Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 07:13
sur topmada.com

Lundi 16 novembre 2009
                                On croyait que tout allait se mettre en place assez rapidement suite aux accords d'Adis Abeba mais il faut se résigner. Certains gardent intacts leurs reflexes putschistes. Ils sont persuadés que "consensus" et "inclusivité" signifient malgré tout qu'ils sont au-dessus des autres. Ils se permettent alors d'affirmer publiquement que des co-présidents ne sont que des conseillers. Ils croient pouvoir s'arroger des droits qui ne leur sont réconnus par aucun texte. Ils décrètent que le palais d'Iavoloha leur revient de manière exclusive. Ils revendiquent des ministères de souveraineté sans motif ni argument valables. Ils prétendent soumettre tous les fonctionnaires à un lien de subordination direct au Président de la Transition. Ils font fi de la règle de bienséance qui veut qu'un gouvernement sortant se doit de limiter ses actions à une expédition des affaires courantes.  Alors, l'auteur de ces lignes se doit encore et toujours de dénoncer les tendances tyraniques, l'égoïsme, la mauvaise foi toujours perceptibles chez la mouvance Rajoelina même si, après les accords d'Addis Abeba, dans le souci de favoriser la mise en place de la vraie Transition, il s'est retenu dans ses critiques.
                                Ils sont trois. Si au plan protocolaire, il est incontestable que Andry Rajoelina est au-dessus des deux co-présidents. Au plan de leurs pouvoirs constitutionnels autres que protocolaires, ils sont strictement égaux. Il ne revient pas à Andry Rajoelina de décider si, oui ou non, Fetison Rakoto Andrianirina et Emmanuel Rakotovahiny doivent s'installer à Iavoloha. Les trois doivent régler la question de manière consensuelle, en grandes personnes civilisées. Il est utile de revenir sur cette question tout simplement parce que Andry Rajoelina ne semble pas avoir compris comment doit fonctionner une transition inclusive et consensuelle. La gestion du patrimoine de l'Etat ne relève pas de sa seule responsabilité. Et même, plus particulièrement, la gestion des biens immobiliers de la présidence, si tant est qu'on peut dissocier les biens de la présidence de l'ensemble du patrimoine de l'Etat , ne relève pas de sa seule responsabilité puisqu'ils sont trois à être dépositaires des mêmes pouvoirs. Nous avons déjà eu l'occasion de signaler que soit les trois jouent le jeu avec bonne foi, soit ils bloquent la transition. Tant que Tgv n'est pas capable d'accepter cette simple évidence, les problèmes vont s'accumuler pour bloquer indéfiniment la Transition. Alors qui va se charger de lui faire admettre ce principe d'égalité ? Les mieux indiqués restent les médiateurs internationaux puisque Andry Rajoelina n'est pas permeable aux arguments, même ceux de bon sens, exprimés par ses adversaires politiques. Ses proches, attachés à leurs petits privilèges, prefèrent croire qu'ils démeurent investis de pouvoirs spéciaux . Sur quelle base ?  Sur rien mais le putsch a fait oublier, même aux supposés grands esprits, que les différents rouages de l'Etat obéissent à des règles autres que celles du renard dans un poulailler.
                                  On ne peut qu'en être persuadé quand certains proches de Tgv prétendent soumettre les fonctionnaires à un lien direct de subordination à Andry Rajoelina. Ce lien de subordination est logique en période normale. Mais même dans ce cas, il ne s'exerce pas directement du Président aux fonctionnaires des ministères. Tout simplement, parce qu'entre le Président et un directeur dans un ministère, il y a un directeur général , un ministre et un premier ministre. Mais surtout, Madagascar est dans une période transitoire.  Et dans la mesure où la présidence est collégiale, le lien de subordination existe entre le Conseil de la présidence et l'administration dans son acception globale et non entre le Président qui, encore une fois, est aussi juste un co-président quant à ses pouvoirs extra-protocolaires. Une note qui s'apparente à un ordre tendant à imposer Andry Rajoelina comme seul président de la Transition est alors inconstitutionnelle. Et en la matière, quand on dit Constitution, on ne peut parler que des Accords de Maputo et d'Addis Abeba. 
                                  Sur les ministères de souveraineté, encore une fois, il n'y a aucun argument valable qui pourrait justifier leur attribution à la mouvance Andry Rajoelina. Et notamment, rien ne justifie que le ministère de la Justice ou le ministère de la Défense leur reviennent surtout après l'usage qu'elle en a fait suite au coup d'Etat. Ces ministères ont été transformés en appareil de repression politique. Il est plus que nécessaire qu'ils redeviennent des institutions politiquement neutres au service de la nation.  Quand tout le monde l'aura compris et l'aura admis, le gouvernement de la transition verra le jour assez vite. 
Par sammy rasolo

