Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 07:52
Au moment où nous mettons à jour le blog, nous apprenons que des barrages ont été dressés à Analakely en centre ville. Un certain désordre était déjà senti par les conducteurs il y a environ 1 heure.
Qui a dressé les barrages ? Pourquoi ? Nous allons tâcher d'en apprendre davantage.
Par Ny Marina
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 07:28

Le 30 novembre 2009

 

 

Un petit jeune qui, à ce que je crois, n’est pas jésuite, vient de publier un article d’actualité sur Madagascar dans Etudes, la fameuse revue des jésuites. L’article condamne le parpaillot Ravalomanana et, malgré quelques bonnes et honnêtes notations, donne dans la critique sans réserve. A repenser à ce que fut le rôle des jésuites dans la conquête de la Grande Île, je n’y vois que la manifestation d’une solide tradition qui ne saurait se remettre en cause.

L’on se souvient que la hiérarchie catholique à la Réunion avait appelé à la conquête dans les années 1870, comme le rappelle la lecture des Missions Catholiques. L’on se souvient du rôle des jésuites dans la lutte contre le protestantisme et contre la maçonnerie au 19e siècle. L’on n’oubliera pas tous les travaux qui permirent une meilleure connaissance du pays, que ce soit le Tantara ny Andriana du père Callet, qui ne fut pas unanimement apprécié de ses confrères, les dictionnaires du père Webber – l’un des meilleurs ouvrages en la matière avec celui du révérend Richardson –, le dictionnaire des pères Abinal et Malzac, qui fut l’ouvrage le plus imprimé et le plus utilisé durant la période coloniale, et différents travaux comme celui du père Abinal sur « l’astrologie malgache ».

Il faut aussi comprendre que ces ouvrages ont été des instruments pour faire la conquête des esprits et parfaire la conquête politique et territoriale : au détour des textes ou dans les définitions des dictionnaires, ces ouvrages comportaient souvent des jugements de valeur culturels. Je voudrais m’attarder un moment sur l’un de ces ouvrages qui fut utilisé dans l’enseignement catholique et qui, sous prétexte de faire connaître l’histoire de Madagascar, avait pour but de faire entrer dans les cerveaux malgaches ce que la colonisation voulait qu’ils assimilent définitivement. Du moins était-ce le cas de ceux qui fréquentaient les écoles catholiques et qui étaient les plus nombreux. En 1900, un rapport officiel sur l’enseignement indique qu’il y avait 99.262 élèves dans les écoles catholiques pour 96.252 dans les écoles protestantes et 19.595 dans l’enseignement officiel.

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C’est dès le début de la colonisation que les pères Cadet et Thomas publièrent leur Histoire abrégée de Madagascar (Paris, Ch. Poussielgue éditeur, 1901, 40 p. Deuxième édition), à laquelle le père Thomas avait adjoint 88 pages d’une Géographie de Madagascar utilisant, pour des lectures, des travaux et textes des pères Roblet, Piolet, Colin et Suau.

Dès la page de titre, les deux pères posent le point de vue catholique sur la raison d’être de la colonisation de Madagascar. Elle s’intègre dans la Gesta Dei per Francos. On se retrouve à l’époque de Charlemagne partant à la conquête de la Germanie païenne avec ses profanations des lieux sacrés de la religion germanique et à la glorification de la violence. Plus bas mais toujours sur la couverture, les Francs ont fait à la place à la France et, non à sa mission, mais à son Rêve.

« Et demain de la France accomplissant le Rêve

« Vous marcherez au pas des grandes nations ».

Rien n’est précisé de ce qu’étaient les « grandes nations », mais l’on peut sans crainte de se tromper poser que le modèle se trouvait dans ce qu’étaient les nations chrétiennes européennes incarnant la Civilisation à initiale majuscule. Ce dont on nous assure, c’est que Madagascar devra « marcher au pas ». La référence est sans conteste celle de l’armée et de sa discipline sanctionnée, comme nous le verrons, par le droit canon.

Ni le latin ni la français n’avaient été traduits. Il n’est est pas de même du texte du manuel qui, avec art, présente texte français et texte malgache sur deux colonnes, le français à la marge et le malgache sur l’autre côté. Je ne vois comment le dire autrement, car je me vois mal identifier le français à la gauche et le malgache à la droite. Le malgache était indispensable, car il fallait que le message soit bien compris et passe intégralement. Il s’ancrait d’autant mieux dans les esprits qu’à l’époque, les leçons d’histoire étaient souvent apprises par cœur !

