ici et là ... à travers la toile

Publié le par Ny Marina

Les chantiers de la Rue Publique

Certains devraient arrêter de mettre des bouts de moquette dans leur cigarette ! Lors d’un dîner privé, j’ai eu droit une démonstration foireuse d’une connaissance pro-HAT. Primo : aimer Madagascar signifie agir pour son développement économique et social. Secundo : ce développement économique et social nécessite la stabilité du pays. Tertio, la stabilité du pays signifie de fait la stabilité de la Haute autorité de la transition (HAT). Conclusion, et c’est là que vient le gag : aimer Madagascar, c’est vouloir la stabilité de la HAT. Et selon ce membre de la secte « pro-TGV à fond la caisse », ne pas soutenir la HAT actuelle, c’est manquer de patriotisme. Foutaises, dirait notre ami forumiste Basile 2(22) Ramahefarisoa. Car vouloir la stabilité de la HAT dans sa forme actuelle, c’est donner l’absolution à un coup d’État, et encourager les générations futures à perpétuer cette méthode moyenâgeuse.

En attendant que les négociations sortent de leur enlisement, les dérapages s’accumulent. Héritage pernicieux d’un viol de la République avec une prise de pouvoir par la rue publique : cela crée de vastes chantiers dans lesquels les nids de poule y sont si grands que même des autruches pourraient venir y couver.

Quoi qu’en disent les griots et les faucons de la HAT, le profil actuel du pouvoir de transition est inadéquat pour résoudre la crise, et il doit être reformaté. Une discussion inclusive des forces politiques qui comptent (y compris Marc Ravalomanana ou ses représentants) en vue d’une gestion concertée de la transition est le seul chemin. Premiers qui devraient être mis à l’écart : les groupuscules ou personnes qui ne représentent qu’eux-mêmes. Quand on regarde la liste des membres de la HAT, on se demande légitimement ce que certaines personnes représentent comme poids politique, à part le fait de s’être doré le crâne ou avoir péroré des discours enflammés sur la Place du 13 mai. On note pourtant que ce ne sont pas les plus légers en poids qui ont les ego les plus humbles.


RÉSURRECTION DE ZOMBIES POLITIQUES

Parmi ceux qui s’agitent beaucoup en se moment pour tenter de se donner une respectabilité et un poids sur l’échiquier, on a les prisonniers qui se disent politiques. Il est hors de question d’absoudre les fautes de qui que ce soit (même de Marc Ravalomanana), si elles sont avérées exactes et prouvées lors de procès équitables, et non sur de simples manipulations de la Justice pour régler des comptes politiques. Mais attribuer le qualificatif prestigieux de prisonniers politiques à des personnes, pour la plupart condamnées et incarcérées pour des dossiers pénaux, relève tout simplement d’un abus. Certains se veulent être le Mandela ou la Aung San Suu Kyi de la Grande Ile. Alors que leur proximité avec Al Capone ou Joe Dalton est un peu plus évidente. 

Prenons un exemple simple. Imaginons un journaliste qui aime bien batifoler avec les épouses d’autrui. Un jour, il se fait attraper par un mari plus vigilant et plus jaloux que les autres, et qui l’expédie ad patres d’un coup de couteau. L’Ordre des journalistes ou Reporters sans frontières seraient-ils alors en droit de dire que cet acte fut une atteinte à la liberté de la presse, juste sous prétexte que c’est un homme des médias qui a été tué ? C’est kif kif : être un journaliste ou un homme politique ne doit pas être un préservatif contre la sanction des crimes et délits. S’il est utile de rejuger les dossiers judiciaires d’hommes politiques pour déterminer si les condamnations n’ont pas été des machinations politiques, qu’une commission indépendante soit alors créée. Et si elles s’avèrent vraiment fondées sur des faits relevant du pénal, que les coupables soit sanctionnés sans se réfugier derrière le parapluie du complot politique. 