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sur mydago.com

Lu sur le site Collectif-Gtt.org

“Nous apprenons à l’instant, que Andry Rajoelina, l’auteur du coup d’état à Madagascar veut déjà fouler aux pieds l’acte additionnel aux accords de Maputo, acte qu’il a pourtant signé, il y a à peine une semaine à Addis-Abeba le 7 novembre dernier.
En effet, il semblerait qu’il veut passer en force en nommant unilatéralement un gouvernement dont il s’adjuge les postes ministériels à sa convenance au mépris des répartitions qu’il a pourtant acceptées et signées. Passer en force, faire peu de cas de sa propre signature qu’il a pourtant apposée devant toute la communauté internationale, témoin de son comportement de voyou, voila la réponse qu’il donne aux injonctions de l’UE, de la SADEC de la semaine dernière. Andry Rajoelina, un enfant qui veut faire partie du cercle des « hommes d’Etat », mais de qui se moque-t-on ? Jusqu’à quand et à quel point, la communauté internationale acceptera-t-elle de se faire mener par le bout du nez par un gamin capricieux et mal élevé ? Les « grands pays » tels que les USA, la Chine, l’Allemagne se plieront-ils à nouveau devant le comportement de voyou sans foi ni loi, sous pretexte que le voyou a un protecteur faisant partie des grands de ce monde ? Passer en force en nommant un gouvernement non conforme aux accords signés par toutes les parties en lice, y compris la communauté internationale, est une methode de gangster en plein hold up, dont les médiateurs, représentants de la CI ne sortiront pas grandis.
Il est temps que les Institutions internationales réagissent si elles veulent préserver une crédibilité déjà fortement écornée aux yeux du monde entier dans cette crise malgache.”

Merci et courage! La lutte continue.

 

Par Ny Marina
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 06:44

Ndimby A.

Certains médias nous ont donc appris à la fin de la semaine dernière que Monsieur Andry Rajoelina s'était adjoint les services d'un conseiller technique français, afin de l’aider à résoudre les blocages dans la formation du Gouvernement Mangalaza. Je ne sais pas si cela est vrai, mais en tous cas, cela ne serait guère étonnant. Après avoir usé de tous les artifices pour écarter le Président Ravalomanana, jugé pas assez malléable et pas assez francophile (qualités, si qualités il y a, que l'Hexagone verra sans aucun doute beaucoup plus chez l’actuel Président de la transition - PT), voilà donc que la pieuvre made in France tape l'incruste dans les coulisses de l'Etat malgache. Verra-t-on revenir des ministres et des hauts fonctionnaires français pure souche dans le Gouvernement malgache, comme lors de la Première République ? S'il n'en tenait qu'à Rajoelina, les Lechat ou autre Bocchino auraient-ils encore beaucoup d'indignes successeurs dans la Grande Ile ?

Même si je doute qu'avec son jeune âge, l'ancien Maire d'Antananarivo ait dû ânonner comme nos parents et grands-parents ce fameux livre qui leur faisait dire : « nos ancêtres les gaulois », il y a un fait qui ne souffre d'aucune contestation. L’ex-DJ aime la France et les français, et l'Hexagone le lui rend bien. Paris sait toujours se montrer gratifiant et attentif pour ceux qui montrent fidélité, voire allégeance à la France. C'était valable pour les Tsiranana, les Bongo, les Sekou Touré, les Bokassa et les autres. Quant au sort des réfractaires qui montrent un peu trop d’esprit rebelle envers Paris, le cas de Ravalomanana est une belle illustration.

L’indigène et le vazaha

Celui qui est devenu par la force d'une mutinerie le PT de Madagascar a, dès le début, cherché le soutien de la part de l'Elysée ou du Quai d'Orsay, dont il fréquente avec assiduité les conseillers à chacun de ses passages dans l'Hexagone. Depuis Janvier, on a vraiment vu n'importe quoi, pourvu que ce soit blanc. Rappelons encore une fois  les mots stupides de ce Patrick Giovannoni, obscur président d'un non moins obscur Parti républicain chrétien français, et qui affirmait sans rire en Mai 2009 : « Andry Rajoelina, malgré son jeune âge, est sans aucun doute l’homme de la situation. Il est l’homme que Dieu a choisi pour protéger Madagascar. Il est droit, persévérant et déterminé à honorer la confiance que lui a témoignée la population ». No comment sur les élucubrations mentales de ce missionnaire des temps modernes, qui tente de convaincre de la pertinence de sa position.

On se souvient que peu après le coup d'Etat, le cabinet français Drake & Bart avait été recruté (apparemment sans appel d'offres public) pour re-étudier les grands contrats miniers. Puis, on a vu des conseillers techniques français servir de sherpa à Monsieur Rajoelina durant toute la crise, tant durant ses voyages à l'extérieur que sur place. Le supposé francophobe Ravalomanana parti, on ne sait si c'est le loup ou le goupil qui est maintenant dans la bergerie.  Mais dans tous les cas, c’est la secte des bwana, venus apprendre à l'indigène comment bien servir docilement la France. L'objectif reste celui de Galliéni et des pacificateurs de 1947, seul le nombre de morts et de victimes, ainsi que la méthode, étant différents. Et quand l'indigène aura bien collaboré et satisfait le vazaha, il aura l'espoir de devenir un jour membre de la Légion d'honneur.

