FRAPPÉS PAR LA FOUDRE

Publié le par Ny Marina

Le 09 juillet 2009

 

FRAPPÉS PAR LA FOUDRE

 

« Nolatsaham-baratra ry zareo Hat eto Bruxelles ». Ils ont été frappés par la foudre, les gens de la Hat qui sont ici à Bruxelles. C’est le témoignage qui nous a été rapporté. Nos Hâtifs en furent bouleversés. Ils ne s’attendaient pas à ce que, comme Boidin l’avait fait lors de la fête de l’Europe, l’on ne les prenne pas comme le gouvernement légal de Madagascar. Rajoelina, si j’en juge par la photo, ne fut pas reçu comme le président de la Haute Autorité de Transition, mais comme un vulgaire « chef de la délégation ». Une délégation qui avait non pas été invitée à Bruxelles, mais convoquée par l’Union Européenne. Ils partirent vainqueurs et sûrs d’avoir fait preuve de démocratie – une démocratie à la malgache tout aussi valable que la démocratie européenne, c’est sûr – et certains d’avoir tout le peuple malgache derrière eux. D’avoir aussi avec eux le joker gagnant avec Ratsirahonana. « Qui c’est, celui-la ? », a demandé un ambassadeur européen présent à la réunion. Les communiqués de l’Union et les entretiens que donnèrent ensuite les porte-parole de Bruxelles ne laissent planer aucun doute.

Il n’en reste pas moins que les Hâtifs se donnent le beau rôle. Rien ne vaut la bonne vieille méthode Coué pour se persuader qu’on est les meilleurs. Selon La Vérité-sic, la réunion « s’est terminée sur une note incompréhensiblement mitigée ». Par cet « incompréhensiblement », le journaleux montre les limites de son entendement. Dans le partage du bon sens, il n’a vraiment pas été favorisé. « Il y avait, écrit-il mettant les deux parties sur le même plan, un certain espoir du fait déjà de la volonté des deux parties de se rencontrer, car rien n’y a obligé l’une et l’autre partie à s’y rendre ». Les membres de la Commission n’ont pas été obligés de s’y rendre, puisque c’était eux qui l’avaient organisée et qu’ils n’ont pas bougé de leurs bureaux. Ils appliquaient simplement les règles des accords internationaux que Madagascar a signés avec l’Europe à Cotonou. Quant à la partie malgache, rien ne l’obligeait de s’y rendre, sauf l’espoir d’une vraie reconnaissance et légitimation de son coup d’Etat. Sauf l’espoir de voir rouverts les robinets de l’aide financière européenne. Mais l’Europe a regretté que, dans la voie d’une reconstitutionnalisation, la Hat aient fait des régrès – c’est la même chose que progrès, mais dans le sens contraire.

Pour le journaleux, toute la faute revient à l’Europe. « L’Union européenne et partant la communauté internationale tournent autour du pot avec l’objectif de gagner du temps sur on ignore quoi exactement ». Elle n’a pas compris que si les transitionnistes ne sont théoriquement là que transitoirement, il en est parmi eux qui « sont là pour toute la vie ». Comprenant quand même qu’il commence à s’emmêler les pédales, Le journaleux part en guerre contre les transitionnistes qui reprendraient tous les défauts de Ravalomanana. Il donne, ce faisant, tout un tas d’arguments pour que l’Europe mette son aide en standebaille.

Je ne résiste pas au plaisir de vous confier dans son intégralité la conclusion journaleuse : « Le pays en est là. Non plus au retour à un ordre constitutionnel qui n’a jamais eu sa raison d’être. Ni au coup d’Etat qui n’en a jamais été un. Ni au retour d’un président démissionnaire dont l’exil est ressenti positivement par beaucoup. Ni aux questions de droits de l’homme pour lesquelles personne n’est irréprochable. Ni un calendrier d’élections trop tôt ou trop tard. Ni les histoires de consensus et d’inclusions pour lesquelles beaucoup se sont exclus volontairement par mauvaise foi. Ce dialogue politique ne sonnera pas la fin de la transition. Celle de certains peut-être ». Le lecteur aura, quant à lui, compris qu’il ne peut être question de revenir à l’ordre constitutionnel – ça, c’est pour Ravalo –, qu’il n’y a jamais eu de coup d’Etat – ça, c’est pour la Communauté internationale –, que nous pouvons comme tout Etat ne pas être irréprochable en matière des droits de l’homme – ça, c’est pour Charles –, etc.

Dans la même livraison, un autre journaleux déverse sa bile contre l’Union Européenne, qui « persiste à suivre une voie qu’elle sait pertinemment être fausse ». Et, avec un fort goût de nationalisme, il part en guerre contre les « colonisateurs modernes » : « durant bientôt cinquante années d’indépendance, Madagascar n’a jamais cessé de s’enliser davantage dans la pauvreté même avec les aides financières de l’Union européenne. Qui pourrait ainsi dire aujourd’hui que, avec le déblocage de ces millions d’euros gelés (en guise de représailles politiques contre Andry Rajoelina et le régime de Transition), Madagascar pourrait désormais aspirer à pouvoir sortir de l’auberge ? » et de poursuivre : « il vaut mieux rester Malgaches pauvres, sans oppression du néocolonialisme économique, qu’être Malgaches riches sous le joug des pays ou groupes de pays, soi-disant partenaires financiers internationaux, mais qui ne sont réellement que des… colonisateurs modernes ! ». On redécouvre les vertus du slogan ratsirakien : Madagascar tsy mandohalika – Madagascar ne se mettra pas à genoux. Globalement, et de façon subliminale, le lecteur pas très futé comprendra que l’Europe est responsable de la pauvreté malgache. Elle oublie les dégâts causés par plus de trois lustres de socialisme et de Livre rouge.

Après le retour de Rajoelina à Madagascar et avant la grande conférence de presse qu’il nous promet pour ce jour, les journaleux se sont creusés la tête pour nous convaincre. Ils nous apprennent que le Grand Fat a subtilement – c’est beau et c’est grand la subtilité radzouëlienne – fait valoir « qu’il n’a point le droit de se plier au bon vouloir de l’Union européenne. Bon vouloir qui, dans certains de ses points, foule au pied lesdites aspirations populaires ». Le vahoaka lui dit merci. Ils nous apprennent aussi que « L’Union européenne, dont ses [sic] intérêts sont énormes à Madagascar, semblent [re-sic] ainsi être contraints [re-re-sic] à "réviser sa copie" ». On croit rêver. Ou bien on peut se demander si une bonne partie de la rédaction n’est pas pensionnaire à Anjanamasina. Comme certains schizophrènes ou paranoïaques confirmés, on sent ces malades attribuer à leurs interlocuteurs ce que sont leur propres problèmes.

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