Enfin une bonne nouvelle ?

Publié le par Ny Marina

Le 11 juillet 2009

 

ENFIN UNE BONNE NOUVELLE ?

 

La conférence de presse d’Andry Rajoelina prévue pour jeudi soir notamment sur TV Viva, a été reportée. Ce ne fut pas chose facile, car, pour avancer, le jeune homme a dû convaincre certains de ses camarades et complices dans le coup d’Etat. Finalement, il apparut sur quatre chaînes de télévision (RTA, MaTv, TV Plus et TVM) et fut interrogé par trois journalistes, Johary Ravoajanahary de la TVM, Onitiana Realy de TV Plus et Davidson de MaTv. Exit et Tv Viva et un quelconque journaleux de la même chaîne. Ce pourrait être déjà une bonne nouvelle.

Mais la bonne nouvelle que tout le monde retiendra, c’est l’annonce des deux votes avant la fin de l’année. Un vote pour la nouvelle constitution et un autre pour les élections présidentielles. Au départ du coup d’Etat, la transition devait durer vingt-quatre mois ; en avril, elle fut réduite à dix-neuf ; elle pourrait maintenant ne durer que l’année 2009. C’est trop beau pour être croyable, mais cela semble donner satisfaction à la communauté internationale et à tous nos bailleurs de fonds. Pour les entreprises qui travaillent dans le cadre de l’Agoa, cela ressemble à un miracle inattendu. Les radios évangéliques répètent à l’envi qu’Andriamanitra mahagaga, mais tout bon citoyen sait bien que le tgvisme n’est pas une église évangélique et que Rajoelina ne pratique pas l’imposition des mains pour exorciser les ratsirakistes, les zafistes, le pierrotistes et les légalistes.

Pour la garde radzouëlienne rapprochée, ce n’était pas une idée nouvelle. Tous savaient l’officialisation proche au moins une semaine avant la fête nat, mais les oppositions internes – car il n’y en a pas qu’une – ne l’approuvaient pas. Dans ses propos, voulant montrer qu’il est au courant de ce qui se passe à Madagascar, Rajoelina a fustigé ceux de ses partisans qui ne sont là que pour défendre de petits intérêts privés. On sait lesquels. On sait aussi qu’ils sont souvent chiffrables.

Le jeune homme deviendrait-il un chef d’Etat de coup d’Etat ? Ses déclarations générales voudraient nous le prouver. Mais ne s’agit-il pas seulement d’obtenir un satisfecit uniquement pour des annonces sans véritable lendemain ? Car la votation référendaire et l’élection présidentielle ne sont données que comme une proposition qui devra encore recevoir l’accord de la future conférence nationale.

*

Le patron d’Injet commence à bien maîtriser un discours, qui dépasse en contenu celui dont on abreuvait les manifestants de la Place du 13 Mai. Mais il faut aller au fin fond de ses références.

Le dialogue avec l’Union Européenne à Bruxelles devait occuper l’avant-scène du grand Jury télévisé dans le jeu des questions-réponses. Sur le fond, le jeune homme reste fidèle à l’interprétation tgviste qu’avait résumée La Vérité-sic le matin même : « La réunion Hat / UE de Bruxelles […] n’aura finalement été qu’un exercice de style puisque, campant sur leur position initiale, les décideurs européens restèrent aveugles et sourds à toute explication ». On sait que ce sont les schizos et les paranos de l’autoproclamée Hat, qui, d’une part, restent aveugles à la catastrophe dans laquelle ils ont plongé le pays et que leur reproche les bailleurs finançant la croissance économique, et qui, d’autre part, restent sourds aux différents rappels par la communauté internationale de ce que sont les conditions indispensables de la démocratie.

C’est la même maladie dont les symptômes apparaissent, quand il pense expliquer que les accords internationaux et l’Europe ont pris le peuple malgache en otage politique. Pour beaucoup en ce pays, ce serait plutôt le contraire et ce serait Rajoelina et ses partisans qui ont pris le peuple malgache en otage. Et si le dialogue de Bruxelles est un échec et, parce qu’il est un échec, il est à l’intérieur de la Transition, un demi-succès qu’il lui faut confirmer. Elle va finir par bouger. Mais Rajoelina a-t-il changé ?

Pour lui, les autres mouvances ont rompu les négociations pour une charte de la Transition. Il omet de dire que la mouvance tgviste a fait de même le 14 juin. Avec des arguments apparemment légaux, il reporte à bien plus tard, et après les élections, les questions fâcheuses comme l’amnistie et la réconciliation qui ne peuvent être du ressort des réunions organisées avec les différentes mouvances. Les votes auront lieu, dit-il, même si la communauté internationale n’apporte pas son financement. Et comme celle-ci veut un vote inclusif, il admet déjà implicitement que la Transition, même sans charte, organisera référendum et élection.

Même s’il se donne le beau rôle – il n’a pas fait de déclaration de patrimoine particulière, car il en a fait une pour les municipales et sa situation de fortune n’a pas changé et il n’en profitera pas pour s’enrichir –, et dit que sa candidature à la Présidence de la République n’est pas encore à l’ordre du jour, on a compris dans ce double langage que rien n’a vraiment changé dans les souhaits du chef des transitionnistes. Quant à la bonne nouvelle que tout le monde a retenue, tout le monde se rendra compte d’ici quelque temps que ça n’en était pas une, quand elle se trouvera avoir un nouveau Président de la République. Le jeune homme reste de façon irrépréhensible l’homme du coup d’Etat. Et, comme la démocratie, la reconstitutionnalisation risque fort de l’être « à la malgache », c’est-à-dire sans l’approbation des amis et alliés du précédent régime.

*

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article