2011, une grande année pour le lapin ?

Publié le par Ny Marina

 
Les férus d’astrologie orientale auront noté que les Chinois entreront dans quelques semaines dans l’année du lapin de métal, plus précisément à compter du 3 février 2011. Reste à voir ce que cela signifie : l’année 2011 verra-t-elle  un renforcement des relations entre le lapin et les Chinois, ou les Chinois feront-ils un honneur particulier au lapin dans leurs casseroles ? En tous cas, il paraitrait que 2011 devrait être une année calme, apaisée, marquée par la paix et la justice, ainsi que par le retour de l’influence des diplomates. Cela sera-t-il valable uniquement pour le lapin et les Chinois, ou bien peut-on espérer que l’année 2011 verra aussi un apaisement pour les Malgaches ?  
 

Le passé…

 

Depuis près de deux mois, j’ai invité peu à peu  à une lecture réaliste de l’évolution de la situation sur le plan des relations internationales. L’éditorial Réalisme amer a en particulier irrité beaucoup de zanak’i dada, qui auraient voulu que je fasse semblant de ne pas voir que les indicateurs de la communauté internationale passaient peu à peu à une tonalité moins rigide envers le régime de Transition depuis le référendum. Dans le monde, et surtout chez les politiciens malgaches, la politique est une histoire de conquête du pouvoir et non de morale : ceux que cela gêne feraient mieux de finir de s’intéresser à la vie politique, et de s’orienter vers l’observation de la vie religieuse. Et encore : il ne faudrait pas s’intéresser de trop près aux prêtres pédophiles ou aux séances d’exorcisme visa A du FPVM, la secte préférée des dirigeants hâtifs qui lui a donné une envergure exponentielle pour circonscrire l’influence du FJKM pro-Ravalomanana.

 
Les discours de protestation et de dépit que l’on entend ou que l’on lit de la part de ceux qui auraient voulu que les trois mouvances en général, et le TIM en particulier, continuent leur bouderie, sont peut-être compréhensibles, et sans doute légitimes. Mais là où le bât blesse, c’est que ceux qui appellent à la poursuite de cette posture stérile, ou pire, à ceux qui appellent au « gidraka ihany », n’ont aucun regard objectif et réaliste sur les chances de réussite de telles tactiques dans le contexte actuel.
 
Tout ce que ceci montre, c’est que les changements dans la vie politique ne se décrètent pas : ce n’est pas une histoire de mots, mais d’abord d’actes. Les gens sérieux n’ont pas cru Andry Rajoelina lorsqu’il a tenté de justifier son coup d’Etat par d’obscures motivations au bénéfice de la démocratie et de la bonne gouvernance. Mais une fois qu’il a réussi à appâter une masse critique de politiciens pour le soutenir en échange de sièges et de belles voitures, la situation a peu à peu changé, jusqu’à ce référendum constitutionnel de Novembre. Malgré le caractère folklorique de l’élection et du texte voté, cet évènement a fini par contribuer à asseoir une certaine assise nationale au pouvoir de transition. Pouvoir amoral, illégal, mais qui a donc fini par gagner une certaine légitimité. Et en face, les imprécations, quolibets et autres insultes ont fini par montrer leurs limites, car ils n’ont pas été suivis d’actes efficaces en vue de développer, ou même de maintenir, l’influence de l’opposition ainsi que la dynamique de résistance. D’ailleurs, la situation actuelle montre également que la vie politique malgache ne subit que de façon marginale l’influence des va-t-en-guerre de salon, des révolutionnaires de forum, ou même des éditorialistes grognons.

 

Le présent…

 
A New-York, il semblerait que la commission de vérification des pouvoirs de l’Assemblée générale de l’ONU ait reconnu au pouvoir de transition actuel la qualité à représenter Madagascar aux travaux de cet organe onusien. Et quand on sait que les Etats Unis font partie de cette commission, on se rend compte que le pouvoir d’obstruction des trois mouvances au sein de la communauté internationale n’est plus que l’ombre de ce qu’il était. Paradoxalement, seule l’opposition internationale à ce qui était la Haute autorité de transition permettait à l’opposition nationale d’exister politiquement. Par rapport à cette décision onusienne, j’ouvre les paris avec mon compère Patrick : il n’y aura pas d’élections présidentielles avant Septembre 2011, histoire pour le Grand Hâtif de pouvoir aller parader à New-York, et d’effacer le camouflet d’il y a deux ans. Et surtout, histoire d’être pris en photo avec les autres chefs d’Etat pour la mettre sur le salon, avec peut-être les clichés des soirées Live d’antan.
 