Cadet et Thomas n’étaient sans doute pas des historiens. Ils retiennent les erreurs faites à l’époque, d’autant plus facilement qu’elles minimisent ou péjorent les Malgaches et leur passé. Ceux-ci n’auraient pas eu de nom pour désigner la Grande Île et l’auraient, par erreur, reçu de Marco Polo. On sait depuis que le nom a été attesté dès l’Antiquité. Au 19e siècle, on savait bien que c’était une île et, dans la titulature de Ranavalona ire, on disait Anivon’ny Riaka « Au Centre des Mers ». Pour les deux auteurs, au niveau des populations régionales, « chaque groupe ne connaissait que son territoire et ne voyait guère au delà ».

Autre modèle européen de présentation que l’on trouve dans toutes les notes destinées aux touristes aujourd’hui tant pour Madagascar que pour la Polynésie. Le pays, écrivent-ils, était connu des « Arabes … Egyptiens, Indiens, Malais, Chinois même », mais il fut « découvert » par les Portugais. Pour le peuplement, « Rien de bien certain, et le champ est libre aux conjectures ». Après les Vazimba, « peuplade dont on ignore l’origine », les Hovas, « suite à un naufrage », seraient arrivés après les Arabes « dont la première immigration est fixée communément à la fin du 7e siècle ». On voit comment la date fut fixée : sur leurs chevaux, les Arabes arrivent à Poitiers en 732, avec leurs bateaux, ils avaient donc pu arriver avant à Madagascar, car les « sauvages crus » – comme disent les Chinois pour les distinguer des « sauvages cuits » déjà en partie sinisés ou hanisés – ne pouvaient pas leur opposer une résistance aussi forte que les troupes de Charles Martel. Le seul inconvénient de cette datation, vient du fait qu’il n’y avait pas à l’époque de vraie marine arabe et qu’ils ne s’établirent sur la côte est de l’Afrique et en Insulinde qu’au 13e siècle. Plus proche de nous, la tradition orale est soupçonnée. Avant Rafohy d’Imerimanjaka, il y aurait une dizaine « d’ancêtres plus ou moins authentiques ».

Les bons pères, comme on dit, posent aussi pour tous leurs élèves les mots du discours colonial par lesquels ils décrivaient la société malgache : « peuplades », « tribus », « roitelets ». Ils ne furent pas les seuls, puisque Jean-Paul Sartre utilisa le mot roitelet pour désigner l’empereur du Japon.

L’histoire de Madagascar serait celle d’une suite d’échecs. Seul Andrianampoinimerina échappe à un tel jugement, malgré les assassinats des membres de sa famille. Echec d’Andriamasinavalona qui divisa le royaume qu’il avait constitué. De Radama ier, on retiendra ses mauvais traitements à l’égard des Français. Et de Ranavalona ire, « que c’est la barbarie qui monte sur le trône ». Echec de Rainilaiarivony : « Rainilaiarivony aurait pu, en vivant en bonne intelligence avec la France, travailler avec succès à la prospérité de son pays et ouvrir pour Madagascar une ère de paix et de progrès ». Un siècle plus tard, on entend les propos analogues d’un bureaucrate de la diplomatie à propos du refus de Ravalomanana d’accepter Le Lidec comme ambassadeur : « Paradoxalement, s’il [Le Lidec] était resté sur place et que le président [Ravalomanana] avait écouté ses conseils, ce dernier serait peut-être encore au pouvoir ». Il faut reconnaître ses maîtres et les sous-maîtres.

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Cette « Histoire de Madagascar » n’est vraiment pas malgache. Par contre, elle est bien française et catholique. Cadet et Thomas rappellent tout ce que la France avait tenté et où elle avait échoué, mais en occultant les erreurs et brutalités coloniales – comme les appela Augagneur parlant de Gallieni –, ils évitent que les élèves sous-doués ne comprennent qu’il s’agissait d’échecs. Au 17e siècle à Fort-Dauphin, le mauvais protestant Pronis ne réussit rien, à la différence du bon catholique Flacourt qui obtint la soumission de trois cents villages. Au nombre de ceux-ci, sans doute faut-il compter plus de deux cents villages qui furent attaqués, pillés, brûlés, leurs cultures saccagées et, quand ils n’avaient pas fui, leurs habitants exterminés, femmes et enfants compris ! Belle exemple de réussite et d’allégeance au roi de France ! Le massacre des Français par les Antanosy est situé au moment de la messe de minuit 1872, alors qu’il eut lieu le 27 août 1674. Sans doute nos auteurs voulaient-ils en faire des martyrs, alors que les Français laissaient un pays dévasté.