Mais il n'y a pas que les conseillers occultes ou les pseudo-évangélistes français qui font les yeux doux à Rajoelina. On se souvient que Jean-Marc Châtaignier fut le premier diplomate à se précipiter pour aller faire des salamaleks à Ambohitsirohitra, quelques jours après qu'une attaque militaire ait permis au leader du mouvement insurrectionnel d'en prendre possession en Mars. Et pour boucler la boucle, c'est toujours cet Ambassadeur, envoyé par sa hiérarchie pour bien marquer le territoire dès la réussite du putsch militaro-civil, qui est le premier à présenter ses lettres de créance au PT, après l’Accord d’Addis-Abeba. Pourquoi diantre cet empressement chataignesque envers Rajoelina ?

A un niveau supérieur de la République Française, on découvre également qu'on peut être un député démocratiquement élu d'un pays réputé démocratique, et raconter quand même des âneries. Lors de la traditionnelle séance de questions-réponses au gouvernement le 28 Octobre 2009, Jean-François Mancel, parlementaire français UMP (qui a été invité à Madagascar en Septembre) a fait l'intervention suivante : « Le président Rajoelina, très courageusement, en prenant en considération l’intérêt supérieur de son pays, a décidé d’accepter ces conditions et est prêt à signer un accord. (…). Je souhaiterai donc, Monsieur le ministre que vous nous disiez, compte tenu de l’amitié qui nous lie à Madagascar, et compte tenu de l’importante communauté française et franco-malgache qui réside là-bas et en France, ce que pense faire la France pour précipiter la signature de cet accord ». Je passe au lecteur le reste de son intervention, clairement pro-HAT (Haute autorité de la Transition). Pour un peu, il aurait mis un bonnet orange et fait le signe V de reconnaissance de l'écrevisse marbrée.

Cependant, pour ceux qui aiment interpréter les circonvolutions de la communauté internationale depuis le début de la crise, le petit cinéma sous forme de ballet bien préparé entre Messieurs Mancel et Joyandet (le secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie qui lui a répondu) ce jour-là, était le signe que la France allait faire en sorte qu'un accord soit signé à Addis-Abeba quelques jours plus tard. Quant au contenu de la question du bwana Mancel, il n'est même pas utile de la commenter. D’ailleurs, une simple recherche sur Google permet de constater que le parlementaire est souvent actif dans cette belle contrée qu’est la Françafrique pour y protéger les chouchous de Paris, comme Denis Sassou Nguesso, réélu en Juillet 2009 avec près de 80% des voix après 25 ans de pouvoir.

Depuis le début de cette crise 2009, qui à 8 semaines près deviendra la crise 2010, il y a toute une chaîne de questions qui restent sans réponse au sujet du rôle de la France. Pourquoi Ravalomanana a-t-il fait pression pour faire partir l'ambassadeur de France Gildas le Lidec (1), soupçonné de favoriser les troubles partout où il passait ? Notons quand même pour la petite histoire que six mois après son départ, la crise a éclaté : simple hasard de calendrier, comme à Abidjan et Kinshasa ? Ravalomanana avait-il eu vent de certaines informations sur ce qui se préparait, car il n'y a que les naïfs pour croire que la vague qui a commencé en Janvier était un mouvement spontané ? De même, quelles sont les véritables raisons qui ont entraîné l'expulsion de quatre français par le Gouvernement Rabemananjara en Février : y a-t-il eu là aussi des informations non rendues publiques ? Pourquoi la France (en tant que territoire) servait-elle de base arrière bien regardante à l'opposition à Marc Ravalomanana de 2002 à 2009 ? Pourquoi Didier Ratsiraka bénéficiait-il d'avions de la République française pour se rendre aux réunions du Groupe international de contact ? Sans oublier l’empressement de la France à soustraire Andry Rajoelina des griffes de l’Emmo-Nat en Mars.

Si Zanzibar n’existait pas…

La Françafrique existe-t-elle ? Certains semblent en douter. Nous invitons les lecteurs qui s'intéressent à la question à relire notre édito publié peu après la mort d'Omar Bongo. Concernant l'activisme de l'Ambassadeur Châtaignier et des autres personnalités de la clique des bwana qui tentent d'assurer un retour gagnant de la France après sa relative éclipse durant le régime Ravalomanana, on ne peut sincèrement leur en vouloir. Chacun veille légitimement à assurer l'intérêt supérieur de sa nation (ISN). Il est normal que les bons Français pensent aux intérêts de la France. Par contre, honte et malédiction pour les Gasy qui préfèrent brader ceux de Madagascar au profit d'intérêts étrangers, non seulement en se déculottant devant eux, mais en plus en fournissant la vaseline.

Un excellent article d’un blog ivoirien explique comment Ravalomanana a perdu le pouvoir en quatre étapes, dont … deux concernent la France ! J'ai toujours été estomaqué en voyant les réactions de certains Malgaches sur les forums, affirmant que « la Françafrique était la meilleure solution pour les Malgaches », souhaitant « un rattachement de Madagascar comme DOM ou comme TOM » (2), ou insinuant que « Madagascar se serait mieux porté si elle était restée une colonie française ».  Toutes ces affirmations sont des injures au sang versé par ceux qui sont morts pour que Madagascar recouvre l’Indépendance. Rappelons qu’au-delà de toutes les supputations et fantasmes sur l’importance géopolitique de notre pays, eu égard à sa position stratégique et à l’importance de ses ressources naturelles, il y a dans la Grande Ile une communauté de 20.000 français et 700 entreprises françaises.