De ce qui précède, la requête de Didier Ratsiraka de blanchir lui et ses comparses avant toute négociation est tout simplement une insulte au Droit, à la Justice et à la démocratie. Et toujours de ce qui précède, Andry Rajoelina s’est fourré dans un guêpier en faisant sortir les soi-disant prisonniers politiques, sans avoir étudié leurs dossiers de façon sereine et impartiale. Car si maintenant une condamnation était démontrée justifiée, comment va-t-il faire revenir ceux qui le méritent dans la case prison ? Andry Rajoelina aurait été plus avisé de ne pas céder aux facilités du populisme pour faire ouvrir précipitamment les portes d’Antanimora ou Tsiafahy. Et d’ailleurs entre parenthèses, il serait peut-être également bien avisé de s’enquérir de la situation des membres du pouvoir de transition (HAT et gouvernement) vis-à-vis des banques et de la Justice : il aurait peut-être la surprise de découvrir des cas intéressants sur quelques personnes qui se permettent pourtant d’accuser (à grands cris de vierge effarouchée) Marc Ravalomanana de malhonnêteté. Car on craint fort que le pouvoir de transition ne soit, non seulement une occasion de résurrection pour certains dinosaures et zombies politiques, mais aussi l’opportunité pour d’autres de blanchir en douce les casseroles poisseuses.

D’ailleurs, le récent procès de Marc Ravalomanana appelle à une réflexion, en plus de celles déjà données dans notre éditorial d’hier. Il a été jugé pour des actes effectués en tant que Président de la République, alors que la Haute cour de justice requise n’existe pas. Qu’est-ce qui empêchait Christine Razanamahasoa, Ministre de la Justice, de mettre cette juridiction en place avec le même empressement utilisé pour enclencher les procès de l’ancien maître d’Ambohitsirohitra ? Car ne nous voilons pas la face : il y aura beaucoup d’abus qui mériteront également d’être jugés pendant cette transition. Plusieurs entreprises, mais aussi des particuliers, ont subi des actions de racket et d’extorsion de fonds ou de matériel. Et s’il s’avérait un jour que des gens de la HAT ou du Gouvernement étaient impliqués, qui pourrait les juger ? Exemple fictif, toute ressemblance avec la réalité ne pouvant être que le fruit du hasard : imaginons quelqu’un qui abuse de sa position pour réquisitionner un véhicule ou un bâtiment qu’il n’a pas les moyens de s’offrir. Sauf si on part du principe béni oui-oui que les membres du nouveau régime sont tous des anges, ce cas n’est pas impossible. Comme on le pensait en 1991 et en 2002. « Ento miakatra ity firenena ity », disait l’un. « Minoa fotsiny ihany », disait l’autre. « Loza ity marina mafy », disait Iraimbilanja.

Autre cas épineux pour le pouvoir de transition et le Conseil militaire de la défense nationale : le cas d’Alain Ramaroson, Président de la commission « défense et sécurité » de la Haute autorité de l’État. Il y a toujours eu des commissions « défense » au sein de l’Assemblée nationale ou du Sénat, mais on n’en a jamais vu les Présidents disposer de détachements armés, et encore moins pour jouer au Rambo ou au Zorro en dehors des structures existantes. Pour la seconde fois en l’espace de quelques semaines, des militaires aux ordres de M. Ramaroson se sont trouvés confrontés à des militaires de la Commission nationale mixte d’enquête lors de perquisitions : une fois à Vohidiala (Ambatondrazaka), et une fois à Ampasampito. On a ainsi appris avec surprise que ni le Colonel Ndriarijaona (Chef d’état-major général de l’armée), ni la Ministre de la Justice n’avaient donné l’ordre de ces perquisitions.

Ce genre de petit épisode nuit à la respectabilité internationale de la HAT, qui est déjà peu reluisante de par son origine putschiste, et même si des efforts ont été faits dans certains domaines comme les droits de l’homme. Ces situations sont une occasion pour les anti-HAT de pointer du doigt une instabilité potentielle du régime actuel. L’analyste politique d’une représentation internationale nous a fait remarquer que dans certains pays, l’incapacité des dirigeants à gérer le fractionnement institutionnalisé de l’armée a produit des révolutions de Palais : Burkina-Faso avec l’assassinat de Sankara par ses compagnons de révolution, ou encore les Comores avec l’assassinat d’Ahmed Abdallah par son compère Bob Denard. Quand on se lie d’amitié avec les crocodiles, un accident est si vite arrivé…


VERS UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE ?

Le pouvoir révolutionnaire (pouvoir de transition issu d’une révolution ou d’un coup d’État, selon la terminologie qui vous arrange le plus) dirigé par Andry Rajoelina a donc du pain sur la planche. Le slogan des assises régionales est un vaste programme qui se veut survoler les cimes : « Créons une nouvelle société dans laquelle règnera la vraie démocratie dans le respect du statut républicain ». En attendant, au lieu d’avoir la tête dans les nuages, peut-être que la résolution des points mentionnés ci-dessus peut déjà être un bon départ concret.