Les bons pères font feu de tout bois. Au 18e siècle, « le plus célèbre représentant de la France fut le comte hongrois Maurice Benyowski, mort en 1786 ». Rien n’est dit de la félonie de ce comte qui trahit sa parole donnée au roi de France, ni du commando français qui l’exécuta. Mais sont nommés beaucoup de Français – de Lastelle, Laborde, Lambert, Milhet-Fontarabie, le comte de Louvières, le commandant Le Timbre , l’amiral Pierre, etc. – dont la connaissance était sans doute une impérieuse nécessité pour les jeunes élèves, notamment pour comprendre les noms des rues dans lesquelles ils allaient dorénavant se déplacer.

Les relations franco-malgaches sont bien campées. Les Malgaches accumulent vexations, violations de traité, insolence et injures à l’égard de la France, alors que celle-ci fit longtemps preuve de beaucoup de patience, d’esprit de conciliation et d’une excessive mansuétude. Vint le temps où il fallait « châtier » et « venger l’injure ». Ce fut l’œuvre de l’énergique Gallieni. Le constat des bons pères est un morceau d’anthologie : « Les Malgaches n’ont pas à se plaindre et, dans l’ensemble, ne se plaignent pas d’être passés sous la domination de la France. […] Ils peuvent se dire que la France a plus fait pour eux pendant trois ou quatre ans que la monarchie hova pendant trois siècles ». Reste à relever le niveau religieux et moral du peuple, mais « la vraie religion est le principal facteur de la civilisation des peuples ».

*

Gesta Dei per Francos ? C’est pour cela qu’il faut soutenir Rajoelina. Comme le soutient un obscur Giovannoni sans doute dégotté dans les réseaux jésuites, le gamin « est l’homme que Dieu a choisi pour protéger Madagascar ». C’est pour cela que des jésuites bien en cour dans la congrégation, bien en cour aussi dans les médias, continuent à combattre la culture malgache. Rien ne sera possible, tant qu’elle n’aura pas reconnu sa défaite. Ils veulent continuer à nous « cuire », mais en demandant à leurs mutins d’apporter le bois à brûler et de surveiller la marmite. Hier, les armes étaient tenues par des étrangers, aujourd’hui elles le sont par des compatriotes, mais viennent toujours de l’étranger. C’était le rêve de Gabriel Ferrand qui, en résidence à Mananjary en 1891, voulait monter une milice malgache pour aider à l’inévitable conquête. Serait-ce un rêve qui se réalise ?

Et aujourd’hui avec une France persistant dans son Rêve, les Malgaches marchent au pas des nations toujours à soumettre. Fallait-il le dire ? J’ai hésité à le faire en me souvenant de feu le père Adolphe Razafintsalama, qui œuvra tant pour l’œcuménisme et pour la science, et de quelques autres que je préfère ne pas nommer ici. Si l’on suit la sagesse ancestrale, il fallait le faire :

Loza enti-mody

Ny rariny tsy ambara havana

Qui aux siens ne révèle la vérité

A la maison rapporte un malheur

 

*

 

par Ratsimatahobitsika

 

Par Ny Marina
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 07:20
> Société incivile ?
Si cette crise 2009 a eu lieu et s’éternise, c’est parce que que les acteurs nationaux de stabilisation et de médiation n’ont pas pu, su ou voulu jouer leur rôle. Depuis le début, la rédaction de Tribune.com a toujours tenté de soutenir la société civile nationale dans ses efforts de médiation, même si nous ne privons pas de critiquer vertement ses insuffisances et ses incohérences (relire si besoin est notre éditorial « Société civile de salon ». Force est cependant de constater que doucement mais sûrement, la société civile malgache prend de plus en plus le chemin du mimétisme avec la classe politique. Bien entendu, après bientôt un an de crise et de catastrophe économique (prix à payer pour donner à Andry Rajoelina le plaisir de Andry Rajoelina de se faire appeler « Monsieur le Président »), plus personne ne peut décemment prétendre être absolument neutre. Par conséquent, aucun corps n’est homogène. Mettre tout dans le même sac en utilisant des termes génériques tels que la « société civile » est tout aussi impropre que de parler de « l’Eglise » ou de « l’Armée ». Car les divisions et les lignes de fracture existent, malgré les discours qui se veulent rassurants.