Je me pose souvent la question suivante : s’il eût absolument fallu que Madagascar connaisse le malheur de la colonisation, les choses auraient-elles été différentes si la domination avait été britannique plutôt que française ? La réponse à cette question ferait un beau débat. Pour ma part, je pense que oui, car l’approche coloniale des deux pays était très différente. On peut donc raisonnablement regretter que le Royaume-Uni ait choisi en 1890 d’abandonner Madagascar à la France, en échange de Zanzibar. Si les Britanniques tentaient d’inculturer leur domination en maintenant l’essentiel des structures sociales du pays colonisé (ou mis sous protectorat), la France rasait tout pour tenter de transformer l’indigène en Français de couleur. Avant de s’étonner un siècle plus tard que l’indigène ait quitté son pays pour coloniser à son tour ses banlieues. Mais bon, c’est une autre histoire.

Parlant justement de la situation des anciennes colonies, le Rapport mondial sur le développement humain 2009 (calculé sur des données de 2007) fait apparaître que sur les 20 derniers pays du classement en matière de développement humain, 45% sont des anciennes colonies françaises, 15% des anciennes colonies portugaises, 10% des anciennes colonies britanniques, et 10% également des anciennes colonies belges. Nous laissons le soin au lecteur de tirer en silence sa propre conclusion.

Car il n’est pas trop bon pour la santé de mécontenter la France, ou pour la sérénité (cf. Ravalomanana). Quand elle se fâche, sous ses allures de dame respectable, patrie de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et dont les discours grandiloquents des dirigeants feraient croire que le Christ s’est de nouveau réincarné, la France n’hésite pas à envoyer ses agents secrets faire les basses besognes, comme en Nouvelle Zélande en 1985. Mais pour deux faux-époux Turenge attrapés, jugés et condamnés pour meurtre, combien de voyous ayant trempé dans de mauvais coups en Afrique au nom de la République française ont-ils été révélés au public ?
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(1) Gildas Le Lidec vient d’être nommé il y a quelques jours Ambassadeur en Thaïlande
(2) Département d’outremer / Territoire d’outremer
Par Ny Marina
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 06:43

Le 13 novembre 2009

  

Antananarivo vit en ce moment à l’heure de Clochemerle avec des déclarations publiques que tout le monde entend, sans pouvoir toujours en comprendre le pourquoi, et des potins – je suis tenté par une forme à la malgache de « potinpotins » – qui alimentent les débats dans les couloirs et sur les trottoirs.

 

La déclaration publique qui a fait trembler tous les négociateurs à Addis-Abeba, est celle du plus jeune président non élu du monde qui, le 6 octobre, fut répercutée sur tous les médias : «Je pars, je pars ! S'ils ne veulent pas de ma présidence, je pars. Mais ils en seront les responsables», a-t-il clamé en quittant la salle « au pas de course » avec toute sa délégation ! Après la honte du discours avorté à l’Onu – mais les transitionistes en ont rejeté la faute sur la Sadc –, à Addis-Abeba, seul Rajoelina était responsable : il fut contraint de présenter ses excuses à Joaquin Chissano. Beau résultat !

La faute était si évidente et si colérique que Albert Zafy retrouva son rôle de ray aman-dreny, en oublia sur Rfi toute diplomatie et fit du gamin un rapide portrait sans concession dont il faut se souvenir, car il ne présage pas un avenir serein. «Diriger un pays, ce n’est pas comme ça… C’est un tort énorme, énorme, ça lui coûtera très cher… Il est le plus jeune, il ne respecte pas les vieux. Il y a quand même le respect de l’âge… Je dis carrément, moi, que quelqu’un qui n’est pas droit, qui n’est pas honnête, ce n’est pas possible. Actuellement, on souffre. Mais son comportement n’est pas très malgache… Ce qu’il a fait aujourd’hui, c’est une honte pour les Malgaches. C’est une honte pour quelqu’un qui prétend diriger le pays… Il n’a quand même pas dix ans ».

Avenir d’autant moins prévisible si l’on y ajoute cette information venue du Quai d’Orsay. Je ne dirai rien de la déclaration de Bernard Kouchner qui est de notoriété publique et qui montre qu’il est entré lui aussi dans la logique de la tradition coloniale. Je pense à cet agent du ministère qui recevait Rajoelina au Quai et devant qui le visiteur a piqué une crise mystique : le Christ lui parlait ! Rappelons que si le Cardinal l’a marié, lui et Mialy, à la cathédrale d’Andohalo, ce fut, semble-t-il, du bout des doigts. Rappelons aussi que, si leurs enfants suivent l’école du dimanche de la paroisse internationale d’Andohalo, ancienne Erf, le couple et leurs familles fréquenteraient plutôt et les adventistes et des sortes d’évangélistes.

