La boum avant Addis

Publié le par Ny Marina

La boum avant Addis

lundi 20 juillet 2009, par Ndimby A.

Un week-end détonant, mais hélas pas étonnant. Attaques armées et alertes à la bombe : voilà ce à quoi les habitants d’Antananarivo ont eu droit, avec l’annonce de l’attaque des locaux de Viva TV et la révélation publique de bombes découvertes dans deux camps militaires. Depuis le mois de juin les alertes à la bombe se sont succédé, sans faire de victimes. Mais les dernières 48 heures ont changé ce constat.

Il est extrêmement triste d’en arriver à cette situation, où le manque d’arguments politiques pour influer sur la situation se traduit par une orientation vers le terrorisme. Mais comme écrit plus haut, ceci n’est pas étonnant, au moins pour deux raisons. La première est la qualité de nos hommes politiques, dont l’incapacité à jouer dans les règles de la démocratie a toujours été illustrée par des actes et des décisions saugrenues, si ce n’est des symptômes de crétinisme congénital. La seconde est l’ouverture de la boite de Pandore par ceux qui sont arrivés au pouvoir par un coup d’État. Organisation de pillages pour fragiliser l’autorité du gouvernement Rabemananjara tout en s’attaquant à l’empire économique de Ravalomanana, utilisation de gros bras pour empêcher l’accès à la Place du 13 mai, répression à balles réelles sur des manifestants en dehors de la moindre zone rouge (Anosy, Ambohijatovo, Amparibe, Antanimena…), interdiction d’accès à une Place pourtant claironnée en Janvier 2009 comme étant celle de la Démocratie, arrestations de légalistes pour tenter de décapiter le mouvement : autant de phénomènes violents qui ne pouvaient qu’appeler à la violence.

Ceci n’est pas une excuse pour ces attentats inexcusables, bien loin de là. Mais il est nécessaire que chacun comprenne l’étendue de ses responsabilités dans la situation actuelle. Ceux qui ont déplacé les limites du moralement acceptable pour satisfaire leurs ambitions politiques doivent s’attendre à un retour de bâton. L’action entraîne une réaction : c’est juste une des lois de la Vie. Comme nous l’avions déjà exprimé, les véritables commanditaires et auteurs d’actes terroristes (ou de tentatives) envers des civils innocents doivent être punis avec la plus extrême sévérité. La seule question est si les forces de sécurité auront les moyens et la volonté de poursuivre une véritable enquête, ou si la solution de facilité qui consiste à dire (comme cela a été entendu) que « le Gasy tia tanindrazana (GTT) finance ces attentats », « les poseurs de bombe arrêtés sont en majorité des employés du groupe Tiko ou des manifestants de Magros », « les commanditaires sont des anciens dignitaires ». Nous espérons donc que le Colonel Ravalomanana, Commandant de la Circonscription régionale de la gendarmerie à Antananarivo, et par ailleurs connu de tous ceux qui le fréquentent pour sa rigueur et son sérieux, ne se laissera pas aller à des conclusions hâtives avant d’avoir exploré toutes les pistes possibles et imaginables.

Il est évident que le fait que ces derniers événements surviennent à la veille de la réunion d’Addis-Abeba (22 juillet 2009) ne peut pas être une coïncidence. Y voir la main de pro-Ravalomanana ou des anti-transition pour déstabiliser le pouvoir actuel est effectivement une option. On peut en effet envisager que c’est un moyen pour des anti-HAT de mettre la pression sur le pouvoir de transition, et l’obliger à mettre de l’eau dans son vin, si ce n’est du plomb dans la cervelle.

Mais d’autres théories valent aussi la peine d’être explorées. Par exemple, une manipulation perpétrée par les pro-HAT pour diaboliser Ravalomanana, ceci étant leur passe-temps favori. Avec en bout de course, la possibilité d’en faire un prétexte en or pour décapiter le mouvement légaliste par des arrestations et interdire les réunions de Magros, faute de pouvoir interdire celles du GTT. On peut aussi envisager une entourloupe organisée par des membres du pouvoir de transition pour faire d’une pierre deux coups : déstabiliser Andry Rajoelina tout en faisant porter le chapeau aux partisans de Marc Ravalomanana, et espérer provoquer une révolution de Palais. On peut en outre spéculer que c’est un moyen pour des pro-HAT pour nuire aux efforts du Groupe international de contact et faire capoter ces discussions dans la Capitale éthiopienne que certains membres de la transition considèrent inutiles ou dangereuses. Car il ne faut également pas se voiler la face : une éventuelle Charte vers une transition consensuelle et inclusive est une menace pour certains dirigeants. Et dans le ramassis de revanchards et de politicards dont l’ancien Maire d’Antananarivo s’est entouré pour arriver à ses fins, il y a de véritables personnalités au tempérament de voyou, et dont il ferait bien de se méfier. Enfin, on peut aussi imaginer que des groupuscules qui se sentent écartés du processus de recherche de sortie de crise tentent de se rappeler au bon souvenir des quatre mouvances et des négociateurs internationaux.

Au lieu de braquer les uns contre les autres, ces actes terroristes devraient inviter tous les participants à Addis-Abeba à rechercher d’urgence une véritable sortie de crise consensuelle. Car l’autisme de la HAT et l’extrémisme de Marc Ravalomanana et de Didier Ratsiraka sont autant d’obstacles à une véritable solution, et sont des paramètres favorables pour générer des comportements aussi stupides qu’inefficaces. La méthode Coué dont les dirigeants de la Transition et leurs griots inféodés usent et abusent depuis le 17 mars a montré ses limites, et les désirs de l’ex-DJ sont loin d’être tous devenus réalités, sauf sans doute celui de se faire appeler « Président ».

Car pendant que nos politicards se tâtent et usent de tous les artifices possibles pour s’accrocher à un siège ou le récupérer, le vrai peuple, celui qui paye les impôts avec lequel cette classe politique méprisable fait son cirque, est en difficulté croissante. Si on compare l’évolution de la situation durant les six derniers mois, on verra tout ce que Madagascar a perdu en stabilité et en timides avancées économiques. Les syndicats ont publié un communiqué sous forme de SOS il y a quelques jours pour alerter sur la spirale infernale dans laquelle l’emploi se trouve. Les travailleurs concernés par les négociations de l’AGOA également. Il est sans doute temps pour notre classe politique d’arrêter son manège, car si cela semble les amuser fortement, la population quant à elle a le tournis. Tous les politiciens se targuent d’agir pour l’amour de leur patrie. Qu’ils passent donc enfin de la parole aux actes.

P.-S.

Post-Scriptum : pour éviter aux habituels clowns de service de vociférer sur « le retour de Ndimby-qui-avait-annoncé-son-départ-et-qui-est-revenu-et-qui-ne-respecte-pas-sa-parole », je rappelle une bonne fois pour toutes que j’avais annoncé un retrait de l’équipe des éditorialistes réguliers, aussi bien sur Tribune.com que sur mon blog. Que ceux qui comprennent vite mais à qui il faut expliquer longtemps sachent donc que je reviendrai à chaque fois que le feeling et l’envie d’écrire se présenteront, même si je sais que cela déplait à certains. Autre raison du retour épisodique : je consacre un chapitre au comportement des pro-HAT sur les forums internet, et je suis toujours intéressé de voir les personnes qui parlent de mon doigt quand j’essaie de leur montrer la lune.

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