Selon le Livre blanc de la gouvernance européenne, la société civile se définit comme le regroupement d’un certain nombre d’entités, « notamment les organisations syndicales et patronales (les "partenaires sociaux"), les organisations non gouvernementales (ONG), les associations professionnelles, les organisations caritatives, les organisations de base, les organisations qui impliquent les citoyens dans la vie locale et municipale, avec une contribution spécifique des Églises et communautés religieuses ». Cela fait donc un gros sac fourre-tout, dans lequel on voit le meilleur côtoie le pire, surtout à Madagascar.

Primo, la société civile malgache a toujours été le refuge de politiciens (ou d’apprentis-politiciens) sous le couvert d’associations, et cela commencé sous l’ère de Ratsiraka. Il était alors plus simple et plus sûr de ne pas s’enregistrer officiellement comme un parti politique. Cela a continué, même bien après la libéralisation dans ce domaine L’exemple le plus récent est sans doute le Tanora malagasy vonona (TGV), qui a montré qu’on pouvait mettre la charrue avant les bœufs pour arriver au pouvoir en quatre étapes. Un, monter une association. Deux, l’utiliser pour partir à l’assaut d’une élection municipale. Trois, utiliser la Mairie comme un tremplin vers un coup d’Etat. Et quatre, après le coup d’Etat, réfléchir à transformer l’association en parti politique. Avec ces politiciens qui s’insèrent dans les rouages de la société civile, quelquefois la frontière  semble être si transparente qu’elle en devient troublante. Il n’y a qu’à voir la liste des délégations qui gravitent autour des chefs de mouvances.

Secundo, la société civile malgache a toujours été le refuge d’individus qui ont créé des ONGs bidon pour pouvoir bénéficier des financements des bailleurs de fonds, en particulier depuis que les thèmes à la mode sont la protection de l’environnement et la lutte contre le sida. Selon les chiffres, il y aurait environ 400 ONGs et associations répertoriées à Madagascar. Sur ce chiffre, combien peuvent se targuer d’être sérieuses, professionnelles, fiables, et présenter les caractéristiques d’une organisation régulière ? On rappellera également qu’il y a environ 150 partis politiques à Madagascar. Dans la mesure où au grand maximum une quinzaine font l’actualité (en bien ou en mal), on se demande ce que fabriquent les 135 autres. Question identique, même avec des proportions différentes, pour la société civile, composée en grande partie de coureurs de financements, comme certains courent les jupons pour les transformer en dots, et se faire admettre dans le cercle des gens qui comptent, après être parti de pas grand-chose (2).

Tertio, malgré ce qui précède, soulignons qu’il y a quand même une proportion d’organisations qui tentent depuis des années de donner ses lettres de noblesse à la société civile, dans des conditions pas toujours faciles. Sans vouloir citer nominativement les gens, mentionnons quand même le DRV-F3CM (Dinika sy rindra ho an’ny vehivavy), le CNOE (Comité  national d’observation des élections), le SEFAFI (Observatoire de la vie publique), la PNOSCM (Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar), le CONECS (Conseil national économique et social), et plus récemment le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes (CCOC). On pensait donc que tout naturellement, ces organisations prendraient (avec leurs contreparties du secteur privé) le contrôle du Conseil économique et social (CES), prévu par la Charte de Maputo. Cela ne sera pourtant pas très évident, au moins pour trois raisons.

Société civile alimentaire

Tout d’abord, il ne peut y avoir uniformité de point de vue sur le mode de participation au CES. La position raisonnable du CNOE, du CCOC, du SEFAFI ou de la PNOSCM ne convient pas à tout le monde. Sur la kyrielle d’organisations de la société civile à Madagascar (OSC) à Madagascar, il y en aura toujours quelques unes qui seront prêtes à aller se défroquer devant le pouvoir politique, soit par conviction et affinités (en particulier le CONECS, proche de la HAT pour plusieurs raisons), soit pour des motifs bassement alimentaires. Rapportée au monde de la société civile, la pyramide de Maslow établira qu'il y a les ONGs et associations qui font cela pour l'épanouissement que représente l’action louable de travailler pour l'humanité, et celles dont les besoins sont encore très basiques (physiques et sécurité). Comment croire que ces dernières aient suffisamment d'espace pour l'éthique, quand ce sont surtout les indemnités et les avantages des membres du CES  qui vont les motiver ?