A Madagascar, le TIM véritable, l’aile restée fidèle à son fondateur Marc Ravalomanana, a manifesté par la voix de Mamy Rakotoarivelo qu’il était prêt à participer à la transition. Ainsi, quoiqu’on en dise, Norbert Lala Ratsirahonana a gagné : de l’Accord d’Ivato à l’Escopol, puis au référendum, c’est sa stratégie qui a fini par l’emporter, aidée largement il est vrai par la vacuité stratégique du camp d’en face.  La capitulation des trois mouvances et sa résultante qu’est la reconnaissance internationale, principal obstacle au TGV, est en marche, que cela plaise ou non. Il serait cependant souhaitable que le TIM ne se défroque pas sans obtenir la libération des prisonniers politiques (il faudrait être Miss Tick, Bécassine ou Ray Charles pour prétendre qu’il n’y en a pas à Madagascar), car une abdication sans au moins cette condition serait une insulte pour les gens arrêtés, les chômeurs à cause du coup d’Etat de Rajoelina (AGOA compris), les manifestants assassinés sous les balles des bidasses sans foi ni loi etc.
 
Et entre les deux, à savoir l’ONU à Madagascar, Peter Metcalf, diplomate mandaté par les Nations unies pour reprendre le flambeau éteint sous la précédente médiation, a indiqué que son institution était prête à « appuyer le Gouvernement de la Transition à organiser des élections transparentes et crédibles suivant un processus accepté par tous ».
 
Quelques lignes aussi pour parler des récentes révélations du Lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina. L’affaire du BANI a parait-il révélé pour les hâtifs et leurs griots la véritable nature de cet homme, qui s’est singularisé en 2009 par l’usage de la violence et d’une vision étrange de ce qu’est l’honneur d’officier. L’hypocrisie avec laquelle les apparatchiks du pouvoir actuel font semblant de découvrir les défauts de ce Lieutenant-colonel est ubuesque, alors qu’ils avaient fermé les yeux dessus en 2009. Un seul commentaire : « dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es » (1).

 

L'avenir…

 

Ceci étant dit, la victoire à l’usure du Grand Hâtif ne signifie pas qu’il est devenu quelqu’un de fréquentable ou de compétent. Elle signifie tout juste ce que je prévoyais depuis plusieurs semaines : primo, les gens en ont marre de la crise malgache, et vont se contenter de concessions minimalistes de la part de Rajoelina et sa clique ; secundo, la crise ivoirienne qui est géopolitiquement de loin plus grave que la crise malgache, va pousser la communauté internationale à se concentrer sur sa résolution ; tertio, les trois mouvances ne sont pas arrivées à révéler sur le terrain le soutien de cette fameuse majorité silencieuse dont elles se prévalaient.  Cette victoire à l’usure signifie également un point très clair : la défaite de Madagascar et de la démocratie.

 
En effet, laisser le pays entre les griffes des rapaces actuels ne peut augurer de quoi que ce soit de positif. Aucune raison donc qu’ils changent en bien, alors que le boulevard de l’acceptation, voire de la reconnaissance, n’est plus si loin. Passerelle unique obligatoire pour les télécommunications ! Contrôle des marchandises importées ! Trafic de bois de rose ! Procès et arrestations sur la base d’accusations hallucinogènes ! Limogeage de la Présidente du Conseil d’Etat trop peu conciliante avec le pouvoir hâtif ! Radios fermées ! Journalistes emprisonnés ! Meetings de l’opposition sur les places publiques interdits ! Pseudo-place de la démocratie ! Les auteurs du coup d’Etat de mars 2009 au nom de la démocratie et de la bonne gouvernance n’ont fait qu’accumuler les démonstrations du contraire de ce qu’ils prônaient. Alors prétendre que ces gens-là sont les hommes du renouveau de Madagascar, laissez-moi ricaner…  Il ne s’agit pas d’amour ou de haine, contrairement à ce que certains griots pensent. En tant qu’analyste, je n’ai pas plus de sentiments envers les hommes politiques que j’observe, que le scientifique envers ses souris de laboratoire.

