aujourd'hui se rabibocheront demain, sur le dos du peuple malgache. Il n'y a qu'à regarder leur capacité à sourire, parler et prendre un verre ensemble dans les cocktails à Antananarivo ou dans les couloirs de Maputo ou Addis-Abeba. Comme disait Ratsiraka, en politique, il n'y a pas d'inimitié qui soit éternelle, et encore moins à Madagascar. Ceux qui ont soutenu bêtement et à corps perdu une cause politique ou une autre, se rendent toujours compte (mais trop tard) qu'ils ont été tournés en bourrique. Question : combien de ceux ayant doré leur carapace orange au soleil du 13 mai durant le premier trimestre 2009 ont perdu leurs emplois à cause de la crise ? Quelle que soit la réponse, tant pis pour eux : bien maigre consolation quand on pense aux centaines de milliers de chômeurs innocents à cause de ce coup d'Etat.

Toute Vérité est-elle bonne à entendre ?

Sans vouloir verser dans une lapalissade, le concept « Vérité et Réconciliation » implique que la vérité soit établie. Les putschistes de 2009  et leurs griots aiment pousser en avant les abus de Ravalomanana et de son entourage. Certes. Mais le processus ne doit pas être à sens unique et occulter la nécessité d'avoir aussi la vérité sur les actes de Rajoelina et sa clique depuis le début de la crise. Par qui les canaux médiatiques de Ravalomanana (RNM, TVM, MBS) ont-ils été brûlés en Janvier ? Qui a organisé les pillages de magasins pour fragiliser le gouvernement Rabemananjara ? Les actes honteux de certains militaires envers les civils, devant témoins et caméras, passeront-ils par pertes et profits ? Quel a été le rôle de la France et des ambassadeurs le Lidec et Chataigner ? Quels sont les hiérarques hâtifs derrière le bois de rose, les rackets des entreprises et le pillage en règle des entrepôts du groupe Tiko ? Autant de questions (parmi tant d'autres possibles)  auxquelles un vrai processus de Verité et Réconciliation devrait aussi apporter des réponses, pour qu'il ne se déroule pas à sens unique.

La logique du processus Vérité et Réconciliation se base sur deux piliers : l'aveu (le coupable reconnaît ses fautes) et le pardon de la part de la victime. Cependant, la grande crainte est de voir les personnes ayant actuellement un quelconque pouvoir tenter de dénaturer le processus pour s'auto-absoudre de leurs forfaits, et juste l'utiliser pour diaboliser leurs adversaires. Le carnage du 7 février est un exemple typique de responsabilité partagée entre les auteurs des tirs, chargés de protéger un Palais de la République,  et les canailles volontairement responsables de l'envoi à l'abattoir d'une foule, même stupide, pour fabriquer les martyrs nécessaires à la révolution. S'occuper des uns sans se pencher sur les autres ne pourra qu'être une opération bancale.

Que ce soit sur le 7 février, les pillages ou tous les autres actes, les questions qui se posent sont donc les suivantes : les responsables sont-ils prêts à avouer la Verité, sommes-nous prêts à l'entendre, et sommes-nous disposés à accorder le pardon nécessaire à toute réconciliation ? Une réponse franche et positive serait indispensable pour s'engager vers une véritable sortie de crise. Et au-delà de la crise 2009, le pari est de pouvoir  remettre les choses à plat et reconstruire le pays sur des bases solides. Et là, sans vouloir paraphraser Sylvain Augier, faut pas rêver. Jusqu'à présent, les marchandages et les petits coups bas continuent, et perturbent le processus de réconciliation beaucoup plus qu'il ne le favorise. Exemple parmi tant d'autres, l'interdiction faite à Albert Zafy d'avoir accès au salon d'honneur avant le départ pour Maputo III. Quand la pratique politique se base sur de telles mesquineries, on ne peut qu'être anxieux pour l'avenir. Car cet épisode tragi-comique à Ivato n'est que le reflet de la mauvaise foi et de la capacité  innée de nos politiciens à faire de l'abus de pouvoir. Bientôt il faudra s'attendre à voir sortir un décret sortir pour empêcher les opposants à Andry Rajoelina d'éternuer.

De tout ce qui précède, le Comité de réconciliation présidé par Albert Zafy aura fort à faire. Car tous les indicateurs montrent que le contexte rendra le processus inextricable, avec donc un risque d'impossibilité de le voir se mettre en oeuvre, ou pire, de le voir mis en place de façon folklorique et à sens unique. Quand même des situations basiques ne peuvent être réglées (accès au salon d’honneur à Ivato, voitures de fonction ou bureaux des co-présidents de la Transition), il est difficile de croire à la capacité de nos politiciens actuels d’appréhender le futur pour y projeter le présent, et construire un vouloir vivre ensemble autrement que du bout des lèvres. Dommage que la sagesse de nos aïeux ait été oubliée. Quand les pratiquants de kalon’ny fahiny rappelaient « tsy mba misy tsy ho diso », on répondait toujours autrefois « Mifankatiava ihany e ». Mais il est vrai que notre culture est tombée bien bas. Fini le temps des ohabolana, des hainteny et des kalon’ny fahiny. Car maintenant pour construire l'âme de ce pays, il faut se contenter de l'insipidité des DJ.

par Ndimby A.