Il ne faudra donc pas s’étonner de voir des OSC sortir de derrière les fagots pour se précipiter au nom de la société civile dans le CES et soutenir le Président de la transition (PT). Lorsque la communauté internationale a mis au ban Andry Rajoelina, ce dernier a sorti de sa manche des Saoudiens (qui n’ont rien apporté depuis, sauf plusieurs milliers d’Euros de factures d’hôtel impayées) et un obscur Président de parti chrétien français.  Quand l’Emmo-Nat a commencé à s’approcher un peu trop près de son domicile à Ambatobe, il a sorti les mutins pour faire croire qu’il avait toute l’armée avec lui. Quand la grogne a commencé à se faire sentir du côté d’Ambohijatovo et Magros, il a sorti des Assises régionales folkloriques en prétextant que leurs participants représentaient tout le peuple. Et quand il a eu du mal à monter un gouvernement de consensus, il a cru pouvoir faire le malin en débauchant des girouettes, et tenter de faire croire que les trois mouvances commençaient à le rejoindre. Et quand le FFKM, à l’exception de Monseigneur Omar, a pris ses distances, il a favorisé les sectes (comme Ratsiraka à l'époque).

Dans la lignée de ce genre de stratégie foireuse, nous pouvons donc être certains que lorsque la vraie société civile fera montre d’un peu trop de volonté d’indépendance, Monsieur Rajoelina favorisera l’érection de groupuscules qui lui seront inféodés, et qui vont phagocyter le CES au nom de la société civile. Depuis quelques jours, on entend la voix d’OSC inconnues de ceux qui travaillent avec la société civile depuis des années : « l’Union des OSC pour la IVème République » (lol), la « Plateforme nationale malgache de la société civile » (expdrr), en attendant l’AMDS (Association des mous du slip) ou les TFDC (Tocards et Fêlés du cerveau). D’ailleurs, soulignons que l’appellation « Plateforme nationale malgache de la société civile » (PNMSC) n’est qu’une singerie de la très respectable « Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar », un peu comme ces inscriptions placées sur les contrefaçons chinoises vendues à Behoririka pour tromper les nigauds. Cela n’a pas empêché le PNMSC de proposer un certain Bruno Razafinimanana (Association Fandrotrarana, re-lol) comme Président du CES.

En fait, le CES est comme toutes les institutions de la Transition. Les quatre leaders politiques signataires à Maputo l’ont créé d’abord et avant tout pour servir de part de gâteau à partager, d’où les 40 sièges réservés aux mouvances. Ceux qui ne pourront être casés dans le Gouvernement, le Haut conseil de la transition ou le Congrès de la Transition, se verront offrir un poste au CES. La stratégie des OSC ayant pignon sur rue risque donc d’échouer, car le nombre risque de l’emporter sur la qualité. Et face aux groupuscules montés de toutes pièces, la société civile sérieuse risque de ne pas faire le poids si elle ne se ressaisit pas. Car malgré ses belles idées, elle pêche par manque d’efficacité, et reste confinée dans un rôle de masturbation intellectuelle. Pendant qu’elle passe du temps à cette activité jouissive, les autres ne s’embarrassent pas de scrupules. A se demander si finalement, pour arriver à se fins, il n’est pas préférable de faire le voyou.

Car de communiqué en position commune, de position commune en réunion préparatoire, de réunion préparatoire en regroupements, la société civile « sérieuse » pédale dans le vide, malgré ses efforts louables. Une réunion préparatoire en vue de la constitution du CES est prévue pour Lundi prochain. Espérons qu’elle ne soit pas de la région d’Ambatobevohoka et n’accouche d’une souris, comme le Gouvernement Mangalaza.
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(1) Je ne suis pas très sûr du titre, même si je sais que la série des sous-doués existe…
(2) Exemple (parmi tant d’autres…) : certains gigolos, comme Massimo Gargia...
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> Le canard et le navet
 
Et encore une semaine de plus sans Gouvernement depuis la signature de l'acte additionnel d'Addis-Abeba. Constater chaque lundi l'allongement de la période d'échec dans la mise en oeuvre de cet accord devient tellement naturel, que ça a cessé de faire rire. L’incapacité de notre classe politique à être digne de l'espoir et de la confiance que certains naïfs placent en elle se démontre jour après jour. Avec les uns pétés d'orgueil, les autres bouffis par l'ambition, les uns rongés par l’aigreur et les autres minés par la vengeance, le cirque de nos politiciens tient plus des oeuvres de Guignol que de celles de Platon ou de Tocqueville.