Cela n’explique pas la sortie « au pas de course » de la réunion d’Addis-Abeba. La raison en est toutefois parfaitement claire. Ravalomanana contestait à Rajoelina la présidence de la Transition (PT) et avait proposé pour ce poste Raymond Ranjeva. Le danger pour le jeune Dj était grand, étant donné la qualité de la personnalité proposée. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Ranjeva est agrégé de droit – il n’y en pas beaucoup à Madagascar –, ancien professeur à l’Université dont il fut aussi le recteur et, précédemment, juge à la Cour Internationale de Justice de La Haye pendant dix-huit ans. Homme de haute qualité intellectuelle et morale, il n’a trempé dans aucune des magouilles politiques du passé, et reste, sans aucun doute ni aucune hésitation, toujours prêt à servir la nation et le peuple malgache. Mais reste aussi, avec son aura, un juriste qui n’est pas prêt à couvrir les magouilles prévisibles du temps présent et à ternir l’honneur de toute une vie et de toute une famille, la petite et la grande. Le danger était si grand que le gamin a fait sa crise d’infantilisme et a été suivi par tous ses complices tgvistes.

Comme des membres de l’épiscopat, les chancelleries se sont depuis beaucoup agité pour lui trouver une place parmi les postes qu’offre la Transition. Je crains fort qu’elles ne se heurtent à une fin de non-recevoir, et que l’homme ne veuille pas servir de roue de secours et d’extincteur d’incendie accroché dans les couloirs d’Ambohitsorohitra, alors que ce qu’il y faudrait c’est un bon calibre et un bon chasseur de crocodiles. Mille excuses pour le WWF, mais la prolifération exigerait que des mesures urgentes soient prises en la matière.

 

Autre nouvelle de notoriété publique grâce à la télévision, Jean-Marc Chataignier essaie de trouver solution à ses problèmes. Il est très rapidement devenu ambassadeur de France à Madagascar quand, après être passé au ministère des affaires étrangères, il s’est précipité à Iavoloha présenter ses lettres de créance au gamin. Il y a été reçu par le secrétaire général de la présidence – ça me gêne encore de mettre une majuscule au mot –, est passé devant les troupes et fut introduit dans le Palais par Zazah Ramandimbiarison qui, pour rappeler au Français qu’il était bien en terre malgache, n’était pas en costard mais portait lamba et chapeau. Chataignier a sans doute compris que l’on peut accepter, voire même souhaiter, la protection de la marâtre sans avoir à renier sa malgachité.

Puis il est parti rendre une visite de courtoisie à Fetison, co-président dans le triumvirat. Il y fut également reçu. Mais les mauvaises langues rappellent à qui veut bien l’entendre que les contacts avaient auparavant manqué de courtoisie. Récemment, Fetison se serait rendu chez Chataignier et celui-ci lui aurait diplomatiquement enjoint d’accepter le gamin comme PT. A quoi Fetison lui aurait rétorqué : « Vous n’êtes pas Gouverneur Général de Madagascar ». Son hôte lui aurait alors ordonné avec fracas de « sortir » ! Un autre ambassadeur important de la communauté internationale estime que l’Ambassadeur de France « est en train d’accumuler toutes les rancœurs des Malgaches ».

Autre nuage dans ce petit village, la position de la Chine. L’Ambassadeur de Chine a rendu visite non au gamin mais à Fetison. L’on a appris que son gouvernement est prêt à investir quatre milliards de dollars. La somme est énorme. On comprend que Chataignier veuille tout faire pour préserver les investissements privés français dans la Grande Île. Mais aura-t-elle les moyens de rester dans la compétition, alors qu’elle ne sait pas rester dans les coulisses ? Manquant d’invisibilité, Chataignier n’en a pas fini avec ses problèmes. D’autant plus que l’on ne sait pas très bien qui pilote la politique française, alors que l’Elysée reçoit des interventions de très hautes personnalités, comme le Primat des Gaules, qui rectifient la désinformation dont Omar et ses comparses de la mouvance jésuite, dernièrement avec sa revue Etudes, ont abreuvé la communication catholique.

 

Venons-en maintenant avec les potinpotins de la mouvance d’Antanimena, confortée par la mise définitive au placard de Mgr Félix dorénavant en maison de retraite. On y apprend ce qui pourrait être des secrets de confessionnal. Dans ce milieu canoniquement occidentalisé, on sait ce que veut dire « Bon sang ne saurait mentir ». Et l’on se demande de qui le gamin est le fils. « Fils de… » ou « fille de… », l’un de nos meilleurs éditorialistes a il y a peu attiré l’attention de ses lecteurs sur le phénomène. De qui le gamin serait-il le fils ? Dans la cour de l’épiscopat, l’un de ces spécialistes du droit canon nous apprend que le gamin serait un « bâtard de Ravalo » ! Voilà du nouveau qui nous change avec cette histoire d’amour et de projet de mariage avorté entre le gamin et une autre gamine !

Dès lors, les conversations vont bon train. Le gamin serait né à Besarety. Pour sa mère, on cite une Lafougère, « Arema jusqu’à la racine des cheveux », une Lalatiana avec des histoires complexes d’adoption auxquelles je ne comprends rien. Ou encore le « bâtard d’un Rabetafika » ! Je me demande juste si, comme il n’y a pas de cigognes à Madagascar, il ne serait pas simplement né dans un chou. Et pas un chou de Chine à constater la démarche de l’Ambassadeur de ce pays.