Dilemme cornélien

 

 

Les lecteurs qui me suivent depuis un certain temps connaissent, et raillent gentiment, ma propension à rappeler que j’avais prévu dans un édito précédent ce qui est en train de se passer. Communauté internationale : se soumettre ou se démettre, éditorial du 8 avril 2009, prévoyait ceci : « Tous les signes montrent que dans quelques mois, la Communauté internationale aura viré sa cuti. Les belles condamnations unanimes et les demandes de retour à l’ordre constitutionnel, aux premiers jours du coup d’Etat perpétré par Andry Rajoelina, commencent à faire place à des positions plus nuancées. Dans le monde, les intérêts géopolitiques ne se sont jamais préoccupés plus qu’il ne faut de démocratie et de droits de l’homme. Pourquoi en serait-il différemment à Madagascar ? ». Les quelques mois auront certes duré 2 ans. Mais dans l’absolu, ce qui était prévu s’est réalisé.

 
L’éditorialiste est-il un prévisionniste comme le météorologue ou un prédictionniste comme les fausses gitanes des foires ? Je ne sais pas, et je n’aurais pas l’arrogance de me prendre pour l’un ou pour l’autre. Mais je note qu’en deux ans d’éditos, même si le taux de 100% n’est certainement pas atteint, il y a quand même des points importants prévus sur ces colonnes qui se sont révélées exactes. L’impossibilité pour le Président Marc Ravalomanana de revenir malgré les promesses du Margros, l’incapacité pour Monsieur Rajoelina d’aboutir à une sortie de crise sans passer par l’inclusivité du TIM, le revirement progressif de la communauté internationale, la perte progressive d’influence des trois mouvances, le fait que le comportement des entreprises chinoises ferait voler en éclats l’efficacité de la pression internationale, et enfin que la sortie de crise passera par le partage du gâteau pour contenter tout le monde, les politiciens malgaches n’étant que des vautours qui se déguisent en colombes.
 
Ceci étant dit, la sortie de crise par saupoudrage ou bricolage, la validation d’un texte constitutionnel plus qu’imparfait, et l’adoubement d’un putschiste ne pourront créer les balises suffisantes pour prémunir  la vie politique malgache contre de nouvelles crises dans le futur. Autant de raisons qui font qu’être éditorialiste politique à Madagascar a fini par ne plus m’amuser, après deux années de bons et loyaux services bénévoles au nom d’un certain idéalisme que je me faisais de la politique.
 
Mon réalisme amer me fait me rendre compte que continuer à commenter la vie politique à Madagascar en tentant de dénouer l’écheveau vers la sortie de crise, impliquerait de facto un appui au pouvoir de transition dans ses efforts pour attirer l’opposition et la communauté internationale. Mes ancêtres, dont certains ont régné sur ce pays avant la colonisation, et dont d’autres sont morts fusillés par les Français en 1947 (et avant), ne me pardonneraient pas cette infamie. Astrologie chinoise ou pas, le seul lapin qui soit digne de mon intérêt soutenu est celui qui mijote avec de la moutarde et du vin blanc. Ce sera donc sans moi pour la suite des événements. Merci du fond du coeur à tous les lecteurs qui m’ont honoré de leur attention durant ces deux années.
Ndimby A.
 
(1)    Pas la peine de me servir le contre-exemple rhétorique de Judas. Je connais déjà…
______________
 
Post-scriptum à l'intention des lecteurs de Fijery.
 
Dernier édito avant un long break... Je vous dois des explications : par sentiment de lassitude, d'inutilité et d'impuissance ; par déception devant l'incapacité de l'opposition ; et surtout par choix de consacrer dorénavant mon temps à des choses personnellement plus importantes... Merci à tous pour cette aventure d'éditorialiste politique qui a deux ans ce mois-ci. On se revoit à la prochaine crise ;-)

Commenter cet article