En fait, Madagascar est un pays où il devient de plus en plus facile de faire de l'analyse et de la prévision politique. En se basant sur le fait indiscutable que les motivations de nos politiciens tiennent beaucoup plus de l'ego, du prestige, des avantages, de l'esprit de revanche, il suffit juste de prévoir le pire à chaque lueur d'espoir. Cela a marché après Maputo 1 et 2, Addis-Abeba 1 et 2, toutes les rencontres à Antananarivo, et aussi avant Bruxelles et New York. A cette allure, mon compère Patrick va finir par devoir faire la cuisine et la vaisselle, suite à notre fameux pari.

La marmite diabolique ?

Comment expliquer ces retards et ces atermoiements dans la mise en place de ce Gouvernement ? Une fois encore, la très grande partie de nos politiciens n'a aucun sens de ce fameux Intérêt supérieur de la Nation (ISN), même si chacun d’eux se permet d'ânonner cette expression, comme pour tenter de se convaincre eux-mêmes qu'ils sont des individus respectables. Mais autant il est difficile de marier la carpe et le lapin, autant il sera compliqué d'obtenir un repas digeste en plaçant dans la même marmite des politiciens aux mentalités, aux tempéraments, aux CVs et aux objectifs si disparates.
Monsieur Andry Rajoelina et sa clique n'ont que deux idées en tête : primo, se maintenir à la tête d'une Transition durement et surtout chèrement acquise, et secundo, se positionner pour les élections en écartant les candidats potentiellement dangereux. Le Président Ravalomanana et son équipe, mais également le Président Ratsiraka et son entourage, se nourrissent quant à eux auprès de deux mamelles : primo, la revanche contre les gens et les groupes qui ont favorisé leur éviction du pouvoir, et secundo, la préparation des élections présidentielles. Si je doute fort que l'Amiral se présente encore (quoi qu'avec lui, rien n'est jamais sûr), il sera intéressant de voir qui sera intronisé dauphin. Après les espèces de fils de..., doit-on se préparer à l'apparition de la fille de... ?

Au milieu, se trouve le Président Albert Zafy, que je soupçonne d'être le seul des quatre leaders à être sincèrement motivé par l'ISN. Mon estime pour le Professeur n'a jamais été un secret, et je continue à penser qu'il serait la personne la plus indiquée pour diriger la Transition, malgré la réalité du terrain et certaines critiques suite à cette opinion exprimée depuis Avril 2009. Il nous faut en effet quelqu'un qui ait l'envergure et le tempérament de ray aman-dReny, et qui puisse s'imposer naturellement sans avoir besoin de la persuasion des kalachnikov. En d'autres mots, quelqu'un qui soit respecté et respectable, éduqué, et qui ait la classe et la maturité pour ne pas vociférer et claquer la porte des salles de négociation, aussi ardue soit celle-ci. Le choix d'Addis-Abeba fut cependant autre, et il faudra faire avec les merles, les grives n'ayant été retenues.

La pénitence de la majorité silencieuse

En attendant, les principales prévisions faites dans ces colonnes depuis le début de la crise se réalisent jour après jour. Depuis plusieurs mois, et à plusieurs reprises, j'avançais que la solution la plus viable reposait sur un triptyque. Primo, pour sa propre sécurité, que le Président Ravalomanana reste pour un temps à l'extérieur (édito du 27 mars). Secundo, à cause de la réalité du terrain, se faire à l'idée (même peu engageante) de subir Monsieur Rajoelina à la tête de la Transition (édito du 17 août). Tertio, pousser Monja Roindefo vers la porte de sortie de Mahazoarivo pour laisser la place à un Premier ministre de consensus et équilibrer l'Exécutif (édito du 31 août). Chacune de ces propositions a été suivie d'un chapelet de critiques et d'injures. Mais, au jour d'aujourd'hui, les faits semblent avoir montré que j'avais un peu raison sur la première étape. Je ne reviens même plus sur mes prévisions de catastrophe économique (édito du 6 avril) et de non-reconnaissance diplomatique (édito du 20 mars).