Par Ny Marina
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 18:13
Nous avons appris qui étaient les auteurs des barrages : les marchands informels qui ont de plus en plus envahi la chaussée à tel point qu'en certains endroits comme Behoririka, il n'y avait plus une double voie pour véhicules, mais plutôt une demi voie pour véhicules et une voie et demie pour les informels.
Effectivement, il faut les virer de là. En attendant, depuis le temps on ne les a pas chassés. Sans doute parce qu'il y a eu une menace :" virez nous et vous allez voir notre coup d'état à nous" (je n'invente rien).
Mais que fait donc le fringuant mairede Tana ???
On peut se demander si effectivement il est maire dans ses préoccupations, ou alors il a peu la notion des priorités par rapport à la ville qu'il est censé gérer : ces temps-ci, des pluies aussi fortes que violentes font rage. Cet après-midi, en partant d'Andoharanofotsy, nous avons été surpris par une forte pluie accompagnée de grêles.
La pluie faisant son oeuvre, les rues de la basse ville ont été rapidement submergées par l'élément liquide qui dégringolait en chute libre des hauteurs... de la ville en plus des hauteurs du ciel. Charriant bien évidemment des fatras de choses et d'autres, jusqu'à des moellons. Simple constat sans aller bien loin : le reponsable n'a pas été foutu de prévoir la météo et de faire le nécessaire pour que la ville ne ressemble pas à un vulgaire chantier abandonné par des chercheurs d'or. Dans le même genre aussi d'ailleurs, justement à Tanjombato, on peut voir les types creuser des canaux qui seront je suppose achevés bien en retard alors que la pluie fait déjà rage. Résultat : tous les tas de terre reviennent tout naturellement dans le canal fraichement creusé, entraînant sans doute des plaques de ciment pas sèches puisqu'au moment où cela se passait, les premières gouttes annonciateurs d'un déluge tombaient sur le pare-brise de mon taxi.

Oui il y a un frémissement quelque part, et quand un certain nombre de choses vont se rejoindre, alors ce sera un grondement, et puis ensuite ...

Par Ny Marina
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 18:05
... La presse parle d'un attentat contre TGV.
On a du mal à y croire. Et d'après des gens qui ont vu la télé hier, même ceux qui étaient censés confirmer avec force la nouvelle étaient plutôt rigolards.
Enfin... il n'y a pas eu mort d'homme, comme on dit... enfin ...
On dirait les gros trucs de l'Est. Et pourtant même eux ont appris la finesse...
Bref; nous sommes plutôt sceptique face à cette nouvelle qui tout bien réfléchi n'a rien de fracassant.

Par Ny Marina
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 18:03
Il est plus facile de détruire que de construire. Après un coup d'Etat réalisé à la vitesse d'un TGV, la transition s'essouffle et patine comme les vulgaires locomotives à vapeur des albums de Lucky Luke. Malgré d'innombrables coups de sifflets annonçant le départ du train, le Gouvernement de consensus est encore à quai. On parle ici du vrai Gouvernement consensuel, et non celui qui a été présenté comme tel il y a quelques semaines en racolant les girouettes et retourneurs de veste professionnels du coin.

Pourquoi ? Comme nous l'avions déjà abordé dans Le canard et le navet, les centres de décisions ne cessent de se mettre des bâtons dans les roues en tentant de repousser toujours plus loin les limites du marchandage. Entre les auteurs de coup d'Etat et les victimes, envisager de prime abord une cohabitation pacifique et fructueuse relève de l'utopie. C'est donc à celui qui se montrera le plus de mauvaise foi.

Qui est responsable du blocage actuel ? Chacun aura son point de vue sur la question, en fonction de la place qu’il occupe sur l’intervalle [foza oranazanak’i dada]. Le principe est toujours le même : il faut toujours refiler la patate chaude au voisin, et en faire le bouc émissaire de tous les maux du monde. Mais au-delà de l’absence avérée d’intérêt supérieur de la nation, il y a trois paramètres essentiels à considérer aujourd’hui concernant la sortie de crise.

