Aux ânes bâtés, le malheur n’attend pas le nombre des années

Publié le par Ny Marina

Aux ânes bâtés, le malheur n’attend pas le nombre des années

Samedi, journée relax : abstenons-nous donc de la gâcher en parlant trop de nos politicards gloutons, des quatre mouvances et des tentatives d’aboutir à une solution malgacho-malgache au Panorama avant d’aller sous les fourches caudines de Maputo le 5 août. Parlons donc de culture : musique et proverbe. Surtout celui-ci,  « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » (Le Cid, Corneille), exploité depuis un certain temps à hue et à dia pour dire que la jeunesse est un atout et une valeur. Sans aucun doute, mais certainement pas dans tous les domaines, et encore moins en politique.

Un de mes frères, surtout après l’illumination de quelques santés avinées et répétées à ras-bord, aime à proclamer doctement : « aux ânes bâtés, le malheur n’attend point le nombre des années ». Cette version new look de la maxime devrait être méditée par ceux qui ont applaudi bêtement mais avec enthousiasme les étapes de ce coup d’État sur la Place du 13 mai, avant de perdre leur emploi dans la crise qui a suivi, juste quelques semaines après. Pour en revenir aux âmes bien nées dont la valeur n’attend point le nombre des années, rappelons-nous ce que nous disait avec philosophie Georges Brassens : le temps ne peut rien y faire, quand on est con, on est con.

«  Vous, les cons naissants

Les cons innocents

Les jeunes cons

Qui n’le niez pas

Prenez les papas

Pour des cons

Vous, les cons âgés

Les cons usagés

Les vieux cons

Qui, confessez-le

Prenez les p’tits bleus

Pour des cons  (...) 

Qu’on ait 20 ans, qu’on soit grand-père

Quand on est con, on est con!».

Que ceux qui se préparent à faire une éjaculation verbale précoce, et m’accuser d’allusion à de jeunes loups ou à de vieux dinosaures se réfrènent dans leurs ardeurs : je ne me permettrai jamais de traiter par écrit qui que ce soit de con. Même si quelquefois, il faut avouer qu’un tel qualificatif tiendrait plus du diagnostic médical que de la diffamation. Disons donc que ce qui précède était la minute de philosophie générale, illustrée pour adoucir les mœurs par un peu de musique en hommage à Brassens (1).

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=gznDOMKeWkA]

Mais comme nous sommes dans le sujet de l’âge, profitons-en pour revenir sur la question de la limitation de celui des candidats aux présidentielles. Les précédents législateurs avaient placé dans la Constitution un article portant ce seuil à 40 ans. L’idée était simple : avoir une garantie minimale (théorique) d’expérience et de maturité. Maintenant, les girouettes de la classe politique, qui avaient pourtant toujours trouvé cette clause normale, se sont soudainement rendues compte que c’était injuste. Parmi les arguments, le fait qu’en France l’âge requis est juste celui de la majorité, soit 18 ans. Seul petit bémol : peut-on comparer la France et Madagascar en matière de culture politique, de pratique démocratique, de normes de contrôle sur les dirigeants, d’éducation citoyenne, et ainsi chercher un tel  alignement ? Petit exemple : malgré sa réputation d’homme pressé et impatient, Nicolas Sarkozy a attendu le processus régulier au sein de son parti, puis de son pays, avant de se faire appeler « Monsieur le Président » à 52 ans, alors qu’il avait été élu Maire depuis qu’il avait 28 ans. Comme quoi, pour comprendre la différence entre vitesse et précipitation, il faut souvent fouiller dans des valeurs telles que le sens de l’État, le savoir-vivre, l’expérience, la maturité, le respect d’autrui, ou juste le respect des lois. On ne vise personne, c’était la minute de psychologie générale à deux balles.