Concernant l'étape suivante, l’édito La porte n'est pas la route affirmait que la signature d'un accord n'était en rien une solution à elle toute seule. Dans l’édito du 5 août, je clamais ma méfiance envers Maputo, et j’écrivais juste après Maputo 2 qu'il faudra certainement un Maputo 3 (qui a bien eu lieu, mais à Addis-Abeba). Puis après Addis-Abeba, j'avertissais encore qu’il faudra certainement d'autres réunions à l'extérieur pour sortir le Gouvernement et les autres institutions de la Transition. Le 9 Novembre, je suggérais déjà qu’il faudra certainement se préparer à un Maputo 4, « qui pourrait se dérouler à Dakar, Port-Louis, Pretoria, au Caire ou ailleurs…) ». Et surtout, je soulignais que l'ombre du Président Chissano sera à chaque fois nécessaire pour avancer du moindre petit pas.

Or, que vient-on d'apprendre ? Un communiqué du Groupe international de contact indique que Joaquim Chissano va venir la semaine prochaine. Et à la fin de la semaine dernière, la presse annonce qu’un énième déplacement des quatre leaders à l'extérieur est prévu, sans doute ce mardi. Comme des adolescents dans une cour de récréation qui ne peuvent se tenir tranquilles qu’en présence du surveillant général, et qui reprennent leurs singeries dès qu'il a le dos tourné.

Cette nouvelle implication de l'ancien Président mozambicain est une honte pour Madagascar et nos quatre leaders politiques, car elle montre que nos politiciens sont incapables de montrer un minimum de maturité à chaque fois qu'ils sont laissés en mode autonome. Le dévouement du Président Chissano est admirable, et à sa place il y a longtemps qu'on aurait déclaré forfait. En attendant, les récents signes de regrets de la chargée d’affaires de l’Union européenne, et le fait que l’ambassadeur américain ne se soit pas déplacé à Washington comme prévu pour contribuer à la défense du dossier malgache devant les instances de l’AGOA sont de mauvais signes du côté de la communauté internationale. Perche tendue sous forme d’avertissement de la dernière chance, ou bien signes prémonitoires que les sanctions vont tomber ?

Proposition de solution

Il faut se rendre à l’évidence. Faire le forcing avec la situation actuelle ne sera jamais viable à moyen ou long terme. Et même si la liste du Gouvernement sortait enfin, on peut être assurés que son fonctionnement se fera toujours cahin-caha. Outre tout ce qui a déjà été exposé, il ne faut pas pratiquer la politique de l’autruche. Tant que Andry Rajoelina restera à la tête de la Transition, celle-ci ne bénéficiera jamais de la sérénité nécessaire, et ses adversaires politiques ne manqueront pas la moindre occasion pour lui mettre des bâtons dans les roues, même si au final c’est le pays qui va en souffrir. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et on aura donc perpétuellement au sein de la Transition des mini-crises cycliques, pour tout et n’importe quoi : nominations aux hauts emplois de l’Etat, grandes décisions comme la loi de Finances, organisation des élections etc.

La seule solution qui nous paraît possible au nom du fameux ISN est un retrait volontaire de Andry Rajoelina de la gestion de la Transition. Cela permettrait de faire sauter un grand nombre de verrous psychologiques, tout comme la décision de Marc Ravalomanana de s’abstenir d’y participer. Cela contribuerait à s’élever au-dessus des lignes de fractures au sein de la classe politique, de la société civile, de l’Armée, tout en rassurant la communauté internationale qui n’arrête pas de montrer des signes d’impatience, et qui finira bien par s’impatienter définitivement un jour.

Nous remettons donc sur notre table notre proposition de sortie de crise d’il y a quelques semaines : revenir à l’Amiral Hyppolite Ramaroson comme chef d’Etat, mais en maintenant le reste du casting d’Addis-Abeba, y compris les co-présidents. Cela devrait plus ou moins satisfaire Ravalomanana (qui l’a nommé), Ratsiraka (entre marins, on s’estime toujours) et l’armée. Car le temps montre que le schéma Rajoelina n’est pas viable, ni pour sa compétence (cf. la situation économique), ni pour son envergure et sa maturité (cf. Addis-Abeba), et persister à le maintenir envers et contre tout sera le choix de perpétuer les problèmes pendant toute la durée de la Transition. En remettant les pouvoirs à celui qui les lui a donné, Andry Rajoelina pourra préparer les élections, et éventuellement se reposer un peu au pays des bwana, qui le gratifieront sans doute de la Légion d’honneur pour avoir rendu le service d’écarter le supposé francophobe Ravalomanana. Mais je ne me fais pas d’illusion : cette solution ne passera pas, faute d’ISN suffisant.