Pour comprendre les bases universellement admises de la démocratie, nous vous recommandons la lecture de la présente fiche de synthèse. Rappelons, encore une fois, les six critères d’une véritable démocratie selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) :

· Un système de représentation, avec des partis politiques et des groupes de défense d’intérêts qui soient opérationnels.

· Un système d’équilibre reposant sur la séparation des pouvoirs, avec une branche judiciaire et une branche législative indépendantes.

· Un système électoral garantissant des élections libres et non entachées d’irrégularités, ainsi que le suffrage universel.

· Une société civile active, à même de contrôler les actions du gouvernement et des entreprises privées, et de proposer des modes différents de participation politique.

· Des médias libres et indépendants.

· Un contrôle effectif des civils sur l’armée et les autres forces de sécurité.

Chacun pourra évaluer le chemin qui reste à parcourir. Dans une vingtaine de jours, Madagascar commémorera le 26 juin, date du retour à l’Indépendance. Si on pouvait encore entendre la voix de ceux qui ont lutté et travaillé pour cette Indépendance, et surtout ceux qui sont morts pour, on se demande ce qu’ils pourraient dire à la classe politique actuelle. Que diraient Philibert Tsiranana, Ravoahangy-Andrianavalona, Raseta, les menalamba et les martyrs du MDRM ? Que répondraient Ratsiraka, Zafy, Ravalomanana et Rajoelina s’ils posaient cette question :  «qu’avez-vous fait de ce pays que nous vous avons légué ? »

Une question légitime revient souvent : « pourquoi sommes nous toujours aussi pauvres, 50 ans après l’Indépendance ? ». Le Malgache, toujours prompt culturellement à chercher le bouc émissaire, se dira facilement que c’est la faute de la communauté internationale et des régimes corrompus qui se sont engraissés dessus. Mais le peuple peut-il, lui aussi, se dédouaner de sa délectation à refaire le monde ? La crise politique est devenue pour le vulgus pecuum en mal de distraction une animation, et l’occasion de divertissement sur la Place du 13 mai. Et les politicards qui ne veulent pas attendre les élections, surfent sur ce phénomène.

De façon cyclique donc, la communauté internationale doit se pencher sur ce membre sans le sou mais turbulent qu’est Madagascar. Et pendant que les médiateurs s’échinent à rapprocher des extrêmes qui s’éloignent de plus en plus chaque jour, le marasme économique prend racine. Objectivement, ce 4 juin 2009, Madagascar se trouve dans une plus mauvaise posture qu’il y a un an, voire un semestre. Economiquement, socialement, politiquement, diplomatiquement, on doit faire face à plus de problèmes, sans nécessairement avoir les solutions. Certains abrutis disent : « oui, mais maintenant on a la démocratie ». Déjà, l’existence de cette démocratie reste à démontrer. De plus, il faut demander aux 250 entreprises qui ont fait faillite et aux 15.000 personnes mises au chômage, si cette démocratie peut se mettre dans leur assiette et celles de leurs familles.

D’autres illuminés (car il faut de tout pour faire un monde) exposent, du haut de leur suffisance : « il faut qu’on souffre un moment, et accepter des sacrifices pour pouvoir reconstruire un monde nouveau ». Souvent les auteurs de telles inepties n’ont pas subi les retours de bâtons de cette crise, ce qui fait qu’ils se sentent autorisés à dire n’importe quoi. Ils l’ont dit en 1991, ils l’ont redit en 2002, ils le redisent en 2009, ils le rediront dans quelques années. Tout en s’étonnant d’être continuellement mafy ady. Toutefois, il n’y aurait pas eu de crise politique si Marc Ravalomanana n’avait pas exagéré plus que de raison sur certains abus de gouvernance politique et économique. Il n’y aurait pas eu de crise politique si nos politiciens avaient une véritable culture démocratique. Mais surtout, il n’y aurait pas eu de crise politique si la population avait reçu une éducation citoyenne correcte. On pourrait alors rajouter aux six points définis ci-dessus par le PNUD, un septième point : la capacité de la population à débattre.