Il semblerait cependant que la poire de l’âge sera coupée en deux pour les présidentielles. Suite aux recommandations des assises régionales, la conférence nationale va probablement faire descendre cette limite à 30 ans. Cela permettra donc d’ouvrir la porte à l’ambition de M. Rajoelina de pouvoir être candidat, s’il le souhaitait. Mais le souhaite-t-il ? Il y a quelques mois, il avait répondu très clairement à un journaliste français qu’il n’était intéressé « à présider que la Transition, juste pour mettre Madagascar sur de bons rails en matière de démocratie véritable ».

On voit déjà quotidiennement ce qu’il en est (ou plutôt ce qu’il n’en est pas) depuis sa prise de pouvoir, en ce qui concerne la qualité de la démocratie. S’il décidait de ne pas tenir parole et de franchir quand même le pas, il ne sera ni le premier, ni le dernier à le faire : en politique malgache, on appelle cela « changer d’avis pour le bien du peuple et à sa demande ». Car la méthode est bien rodée depuis Tsiranana : lors d’un meeting public, on demande au gugusse de service d’inviter le dirigeant à se porter candidat. À la demande du peuple, le non-candidat devient soudainement porteur des espoirs de la Nation. Clic, clac, merci Kodak. Ratsiraka fut en son temps un grand amateur de ces manipulations, et Ravalomanana ne les dédaignait pas.

Il est vraisemblable que le Président de la Haute autorité de transition (HAT) tentera de mettre à profit les quelques mois qui restent pour accroître sa popularité, avant d’annoncer sa décision. La Transition qui n’arrête pas de se raccourcir (on ne va pas s’en plaindre) doit perturber un peu son plan de bataille, car il avait escompté au départ sur 24 mois pour lancer son TGV sur le réseau national. Dans le même temps, lui et Madame (euh, pardon, sa dame...) se tâtent dans des tournées de plus en plus fréquentes pour évaluer les chances de victoire. Pour ma part, l’idéal serait que MM. Rajoelina et Ravalomanana se présentent, afin que cette fameuse majorité silencieuse au nom de laquelle beaucoup parlent, s’exprime enfin en son nom propre. Et que le vrai peuple, celui qui vote et non les foules qui croassent, puisse enfin manifester sa volonté à travers les urnes. Toutefois, on se demande si les putschistes laisseront les élections se faire en toute liberté et transparence, car les urnes pourraient bien avoir la mauvaise idée de désavouer leur acte sacrilège. C’est ainsi qu’il faut comprendre cette volonté d’empêcher envers et contre tout Ravalomanana de revenir, en inventant souvent des arguments qui tiennent plus du bidon que de l’or.

Et puisque l’on parle d’âge et de génération, il y en a au moins certains que le pouvoir de transition prend pour des cons. Ce sont nos pauvres potaches du BEPC, qui ont eu à plancher en début de semaine sur un sujet à la gloire du régime actuel. A se demander si le Ministre de l’éducation est sorti de la Sorbonne comme il s’en pavane, ou bien de l’Université Kim Il-Sung de Pyongyang. Toutefois, il y a tellement d’articles pertinents qui ont déjà été écrits sur ce point, qu’il n’est nul besoin d’en rajouter. En particulier, lire et relire les flamboyants papiers de Sobika.com, ainsi que la tribune libre à quatre mains de Rom1 et Patrick.

Mais pour conclure, revenons  au fil de cet édito. Certains lecteurs se demanderont peut-être pourquoi cet exercice de sophisme : partir de paroles écrites par Brassens pour aboutir aux rédacteurs du sujet de malgache au BEPC de 2009. Il n’y a pas de sotte question, et il y a tout un week-end pour y trouver une réponse.

___________________________

(1) Pour les jeunes incultes dont l’horizon culturel ne dépasse pas le cadre tracé par  Green day et My chemical romance, Fall out boys et The used, Monja Roindefo et Mamy Gotso, la Tektonik et Facebook, rappelons que Georges Brassens fut un grand artiste célèbre pour ses chansons à texte accompagnées du son de sa guitare acoustique. Né en 1921, il mourut à 70 ans.

Commenter cet article