Et une fois lancées les histoires de fesses, personne hors mouvance Ravalomanana n’oublie d’en rajouter sur l’ancien Président avec même des escapades libertines à Maurice ou encore l’épouse d’un Premier Ministre… Et j’en oublie, tellement ça me casse les… excusez-moi, je risque de devenir grossier. On retrouve ici l’une des obsessions de la hiérarchie et d’une bonne partie du clergé romain qui veut régler, organiser et contrôler la sexualité du peuple chrétien selon les manuels rédigés pour les prêtres qui devaient le confesser. Une littérature qui a pu parfois donner des idées à ce clergé, comme nous le signifient différentes affaires judiciaires.

Permettez-moi d’abandonner ce village de Clochemerle à son triste sort. D’ailleurs, il va bientôt retrouver son curé attitré, puisque Sylvain Urfer sera sous peu de retour.

Par Ny Marina
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 06:35

Le 12 novembre 2009


 

Faut-il encore revenir sur la catastrophe économique ? Cela semble bien inutile aujourd’hui. « Hier, nous étions au bord du ravin ; depuis, nous avons fait un pas en avant », comme nous le rappelle une parole mémorable. Un véritable saut dans le vide. Et aucun de ceux qui prétendent sanctifier le nouvel ordre, alors qu’ils établissent le chaos, ne se sont manifestés pour rétablir la bonne marche de l’économie. Ni Mgr Omar qui, souriant, sembla alors bénir les capsates mutins dans la cour de l’épiscopat à Antanimena le 17 mars dernier, ni les mpiandry hâtifs qui, au lendemain de ce jour funeste, prétendirent exorciser tous les diables du Palais d’Ambohitsorohitra, ni même les mpiandry ravalomananiens qui avaient accompagné le Président depuis 2002. Car le Bien de la main de Dieu dont les uns se sentent investis n’est que le Mal pour les autres se sentant tout aussi investis du même pouvoir. Certains d’entre eux, à moins que ce soit tous, font manifestement un contresens.

Ils laissent faire les crocodiles d’Ambohitsorohitra dont on pourrait dire, à l’image des Anciens :

Mamba any Ambohitsorohitra,

Tsy mety hitondra marina.

Crocodile à Ambohitsorohitra,

Jamais homme politique ne deviendra.

dont on sait que ce sont des crocodiles sans compassion, un type humain pas idéal qu’avait déjà bien reconnu notre passé :

Tsy miantra ny ory

Hoatra ny mpangalatra

L'homme sans miséricorde pour les malheureux

Ressemble à un voleur.

Tous ces mauvais bergers auraient bien besoin d’une intervention de la communauté religieuse internationale et d’une convocation en Suisse avec de sérieux médiateurs œcuméniques pour un accord de Genève I. Mgr Omar pourrait y être à titre d’observateur. Sans doute cela lui serait-il un apprentissage moral. Comme à Maputo, les négociations n’y seraient pas faciles. Ils sont comme nos politiciens, car, comme nous le disent les Ntaolo distinguant la majorité silencieuse des activistes de la Place du 13 Mai :

                                                       Ny osa tsy mba saro-po

                                                       Ny mahery tsy mety handefitra

                                                       Les faibles ne sont guère emportés

Les forts ne veulent pas céder

Ils font penser à ces poules qui ont couvé des œufs de cane, ou, comme le disent aussi nos Anciens des poules qui ont couvé des œufs de crocodile :

Akoho mikotrika atodi-marnba

Mamelon-doza ho an ny tena

Poule qui couve des œufs de crocodile

Donne vie à sa propre ruine

La question que nous posent ces mpiandry de toutes espèces, ressort plus largement de nos engagements dans ce conflit des civilisations que nous avons importé sur notre scène avec nos interprétations de la religion – part essentielle de la Civilisation avec majuscule à l’initiale, telle que la concevait le Nord social-darwiniste au xixe siècle.

Le mot et le concept de Civilisation semblent aujourd’hui oubliés. A tort évidemment, car si le mot est maintenant doté d’une initiale minuscule et souvent mis aux pluriel – les civilisations –, le concept a perduré sous d’autres vêtements. Ce fut d’abord le Progrès avec le laïcisme de la colonisation, puis le Développement après la seconde guerre mondiale et le triomphe de l’économie, enfin la Démocratie depuis que l’on parle de « Sociétés en transition ». Hier comme aujourd’hui, c’est le contenu ancien et le même modèle qui nous est imposé avec ses rituels électoraux souvent pseudo-démocratiques et sa séparation des pouvoirs conçue par le Siècle des Lumières incomprise ou détournée. Découlant, il faut bien le dire, d’une mauvaise compréhension de ce qu’était notre société royale et qui n’était pas celle d’une monarchie – c’est-à-dire un pouvoir unique et exclusif – de nature absolutiste. Le discours colonial, mêlant racialisme et institutions, a refusé de voir que nos souverains ne détenaient pas ce pouvoir exclusif de tout autre, mais que le fanjakana royal et seigneurial reposait sur des lois fondamentales, les fenitra, qui avaient institué des contrepouvoirs dans une sorte de constitution à l’ancienne. Toute décision royale était précédée et préparée par des discussions et des consultations auprès de tous les détenteurs non d’un pouvoir mais d’une autorité reconnue et acceptée.