On comprend mieux les racines de la crise actuelle quand on contemple sur certains fora (1) les extrémistes de tout poil, qui, tout en jouant les donneurs de leçons démocratiques et les (mauvais) profs de journalisme pour les plus transcendés d’entre eux, s’invectivent sans courtoisie ni argumentation dans des posts qui montrent des auteurs peut-être sans queue, mais assurément sans tête. Or le forum n’est que le reflet de notre société. Des citoyens éduqués, entraînés et formés à l’exercice du débat seront plus respectueux envers autrui et ses idées, et moins enclins à jouer les moutons de Panurge pour les messies autoproclamés de la Place du 13 mai. Tous les Malgaches pourraient alors pratiquer ce dicton de notre sagesse ancestrale : « Raha diso moa aho, ny teniko ariana fa aza ny tenako » (si j’ai tort, rejetez mes paroles, mais pas ma personne). Mais sans doute, au vu des événements actuels, cette sagesse est aussi morte avec les ancêtres qui ont enseigné cela.

(1) Petite coquetterie de la réminiscence des cours de latin pendant l’adolescence. “Fora” est le pluriel de “forum”, qui est comme chacun sait, un mot latin. Par conséquent, ne pas voir en “fora” un terme digne de suspicion : ce mot n’a rien à avoir, de près ou de loin, avec la langue malgache.




 

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La République du bla bla bla

Le sympathique Patrick Pisal-Hamida, Directeur général de la société TELMA, devrait être heureux. Au-delà de ses calculs de marketing vers les consommateurs avec cette publicité télévisée si bizarre mais tellement efficace (« Telma ! blablabla ! »), il semblerait que les politiciens malgaches aient aussi adopté le slogan pour eux-mêmes. Entre actions de propagande et stratégie de communication, le blablabla a gagné ses lettres de noblesses dans cette crise 2009. Il est vrai que nous sommes le pays du kabary, et le kabary appartient aux aînés, aux ray-amandReny… En Argentine, Mafalda (caricature par Quino) pense que « le malheur de la grande famille humaine, c’est que tous veulent en être le père ». Idem à Madagascar, tous se veulent être le ray-amandReny de ce pays. En paroles, en gloire, en avantages, en prestige, en blabla. Mais en actes de patriotisme, nos politiciens répondent aux abonnés absents.


 

Les vessies et les lanternes

Nous nous sommes beaucoup amusés en voyant les commentaires dithyrambiques de certains journaux au lendemain de la visite de Andry Rajoelina à Dakar. « Wade reconnaît Rajoelina » disait l’un. « Andry Rajoelina accueilli en chef d’Etat » clame l’autre. « Le président du Sénégal Abdoulaye Wade a reconnu hier à Dakar la Haute Autorité de Transition, le nouveau gouvernement dirigé par Andry Rajoelina » fredonne l’un. « Le président sénégalais Abdoulaye Wade reconnaît l’effectivité du pouvoir transitoire dirigé par Andry Rajoelina » chantonne l’autre. Et ainsi de suite.

Son de cloche (unique) de ces informations : le communiqué officiel de la Haute autorité de transition (HAT), qui bien sûr, fait la part belle aux désirs de son maître. Mais entre les désirs et la réalité, il y a souvent un pas. Dès le lendemain, de manière très diplomatique, le Sénégal recadre les choses. Peut-être irritée par la récupération faite au niveau de la Haute autorité de l’État (HAT), la Présidence sénégalaise envoie un communiqué signé de son Directeur de Cabinet Zakaria Diaw. Le document note que le président Wade a indiqué qu’il se voulait « facilitateur » et « non juge », et qu’à cet effet, il ne pouvait « prendre partie dans un conflit ». « Le président Wade lui a surtout recommandé de ne jamais de se départir de la position de l’Union africaine et de la communauté internationale » souligne le communiqué sénégalais, en parlant du contenu des entretiens des deux personnalités. Laquelle position officielle n’est certainement pas la reconnaissance de la HAT, du moins pour le moment Et toc. Lol et mdr serions-nous tentés de dire (1).

La stratégie de communication de la HAT avait déjà tenté de présenter le voyage en Libye de la même manière. « Khadafi a reconnu le Président de la HAT » avait-on lu et entendu. « La reconnaissance de l’Union africaine est en marche ». Pas de démenti du coté de Tripoli ou même d’Ampandrana. Mais le plus important c’est qu’il n’y a pas eu d’approbation non plus. Car le leader libyen, qui n’a jamais eu la langue dans sa poche, ne se serait pas privé de faire savoir urbi et orbi s’il avait une position favorable envers le pouvoir de transition. Le ton du communiqué officiel de la JANA (agence d’information libyenne) était d’ailleurs très neutre, et ne peut donc servir de base ni aux griots de la HAT qui y verraient une quelconque reconnaissance, ni aux Zanak’i Dada (2) qui y chercheraient en vain un rejet du pouvoir de transition : « Dans le cadre de l’action du Guide de la révolution, Président de l’Union africaine pour instaurer la paix et la stabilité à Madagascar et dans tout le continent africain, le Guide a reçu hier , “Andry Rajoelina” proclamé président provisoire de Madagascar ».

