Fracture

Publié le par Ny Marina

Fracture

jeudi 16 juillet 2009, par Patrick A.

Vendredi, alors qu’on attendait la diffusion de l’interview de Andry Rajoelina par trois ténors des médias télévisés, les chaînes radios proches du pouvoir étaient assaillies par des appels d’auditeurs et de représentants d’associations clamant que Madagascar devait avoir le courage de prendre ses distances avec les bailleurs de fond traditionnels. Selon ces appels, qui n’étaient sans doute pas tous spontanés, les Malgaches n’ont rien gagné depuis l’Indépendance à travailler avec des entités comme l’Union Européenne, et le pays ne doit plus se plier à leurs conditions exorbitantes, mais décider tout seul de son avenir, en recourant si nécessaire à d’autres formules de financement disponibles dans le monde. La visite du prince Al Waleed était présentée par ces « souverainistes » comme une preuve de la capacité de Madagascar à attirer des investisseurs.

Et pourtant, le soir même, Andry Rajoelina donnait un gage aux partenaires traditionnels du pays, en acceptant d’organiser deux élections avant la fin de l’année, comme l’avait suggéré en premier l’ambassadeur des États-Unis.

Lundi, le Premier ministre Monja Roindefo expliquait que son gouvernement était disposé à exécuter cette décision d’organiser des élections avant la fin de l’année. Mais il faisait entendre qu’il n’était que simple exécutant d’un Andry Rajoelina qui avait subi de fortes pressions de la communauté internationale et avait fini par céder. Et le Premier ministre d’ajouter que, face à la déception de nombreux acteurs qui regrettaient qu’une telle décision soit prise avant même que la Conférence Nationale se soit réunie, la date des élections serait quand même soumise à celle-ci.

Monja Roindefo ne se privait pas de trouver l’attitude de la communauté internationale « peu claire ». Et de dire que, puisque cette communauté ne reconnaissait pas le pouvoir en place, la HAT ne serait pas représentée à la célébration de la fête nationale française, malgré l’existence d’invitations officielles : « si certains y vont, c’est en leur nom personnel » déclara Monja Roindefo, qui expliquait qu’une telle façon de faire était la meilleure attitude pour éviter de mettre les uns et les autres mal à l’aise.

Et pourtant, Mardi, c’est une forte délégation de membres de la HAT et de ministres qui s’est rendue en convoi à Ivandry, et l’on apprit que c’était la Présidence qui avait fixé un lieu de rendez-vous pour cette délégation. Le Ministre des Affaires Étrangères, Ny Hasina Andriamanjato, ne semblait pas particulièrement affecté d’arriver de manière aussi visible pour ne pas prendre la parole.

Mardi encore, Blanche Nirina Richard, au nom du comité de suivi des résolutions des assises nationales, organisme rattaché à la Primature, critiquait la décision d’organiser des élections avant la fin de l’année. Elle remettait en avant le calendrier mis en avant par les assises nationales, calendrier qui prévoyait en préalable à toutes élections, de longues démarches pour élaborer le Code électoral et mettre en place une Commission électorale indépendante, et qui positionnait les élections présidentielles à la queue d’une longue série de scrutins.

De toutes évidences, sur la date des élections présidentielles, la Présidence de la HAT et la Primature ne sont pas sur la même longueur d’ondes.

Comme par hasard, c’est juste à ce moment que des appels à la candidature aux présidentielles de Monja Roindefo sont médiatisés, alors qu’Andry Rajoelina prend soin de ne pas dévoiler officiellement s’il sera ou non candidat aux dites élections. Voici donc que les partisans de celui qui se dit le moins pressé semblent les plus empressés.

Ce qui conduit à la question : est-ce que Monja Roindefo aurait des appétits présidentiels plus grands que ceux d’Andry Rajoelina ? Et celui-ci pensait-il plus particulièrement à celui-là lorsqu’il déclarait vendredi qu’il avait accepté de travailler avec des gens qui lui avaient annoncé en préalable qu’ils seraient candidats ?

On sait depuis les élections de 2006 que Monja Roindefo a des ambitions présidentielles. Fils du leader nationaliste Monja Jaona, l’homme a hérité d’une tradition et d’un parti. De cette tentative infructueuse de 2006, il a compris que cela ne suffisait pas, et qu’il ne pouvait être élu sans davantage de moyens. La transition est pour lui une occasion unique, car il occupe le devant de la scène. Mais une transition plus longue lui permettrait de mieux conforter son image et surtout de se renforcer du côté du nerf de la guerre.

Pour lui et la plupart des membres de la HAT, l’apparition de Andry Rajoelina a été providentielle. Ils ont trouvé en la personne de l’ancien maire d’Antananarivo le bélier nécessaire pour défoncer la forteresse dressée par Marc Ravalomanana, mais aujourd’hui, ce bélier un peu trop perméable aux arguments de la communauté internationale embarrasse.

De son côté, Andry Rajoelina est un néophyte de la politique, qui existe parce qu’il a eu le courage de se dresser face à Marc Ravalomanana. Il a probablement réalisé que son alliance de circonstance avec les politiciens traditionnels, si elle avait permis de chasser l’ancien président, a nui à sa popularité : sa base électorale de 2007 était essentiellement protestataire, et ne se reconnaît ni dans la composition actuelle de la HAT, ni dans ses méthodes.

Andry Rajoelina tente aujourd’hui de se donner une assise nationale en se présentant comme plus ouvert que les politiciens traditionnels, capable de marcher à contre-courant, et il essaye de casser son image tananarivienne par des tournées à travers l’île, avant de trancher définitivement s’il sera candidat ou non. Gageons que pour tenir en laisse ses « alliés », le suspense sur ce point sera maintenu aussi longtemps que possible.

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essay writing 22/12/2010 11:16


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