Face aux extrémistes de tous bords, plus que jamais notre édito qui clamait le 12 mai qu’il nous faut des sages au milieu des faucons (si faux il y a) est d’actualité. Avec les têtes d'affiche issues du casting d'Addis-Abeba 2, le vrai film tarde à commencer, même si jusqu'à présent c'est bien à du cinéma que nous avons affaire. Nous devons donc nous contenter de la série des « Prochainement », mais ce que nos politicards nous servent en avant-première est bel et bien un navet, pour lequel le peuple sert de canard.

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Par Ny Marina
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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 18:52

photo parue sur topmada.com lors de la manifestation du 13 mai 2009
Par Ny Marina
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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 18:49

                     C'est révoltant. Ils osent parler de concession. Ceux qui se sont emparés par la force du pouvoir à Madagascar affirment avoir fait beaucoup de concessions. Apparemment, ce n'est pas le bon sens qui les étouffe. Des concessions ? C'est le peuple malgache qui en a fait le plus. Ou du moins, on lui a fait subir toutes les humiliations  sans que son avis, à un moment quelconque de la crise, ait été sollicité. Le peuple s'exprime par voie électorale. Et c'est le choix de ce peuple qui avait été violé par coup d'Etat. Et en plus, ce n'était pas pour améliorer son quotidien, c'était pour l'enfoncer encore plus dans la misère. Et entendre ceux qui ont été à l'origine de tout ce mal déclarer qu'ils ont fait trop de concessions amène à une constatation: leur égoïsme pèse lourd, vraiment très lourd, face à leur patriotisme.

                     Aucun droit n'est à tirer d'un putsch. Au contraire, c'est un procès, et ensuite la prison, qui est normalement la réponse juridique à un coup d'Etat contre un Président élu et des institutions composées d'élus. Seulement, suite au ralliement de l'armée aux insurgés, le peuple, le vrai, peu enclin à la violence, et d'ailleurs désarmé, s'est plié. Ceux qui ont osé contester ont été fortement reprimés. Les insurgés ont usurpé de manière éhontée la voix du peuple pour soumettre le pays à un autoritarisme qui ne reposait sur aucune légitimité. Acculés par la communauté internationale à composer avec leurs victimes, c'est à dire avec les élus ( les représentants légitimes du peuple), et les autres forces politiques, les putschistes ont été contraints de revenir sur leurs prétentions à gérer le pays de manière unilatérale et exclusive. En la matière, il convient d'appeler "chat" un chat:  ce n'est pas une concession d'abandonner ( et encore en partie) un pouvoir illégitime acquis de manière illégale, c'est juste un processus de rétrocession de ses droits au peuple et à ses représentants. Les concessions, elles, sont surtout du côté des élus à qui ont été retirés de force leurs mandats. Alors, les amis de Andry Rajoelina doivent cesser d'abuser de concepts nobles par leur sens. Accepter de céder un droit légitime par patriotisme est une concession et est noble. Présenter comme une concession l'abandon d'un pouvoir illégitime n'est rien d'autre que de la manipulation.  
                     Le partage et le consensus sont les principes qui devraient régir l'application des Accords de Maputo et d'Addis Abeba. Ces principes requièrent de la part de tous une certaine humilité. Personne ne doit s'estimer avoir plus de droits que les autres, et surtout pas les auteurs d'un coup d'Etat. Le gouvernement de la Transition est annoncé pour le 21 novembre, c'est à dire pour samedi. Les observateurs espèrent que cette date n'est pas juste une réponse qui se veut rassurante par rapport à l'impatience de l'opinion publique. Ils osent croire que le "Conseil de la Présidence" s'est entendu sur la règle de répartition des ministères clés et de souveraineté. Andry Rajoelina ne doit pas se laisser influencer par des conseillers qui gardent intacts leurs reflexes de putschistes. Il est temps qu'il essaie de se comporter en vrai Président, c'est à dire en leader qui se place au-dessus des mêlées et qui, ainsi, dispose de reculs et de distance par rapport à sa propre mouvance, pour arbitrer de manière juste, avec les deux autres présidents. La présidence d'un Etat républicain s'acquiert normalement par une élection. C'est cette élection qui lui confère la respectabilité. A défaut de pouvoir jouïr de cette respectabilité électorale, Andry Rajoelina peut tout de même essayer d'acquérir la respectabilité tout court: par une attitude responsable, patriote et non partisane. Mais en est-il capable ? Jusqu'ici, les faits démontrent le contraire. Mais il est toujours temps de se rattraper.    

Par sammy rasolo  /  /rasl.trib.mid.over-blog.com
Par Ny Marina
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