Par rapport à tous ces voyages de Andry Rajoelina à l’extérieur, on pourrait faire deux remarques. La première c’est qu’il est tout à fait normal que ceux qui ont la fonction ou la vocation de médiateurs dans cette crise politique s’entretiennent avec tous les protagonistes. Dire que Abdoulaye Wade ou Mouammar el Kadhafi ont reconnu le pouvoir de transition, juste parce qu’il a discuté avec Andry Rajoelina, est un raccourci non seulement hasardeux, mais qui démontre en plus une certaine méconnaissance niaise des principes de la diplomatie. C’est un peu comme si, à une moindre échelle, le fait que Tiébilé Dramé (négociateur permanent de l’ONU à Madagascar) rencontre Andry Rajoelina, était interprété comme une reconnaissance onusienne.

La seconde remarque à faire est la fâcheuse propension de certains à gober pour argent comptant ce que dit la HAT quand elle se permet de jouer au porte-parole de la communauté internationale. L’expérience au Sénégal montre que ce n’est pas à Andry Rajoelina de rapporter ce que pense Abdoulaye Wade à son sujet, mais à Abdoulaye Wade lui-même ou à son équipe. Idem pour la Libye, ou n’importe quel autre pays. Autre exemple typique : le 19 mars 2009, Rajoelina reçoit le corps diplomatique à Ambohitsirohitra, et se prévaut à la fin de la rencontre de la reconnaissance de la communauté internationale. Le 20 Mars, Nicolas Sarkozy qualifie son mode d’accession au pouvoir de coup d’État. L’administration Obama avait déjà dénoncé la veille « un transfert de pouvoir non-démocratique ». La méthode Coué n’a pas marché avec les vazaha. Mais pour les gasy pro-TGV et pro-HAT, dès que Andry Rajoelina bouge le petit doigt, tous chantent Alleluiah et Hosanna. Sans doute était-ce l’esprit de Pâques, ou de la Pentecôte.

Pour en revenir aux opinions des Chefs d’Etats africains concernant Marc Ravalomanana ou Andry Rajoelina, il serait donc plus sage d’éviter les supputations et les faux espoirs pour les partisans de l’un et de l’autre, et d’attendre une déclaration officielle de l’Union africaine. De toutes manières, quoiqu’en pensent Kadhafi, Wade, Kerekou, Bongo, Campaore ou Baba Moustapha, c’est l’opinion du Conseil pour la paix et la sécurité (CPS) de l’Union africaine qui va compter, et celle-ci ne sera connue qu’après une réunion officielle. Dire que l’Union africaine va reconnaître Andry Rajoelina juste parce que ce dernier a vu ou téléphoné à un chef d’État semble être très approximatif comme raisonnement, même si ça arrange la propagande de la HAT.


Le grand méchant Web

Ceci étant dit, ces manipulations sont de bonne guerre dans un conflit pour tenter de saper le moral de l’adversaire et prendre une avance psychologique dans l’esprit des partisans. Dans le camp d’en face, Marc Ravalomanana lui aussi continue d’entretenir la flamme avec des déclarations de plus en plus surprenantes. La dernière fut l’annonce de l’arrivée prochaine des « forces de pacification ». Tout comme le fait que nous soyons par principe opposé à un coup d’Etat, quelles que soient ses motivations ; nous nous opposons également par principe à tout projet d’un homme politique malgache de faire venir des forces armées étrangères pour affronter l’armée nationale, quelle qu’en soient les raisons. Nous avons toujours dénoncé cette idée, car son application mettrait à coup sûr Madagascar dans une guerre civile. Toutefois, nous pensons également que ce genre d’annonce ne peut être qu’une rodomontade de plus de Marc Ravalomanana, vu son peu de vraisemblance technique et diplomatique. La levée d’une armée telle que les casques bleus des Nations unies, les casques blancs africains ou encore les forces armées de la SADC doit suivre un certain nombre de procédures lourdes, longues et peu discrètes. Et Ravalomanana devrait y réfléchir à deux fois avant de lever une armée de mercenaires, et se rappeler que c’est ce genre d’action qui a scellé le sort de Didier Ratsiraka en 2002 aux yeux de la communauté internationale.

