DÉSESPÉRANCES

Publié le par Ny Marina

Le 1er août 2009

 

DÉSESPÉRANCES

 

Depuis cinquante ans que j’écris, j’ai toujours le même problème : je peux avoir quelque chose à dire, mais attendre des jours avant de trouver la première phrase qui me permettra de continuer. Je peux être aussi, comme en ce moment, désespéré de ne pas voir ce que je pourrais écrire. Si désespéré je suis, c’est que la situation est désespérante. De ne pas apercevoir le fameux bout du tunnel. De ne pouvoir envisager qu’un aujourd’hui qui déchante et ne présage que des lendemains qui ne chanteront pas, voire même qui pleureront. Qui pleureront en silence comme seule sait bien le faire la majorité silencieuse. Ou qui ne pleurera plus comme cet ami de cinquante ans qui cultivait ses quelques rizières et, avec autant de soin que les siennes, les rizières dont il obtenait la gestion. Et qui vient de rejoindre ses ancêtres sans que les médecins qu’il pouvait consulter n’aient rien pu faire pour lui. Il aurait tant voulu obtenir deux zébus pour le zezi-pahitra nécessaire à ces terres qui, ses enfants élevés et casés, étaient sa grande préoccupation. Et je n’ai rien pu faire avant son grand départ.

Désespérants, ces transitionistes qui ne trouvent d’arguments que pour maintenir une transition immobile. Rencontrant récemment un autre vieil ami et lui demandant son avis sur la situation, il me répondit : « Que voulez-vous ? C’est un conflit entre deux personnes de votre caste ». Il y a du vrai. Comme le constataient les Anciens, ady fanjakana tsy misy farany. Comme on le voit encore à Mahajanga pour le doany de Miarinarivo, la querelle portée devant la justice de l’Etat dans les années 1930, n’est toujours pas réglée malgré les jugements rendus. Et l’intervention Hâtive n’a rien changé à l’état des esprits et de leurs inébranlables volontés, même s’agissant d’un pouvoir qui n’est plus guère politique.

Désespérants, ces transitionistes qui tirent à hue et à dia. Tous ceux qui écoutent et qui comprennent, savent depuis longtemps que les déclarations de Rajoelina et de Roindefo ne s’accordent pas parfaitement. Et l’on entend des bruits de remaniement du gouvernement. C’est sans doute vrai dans les conversations et les projets à Ambohitsorohitra. En effet, Monja Roindefo a demandé à la Haute Cour Constitutionnelle s’il était dans les pouvoirs du Fat de le révoquer et de le changer. Il peut maintenant être rassuré, si tant est que les avis de la Hcc aient quelque autorité, car elle interdit une telle révocation. Voilà un autre conflit entre deux personnes – un conflit qui lui aussi risque de durer. Il est désespérant de se dire que la querelle puisse durer autant que celle de Miarinarivo.

Désespérant aussi de voir que les mêmes situations entraînent les mêmes effets. L’association Tgv se structure dans toute l’île et veut se muer en parti politique. Sa coordinatrice nationale – les femmes sont les plus redoutables, et sans doute Mialy encore plus que Andry –, sa coordinatrice nationale donc fait le tour des régions et tente d’éliminer ou de mettre sur la touche les tgvistes non certifiés et non fiables. Elle vient de séjourner à Mahajanga. Or qui voit-on à ses côtés ? Rasoloniaina Jean Christophe Noël, le Chef de Région du Boina, qu’a nommé la Hat. Le personnel administratif Hâtif va donc tenir sa place non seulement dans l’organisation du nouveau parti et dans son appareil, mais évidemment aussi dans les futures élections. C’était la norme à l’époque des partis dominants du Psd et de l’Arema. Elle l’était restée sous Ravalomanana et c’est ce qui a causé sa perte. Qu’en sera-t-il avec le tgvisme ? Estimera-t-il que le vahoaka l’a déjà autorisé à utiliser les véhicules et différents biens de l’Etat pour mener et faire mener sa campagne ?

Désespérant aussi, de voir l’état de nos activités. Un célèbre hôtel d’Antananarivo atteint avec peine un taux de 15% d’occupation de ses chambres, alors que les années passées, la moyenne annuelle était de 95%. Un autre grand et nouvel hôtel peine à atteindre un taux d’occupation de 8%, alors que dans son bisenesse plan, il espérait un taux de 60%. Un bisenesse plan est un plan que l’on embrasse avec amour, un véritable contrat de mariage dont on espère qu’il fera beaucoup de petits. Les taux d’occupation sont en baisse, ceux de l’emploi le sont aussi. A tout malheur, quelque chose est bon. Dans ce grand restaurant où il fallait réserver sa table longtemps à l’avance, l’on peut sans crainte se décider subitement d’y aller dîner. C’est que sa clientèle était en grande partie composée d’expatriés dont les frais de restaurant étaient pris en charge par leurs sociétés. Leur nombre a plus que diminué. D’un côté, on apprend avec plaisir la nomination de Ny Fanja Rakotomalala à la tête de Qmm et l’on espère – ça fait peu – avec plaisir que va croître la catégorie des « rapatriés ». D’un autre côté, on estime que 30% des cadres expatriés et leurs familles ont quitté le pays. Leurs logements sont aujourd’hui libres, tout autant que leur personnel domestique. Les voitures que leurs sociétés avaient pris en lisigne, sont revenues chez les concessionnaires, lesquels n’arrivent pas non plus à écouler les stocks de véhicules commandés en 2008 dans les usines selon d’amoureux bisenesse plans. On peut prévoir des « promotions » en fin d’année. Ce sera une bonne occasion à saisir pour se faire un petit cadeau de Noël.

Désespérante enfin, l’inactivité Hâtive en matière de commerce international dans le domaine textile. Je ne rappellerai pas ici ce que sont les avantages de l’Agoa. Les chefs d’entreprise se sont finalement résignés à dire haut et fort leurs problèmes, ce qu’il n’osaient faire jusque maintenant. Se sont résignés à aller en discuter dans les réunions internationales. Ils osent donc prendre la place et les fonctions réservées jusqu’ici aux organes de l’Etat, mais des organes aujourd’hui paralysés ou en réanimation dans les services politiques de l’hôpital Hâtif. Les malades qui détiennent les rennes du « gouvernement » ne font rien pour essayer de sauver 100.000 emplois directs et 300.000 emplois induits ainsi que 60% de nos recettes d’exportation. C’est leur conception du Vrai Bonheur à la malgache, mais serait-ce vraiment celle du Fiadanana des Ntaolo ?

Désespérante enfin, mais pour nos chers capsates – en malgache, on dit maintenant kaposaty –, la fin des cotisations auxquelles avaient souscrit celles des sociétés qui admettaient ces sortes de fomban-tany à la mode ancienne, et auxquelles ne se substitueront pas les cotisations que n’ont jamais versées les grandes et récentes sociétés qui ont investi des millions d’euros et attendent toujours les autorisations pour se mettre au travail. Beaucoup de patrons ont déjà prévu d’aller se faire soigner à l’extérieur ou de partir en vacances – avec leurs familles, quand elles sont encore ici – pendant les futures élections. Ils ne veulent pas être obligés de prendre des billets d’une loterie où l’on ne gagne même pas de lot de consolation.

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