Les parties endolories

Publié le par Ny Marina

Les parties endolories

lundi 15 juin 2009, par Patrick A.

Dans l’histoire en dents-de-scie des discussions menées par le Groupe International de Contact, nous serions actuellement plutôt dans les bas. Moins de 48 heures après avoir annoncé à ce Groupe qu’il voulait voir aboutir les négociations avant le 26 juin, Andry Rajoelina annonce le retrait de sa mouvance des dites négociations.

Coup de tête ou posture de négociation ? Qu’importe. L’on a suffisamment vécu de péripéties dans ces discussions au Hintsy, à l’ambassade du Sénégal ou au Hilton pour ne pas avoir sa petite hypothèse. Il est fort probable que le Groupe International de Contact rappellera à juste titre aux uns et aux autres (dans le cas présent, plus spécifiquement à la HAT) qu’aucune entité n’est suffisamment forte à elle toute seule pour sortir le pays de l’enlisement actuel. Et ce n’est pas prendre de grands risques que de prédire que ce discours finira par porter, et que les uns et les autres se retrouveront à nouveau autour d’une table de négociations, avec à nouveau des intentions plus ou moins claires. Le principal suspense en matière de péripéties est de savoir si la mouvance Zafy Albert sera ou non la prochaine à jouer les divas capricieuses.

Face au comportement de ces vierges folles, la classe non-politique se trouve aussi désemparée qu’un eunuque. Si elle n’est pas castrée de la parole, c’est tout comme. Selon les attentes, chacun appréciera ou regrettera le silence relatif des Églises et de l’armée : elles ont eu maintes et maintes fois déjà l’occasion de tonner, de détonner, si ce n’est d’étonner. Faute de pouvoir s’unir, et par conséquent impuissantes à unir, ces entités préfèrent désormais se taire.

Les différentes composantes de la société civile elles aussi semblent condamnées à se taire. N’ayant jamais joué un rôle majeur dans la résolution des crises précédentes, n’ayant pu prévenir celle-ci, la société civile et le citoyen ordinaire se retrouvent dans la situation peu enviable du « faty entina alina » (cadavre transporté de nuit) qui ne peut rien dire, rien voir, encore moins rien faire.

Les quelques instances qui ont voulu sortir de ce rôle ont été impuissantes. Là aussi, le manque d’unité a exercé ses effets. Chacun s’est fait rapidement cataloguer : dans le climat passionné du moment, être « épouse de... », « fils de... », « ancien collègue de travail de... » a provoqué des suspicions qui ont souvent viré en certitudes dès la première phrase prononcée. On n’en serait peut-être pas là si les différentes sensibilités de la société civile s’étaient davantage organisées pour définir au préalable leur plus petit commun multiple et ériger officiellement des représentants habilités à porter une parole consensuelle. À la place, on eut droit à un semblant de cacophonie où chacun ne parlait qu’en son propre nom tout en pensant représenter la majorité silencieuse de la société Malgache.

Les forces politiques ont admirablement (de leur point de vue, j’entends) su entretenir la confusion. Dans bon nombre d’entités de la société civile, on retrouve des anciens hommes politiques dont on se demande s’ils n’ont pas d’ambitions à le redevenir. La nomination de représentants de la société civile à des postes ministériels avait déjà eu des antécédents lors des crises précédentes ; le gouvernement formé par Manandafy Rakotonirina avant son arrestation a repris la méthode. Bon pour les intéressés, moins pour le peuple d’en bas.

La Transition pour sa part a organisé rapidement des assises nationales qui ne pouvaient avoir l’assentiment des pro-Ravalomanana. Quelques entités de la société civile ont voulu jouer le jeu, mais la ficelle de la récupération politicienne s’est semble-t-il rapidement avérée un peu grosse à leurs yeux. Il a fallu qu’elles protestent un peu plus bruyamment contre le manque d’information et d’implication du grand public (qui diable connaît le site du comité de suivi des assises nationales ?) et les infiltrations politiciennes dans l’organisation des assises régionales pour que la tenue de celles-ci soit reportée à des moments, on l’espère plus sereins.

Ce report est l’une des rares décisions de la HAT qui devraient faire un tant soit peu l’unanimité. Car si pour l’heure, le silence est d’or, il faudra bien un jour que les citoyens aient le courage de se manifester. Et ce n’est ni la crainte de Charles ni de la Comesa qui vont aider les langues à se délier. Certes, on ne peut attendre de miracles immédiats de la parole citoyenne, qui se limite fréquemment à un tora-po (discours passionné de défoulement), mais l’on peut espérer au moins que cette parole profite de l’occasion pour s’organiser un peu mieux pour faire face aux futures crises.

Car il faut que le citoyen ne se retrouve plus dans la situation de l’eunuque se faisant braquer en pleine nuit à Tetezan’i Bekiraro et qui, à la question rituelle « la bourse ou la vie ? », ne peut que répondre « désolé, je n’ai que des petites coupures.

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