Dans cette crise donc, la sortie se recherche au milieu des coups de bluff, d’intox et d’intimidation. Prêcher le faux ou aggraver le vrai pour diaboliser le camp adverse ; se prévaloir de soutiens étrangers ; se déclarer possesseur de la légitimité sur la base de rassemblements populaires et de la légalité sur la base de documents prêtant à débat : autant d’artifices à prendre avec des pincettes. Il est vrai qu’après sa victoire sur le terrain, résultat à la fois d’un réel talent dans la manipulation des principes de la subversion, d’un large rassemblement des frustrés de Ravalomanana (ce qui n’était pas difficile à faire, tant le Président de la République a multiplié les bévues) et de la mutinerie du CAPSAT, il est maintenant nécessaire pour le Président de la HAT de gagner la bataille de la crédibilité. Ce n’est toutefois pas une sinécure, et ce n’est pas en multipliant les ruses cousues de fil blanc qu’il va y arriver.

Toujours est-il que Andry Rajoelina a également compris que le web représentait le talon d’Achille de sa stratégie de communication internationale, si stratégie il y a. Dans le communiqué officiel de la HAT à l’issue de la rencontre avec Abdoulaye Wade, le Président de la HAT y déclare : « Nous sommes venus expliquer la situation réelle qui prévaut à Madagascar parce qu’il y a une grande différence entre la réalité et ce qui se raconte sur internet et dans certains médias internationaux ». Internet : le mot est lâché. La toile est donc accusée de favoriser la désinformation qui nuit à la crédibilité du régime de la HAT. Outre les velléités sournoises de vouloir contrôler la blogosphere Gasy, on assiste également à une contre-offensive (3).

Ces derniers jours on assiste donc à une tentative d’occupation par les pro-HAT du terrain Internet, à travers des sites bien franco-français. Observateur attentif du comportement des médias sous contrôle de l’Etat français pendant cette crise politique, le forumiste Lalatiana (Madagoravox) s’interroge sur la sortie soudaine de plats journalistiques réchauffés. « En plein week-end de Pentecôte, ce n’est pas anodin, on voit arriver coup sur coup 4 dépêches de presse sur TV5 et sur NEWSPRESS. Pas de Coup d’Etat à Madagascar selon la Cour Suprême (31-05-2009). Rappel sur le scandale Daewoo à Madagascar : une folie (30/05/2009), déjà publié en Novembre 2008. Madagascar : Wade reconnaît Rajoelina (29/05/2009). Andry : Itinéraire d’un nouveau Chef d’Etat (28/05/2009). Au rythme d’une dépêche par jour : ce n’est pas anodin non plus… Au rythme d’une dépêche par jour non étayée ni argumentée ni actualisée : il y a urgence de leur côté. (…) Il y a clairement une volonté délibérée de la part de la HAT et de la diplomatie française (SCANDALEUX !!!) et des médias de la diplomatie française (TV5 c’est FranceMonde, c’est le ministère des Affaires Etrangères) de reprendre la main sur la communication sur INTERNET, qu’ils avaient perdue jusque là … ».

Au vu de la crise qui s’enlise, le blablabla de part et d’autre peut commencer à irriter. Mais il y a cependant une chose rassurante : quand les politiciens combattent à coup de mensonges et de rhétorique, les militaires font taire leur kalachnikovs. Mais pendant ce temps, le peuple commence à en avoir ras-la-casquette du cinéma de nos politiciens, pour rester à une localisation géographique acceptable pour le modérateur.

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(1) Petit cours pour les non-initiés au langage du tchat (clavardage diraient les québecquois) :

lol : laugh out loudly (équivalent gasy ttt = tena tapa-tsinay)

mdr : mort de rire

(2) surnom donné aux pro-Ravalomanana

(3) Pour l’anecdote, on notera (encore) que cette contre-offensive intervient à la suite de remarques dans ces mêmes colonnes sur le manque de présence pertinente et reluisante des pro-HAT sur Internet. Une fois encore, n’en déplaise aux commentateurs chagrins qui y verraient une mesquinerie ou un artifice de manipulation de discours, nous préférons de loin croire que ce n’est qu’une simple coïncidence, sans relation de cause à effet.

 


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