Le discours colonial n’avait pas admis qu’il existait dans le système politique antérieur des libertés individuelles, et notamment qu’il reconnaissait le principe général du samy manjaka eran’ny tranony, selon lequel chacun était roi en sa maison. Or, ces conceptions n’ont pas disparu dans nos campagnes et dans une partie de nos villes. Si l’on se tourne vers le demi-siècle que nous venons de vivre, il nous faut bien admettre que le « choix » de la République en 1958 nous fut imposé dans la logique de la politique de Gallieni. Admettre aussi que, à l’exception du référendum d’octobre 1972 qui accorda 96,44 % de voix en faveur du Général Ramanantsoa – au grand dam des conseillers d’Ampahibe qui n’espéraient qu’une majorité plus courte –, les systèmes politiques d’importation qui nous furent imposés par des politiciens citadins n’ont jamais fait l’objet d’une adhésion populaire véritable. Les succès, relatif ou absolu, de 2001 et de 2006 tenaient à la qualité traditionnelle du candidat dont les électeurs espéraient, quant à eux, qu’il mette en place un système malgache plus respectueux de leurs aspirations nostalgiques.

Les événements urbains et périurbains de l’année 2009, soutenus et organisés par des jésuites revanchards – dans la tradition du Père Piolet qui poussa à la conquête et à l’annexion – et de Pedro et autres salésiens bénéficiaires ont malheureusement remis au goût du jour ce discours colonial qui détermine nos pensées d’aujourd’hui et les fourches caudines sous lesquelles nous sommes aujourd’hui contraints de passer. Les qualités du nouveau Premier Ministre l’aideront-elles à cerner l’ensemble de la problématique et à trouver des solutions ? Déjà, lors de sa première intervioue à Rfi, il a introduit deux fois dans le vocabulaire politique un mot qu’utilise habituellement l’épistémologie – du moins comme je l’ai compris. « Syntagme » ! Le mot a sans doute obligé les crocodiles d’Ambohitsorohitra à se précipiter sur les dictionnaires. Dans un bon dictionnaire de la francophonie, ils n’auront trouvé qu’une définition linguistique qui les aura laissés plus qu’inquiets. Sans doute aussi sont-ils aussitôt repartis se réunir autour de leur brasier tremblotant :

Izay iray donak' afo

Iray dinidinika

Ensemble discutent de leurs affaires

Ceux qui se rangent autour du même feu,

sans plus essayer de savoir ce que signifie « triumvirat », autre mot employé par Mangalaza.

 

*      *      *

Par Ny Marina
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 06:29
Un accord a donc finalement été signé à Addis-Abeba pour amorcer la sortie de cette crise qui commence à nous fatiguer depuis presque un an. Cela ne peut être qu’une bonne nouvelle pour ce pays à l’économie exsangue, et qui a (pour le moment) échappé à divers spectres qui s’agitaient derrière la porte : failed state, rogue state, voire guerre civile. C’est aussi une bonne nouvelle pour Patrick, qui a donc gagné un pari avec votre serviteur : le sage scientifique du binôme aura donc droit à une pizza à emporter, dans la mesure où il avait été convenu que le gage était un repas italien. L’avantage de faire de l’analyse politique à Madagascar, c’est que l’on apprend assez vite les ficelles politicardes : dans la mesure où ni le menu ni le nom du restaurant n’étaient fixés d’avance (et encore moins par écrit), chacun peut donc interpréter comme il veut.

Pour leur part, il semble que l’équipe de médiation et les quatre mouvances aient pris les leçons des ambiguïtés de Maputo. L’accord signé à Addis-Abeba est assez précis, et boucle l’essentiel de ce qui devait être négocié entre les mouvances. En principe, les négociations restantes se feront en leur sein : cela ne sera pas aisé, mais sera cependant moins compliqué que d’arracher un accord entre Monsieur Rajoelina et les Présidents élus et déchus Ravalomanana, Ratsiraka et Zafy. Ici, petite parenthèse : notre ami forumiste Georges Rabehevitra a lancé il y a quelques jours un débat sur l’appellation de « Président ». Nous nous baserons sur le livre de David Njilie intitulé « Le protocole dans la République  » (L’Harmattan, 2008), et qui indique qu’il est d’usage que les anciens présidents (ou Premiers ministres) portent leur titre à vie. A notre niveau, cela clôt donc le débat sur le fait d’écrire Président Tsiranana, Président Ratsiraka, Président Zafy ou Président Ravalomanana. Quant à Monsieur Rajoelina, dans la mesure où même non élu, les accords d’Addis-Abeba lui attribuent le titre de Président de la Transition (PT), nous l’appellerons donc avec plaisir et si nécessaire par cette abréviation (par souci d’économiser le nombre de caractères afin de ne pas rallonger inutilement l’article).