Le premier point est le fait que nous avons affaire à un coup d’Etat, quel que soit le nom et les tentatives de justification qu’on lui donne. La rancœur des victimes, mais aussi de ceux qui réprouvent la méthode, est donc somme toute légitime, tout comme leur mauvaise volonté à collaborer. Est-il concevable de forcer les gens à manger des excréments avec une petite cuillère, mais en plus leur demander de croire que c'est un tiramisu ? Il est donc normal que la méthode Rajoelina ne fasse pas l'unanimité. Que ce soit chez Marc Ravalomanana et ses partisans, mais aussi auprès des centaines de milliers de victimes innocentes (1). Ou tout simplement chez ceux qui n’ont rien à perdre avec un maintien de Rajoelina et rien à gagner avec un retour de Ravalomanana, mais qui considèrent tout juste que le principe même du coup d’Etat fait régresser le peu de civilisation démocratique que nous avions. Si au temps des hommes des cavernes, c’est celui qui avait le plus gourdin qui avait toujours raison, maintenant c’est donc celui qui a la kalachnikov. Mais le principe est le même : le pouvoir appartient aux gros bras et aux grandes gueules. C’est donc sur eux qu’il faut peser pour inverser la tendance, à travers les deux seules méthodes connues pour traiter avec cette race : les mettre en face de plus fort qu’eux, ou surenchérir sur les motivations qui leur ont été offertes. Partis comme cela, on est donc mal barrés, car le problème semble être insoluble : on ne peut pas tenter de modéliser une sortie de crise de façon intellectuelle, car cela ne marcherait qu’avec des intellectuels. Point barre.

Le second point se base sur le constat suivant : faire baisser la tension implique que l’auteur du coup d’Etat mette de l’eau dans son vin. Bien entendu, la solution idéale soit qu’il fasse machine arrière, se démette de ses fonctions mal acquises et se mette à la disposition de la Justice de son pays, qui, je ne m’abuse, réprime ce genre d’activités. Mais ne nous faisons pas d’illusions sur cette option dans l’immédiat. Il lui appartient donc au moins de faire le maximum de concessions pour faire passer la pilule et aboutir à une transition consensuelle plus ou moins viable, d’autant plus qu’il a acquis à Addis-Abeba le maintien de son fondement sur le fauteuil de sa libido. Car il est inadmissible que le putschiste fasse en plus le glouton au niveau de la répartition des sièges gouvernementaux, et après avoir laissé le pays partir à la dérive pendant presque un an, fasse en plus obstruction à la sortie de crise. A moins qu’il ne veuille le beurre, l’argent du beurre, le sourire de la crémière, et la peau du laitier. Bien entendu, les griots hâtifs vont nous dire que Monsieur Rajoelina a déjà suffisamment fait de concessions depuis Maputo. Certes, mais on ne va pas le féliciter pour cela : c’est lui qui s’est amusé à plonger le pays dans la situation de crise actuelle, c’est à lui de faire le plus gros des efforts pour l’en sortir. Quoique le doute soit permis, tant sur sa volonté, sa bonne foi, ses capacités que ses compétences. Et pour rajouter au piment, une versatilité causée entre autres par le pire aréopage de conseillers bidon et tordus qui ait existé dans les rouages du pouvoir depuis l’Indépendance.

Le dernier point pourrait tenir d’une démonstration à la Machiavel. Une situation qui pourrit peut avoir des conséquences sociales désastreuses, pour ne citer que les fermetures d’usines qui dépendent des marchés de l’AGOA. Imaginez un instant 200.000 personnes qui se retrouvent jetées à la rue, et qui décident de l’occuper. Comment un Gouvernement pourrait-il contrôler le mécontentement légitime de centaines de milliers de personnes dont les intérêts vitaux sont perturbés par la crise ? Les tontons macoutes tropicaux et autres Dadis Camara de l’Océan Indien auraient sans doute tendance à suggérer une solution identique à celle appliquée sur la bouquiniste d’Ambohijatovo. Mais ces pertes d’emplois vont placer la grogne à un autre niveau. Il s’agira d’autre chose que du rêve de se faire appeler « Monsieur le Président » ; du gamin qui se fait voler son sucre d’orge dans la cour de récréation ; ou du propriétaire de station TV qui voit celle-ci arbitrairement fermée. Cette crise sociale peut donc servir les intérêts des opposants de la première heure de Monsieur Rajoelina, mais aussi des charognards qui trainent hypocritement dans son ombre, et attendent leur heure pour révéler leur face d’Iznogoud. Par conséquent, le Président de la transition (PT) est celui qui aura le plus à perdre d’une sortie de crise retardée, et devrait prendre ses responsabilités, au lieu de se réfugier continuellement dans les moustaches ratsirahonaniennes ou les jupes de Tata Lantosoa, qui, contrairement à Yoyo, ne porte pas de grand chapeau. En matière de politique, le temps accroit toujours le nombre de vos ennemis. Il suffit de demander au Président Ravalomanana.
______________ 

(1)   Alors que le Ministre des finances Rajaonarimampianina propagandise un taux de croissance "qui ne sera juste que de 0,6%", tous les experts tablent sur une croissance négative qui pourrait aller jusqu’à -2%, voire au-delà.

par Ndimby A.
Par Ny Marina
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