Saluons deux petits traits de génie que les négociateurs ont eus pour débloquer la situation et aboutir à cet accord. Le premier est la mise en place de deux co-présidents de la Transition, qui permet à toute le monde d’être content : aussi bien celui qui aime se faire appeler « Monsieur le Président », que ceux qui souhaitent lui rogner un bout de son piédestal auto-acquis. Le second est l’ouverture vers ce qui est pudiquement appelé « les autres sensibilités ». Petit clin d’œil à ceux qui ne se reconnaissent pas dans les quatre mouvances, à commencer par Monja Roindefo, l’irréductible de Mahazoarivo. Question : Alain Andriamiseza fera-t-il partie du wagon Rajoelina, Ravalomanana ou Roindefo dans le prochain Gouvernement, au cas où il aspirerait à sa reconduction ?

Pour l'anecdote, retenons du dernier round de négociations à Addis-Abeba le coup d'éclat (après le coup d'Etat, c'était facile) de Monsieur Rajoelina, qui après avoir eu une prise de bec avec le président Chissano, est sorti de la salle en criant (et même, selon nos confrères de Sobika, en courant). Nous ne commenterons pas, mais invitons le lecteur à réécouter l'interview du Professeur Albert Zafy après cet évènement. Notons cependant que Monsieur Rakoelina a présenté ses excuses par la suite au Président Chissano, qui les a acceptées. Cela montre qu'il s'est rendu compte d'avoir dépassé les bornes, ce qui est sans doute le début de la maturité politique.

Que signifie l’accord d’Addis-Abeba ? 

Ne faisons pas la fine bouche : l’Accord d’Addis-Abeba place quand même le pays dans le meilleur contexte pour une sortie de crise depuis Janvier. Mais comme l’expérience vaut science, chacun devra retenir les leçons de cette crise 2009. Pour ma part, j’en retiendrai trois.

Primo, quoiqu’on en dise, cet accord valide un processus de coup d’Etat. Autrement dit, n’importe quel individu qui pourra rassembler les ressources nécessaires pour produire un putsch à Madagascar pourra s’attendre à se faire appeler un jour Président. Il suffira de trouver (ou créer les arguments pour hypnotiser la foule, obtenir les sponsors, financer les gros bras, provoquer des mutineries, le tout avec la bénédiction de la Françafrique et le soutien des manigances chataîgnesques. Pour arriver à ses fins, peur importera le sacrifice des emplois, des vies, de la stabilité économique ou de la sérénité sociale. Pour ceux qui ne l’auraient encore fait, j’encourage vivement la lecture de la contribution du forumiste Vitagasy sur les méthodes de subversion.

Secundo, il faut saluer la ténacité de l’équipe des médiateurs du Groupe international de contact (GIC), malgré les insultes, les allusions nationalistes aux relents racistes et xénophobes, les accusations tout aussi saugrenues les unes que les autres. Depuis l’entrée en lice de cette structure, la rédaction nous avons toujours été en posture de support aux efforts de médiation, contre les extrémistes de tout bord. Et si cette transition se passait finalement bien, l’Etat malgache devrait songer à décorer ces diplomates qui ont réussi là où aucun Malgache n’a été capable : concilier ce qui semblait inconciliable.

Tertio, il y a eu un ensemble d’épines au pied de la Haute autorité de transition, qui l’a empêché d’en faire à sa guise après son accès au pouvoir le 17 Mars. Les réunions de Magros ; les légalistes (sans être zanak’i dada, même si certains esprits pervers aiment insinuer l’égalité), qu’ils soient politiciens, journalistes, citoyens ; la communauté internationale qui a mis la pression là où le régime putschiste pouvait comprendre ses limites : les caisses de l’Etat. La menace de l'Union européenne a eu son effet, et les levées de boucliers, aussi minimes soient-elles, ont obligé la future défunte Haute autorité de la transition (qu’on enterrera sans regrets ni remords).

Une fois encore, nous appelons à la vigilance : la porte n’est pas la route, et cette Transition sera difficile. Bâtir une société juste, équitable et démocratique sur autant de rancoeurs et de blessures récentes ne sera pas une sinécure. Et imprimer un mouvement d’ensemble à une transition à la tête tricéphale et à l’effectif pantagruélique (457 personnes) ne sera pas facile.

Monsieur Rajoelina avait promis en Janvier 2009, en inaugurant la Place de la Démocratie qui allait par la suite servir de champ de tir pour ses opposants, de réinstaurer la démocratie, la bonne gouvernance et la performance économique. Dix mois après, on voit ce qu’il en est de sa capacité à tenir ses promesses. Le Docteur vétérinaire Rakotovahiny et le gestionnaire de formation Rakoto-Andrianirina ne seront donc pas de trop pour encadrer la jeunesse et l’inexpérience de l’ex-DJ.

Dans une contribution la semaine dernière, le forumiste Vuze faisait remarquer avec pertinence les deux critères primordiaux de la sortie de crise : « les élections doivent avoir lieu le plus vite possible et la durée de la transition doit être la plus courte possible ». Mais c’est hélas plus facile à écrire qu’à faire. Car s’il est vrai que les élections représentent la seule voie pour que Madagascar retrouve sa place dans le concert des Nations, il faudrait qu’elles soient libres, équitables, transparentes, et ce afin que le résultat ne soit pas discutable. Tout un programme, qui méritera tout un édito. En attendant, on va juger cette équipe sur la célérité avec laquelle le député raharinaivo Andrianantoandro sortira des géoles hâtives.
Par Ny Marina
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