Faut-il croire trop en Maputo ?

Publié le par Ny Marina

Faut-il croire trop en Maputo ?

Certains faits laissent perplexes sur la bonne volonté de la délégation de la transition à aller à Maputo. Car de toutes évidences Andry Rajoelina et compagnie y vont, mais à reculons. Les pressions de la Communauté internationale, que ce soit ses amis hexagonaux, ou ses « moins-amis » du Groupe de contact international, font qu’il n’a pu s’y soustraire. Cependant, il ne se prive pas de montrer qu’il n’y va pas de gaieté de cœur. En effet, il est celui qui a le plus à perdre d’un accord à Maputo, qui l’obligerait à partager le pouvoir avec les autres mouvances. Or, pour quelqu’un qui aime à se faire appeler « Monsieur le Président », cette idée même de partage de pouvoir est inenvisageable.

Pour la Haute autorité de transition (HAT), cette rencontre de Maputo n’est plus vraiment à l’ordre du jour. La Convention de Panorama II est devenue le texte de base à partir duquel les pro-Transition souhaitent discuter. Par conséquent, la non-prise en compte de cette Charte sera présentée par la HAT comme un refus de prendre en compte les aspirations populaires. Etant bien entendu que pour elle, une foule grouillante sur la Place du 13 mai et une vingtaine de politiciens inféodés à la HAT représentent le peuple. Or, c’est cette base arrière extrémiste et fanatique qui fait qu’aujourd’hui Andry Rajoelina est prisonnier des faucons (et des vrais, suivant la formule consacrée) de son équipe, et n’a pas beaucoup de marge de manœuvre.

De plus, il y a trois petites anecdotes qui montrent que la HAT va à Maputo dans un état d’esprit qui ne sera pas vraiment de conciliation.

Primo, Andry Rajoelina a fait savoir par communiqué officiel qu’il ira avec sa propre nourriture et sa propre cuisinière. Quelle que soit la raison de ce choix (régime alimentaire ou crainte d’un empoisonnement), le fait de le faire savoir est une provocation inutile, et montre tout de même un manque de maturité dans la compréhension des principes et du savoir-vivre diplomatiques. Car le faire savoir publiquement et officiellement à la veille d’une réunion capitale organisée en terre étrangère est indélicat, et sous-entend volontairement un manque de confiance envers ses hôtes.

Secundo, alors que les autres chefs de délégations se sont entourés de technocrates dans le but de tenter de trouver une solution, Andry Rajoelina a mis dans son équipe Jean Eugène Voninahisty et le commandant Charles Andrianasoavina. On ne sait si c’est dans le but de trouver une solution, ou bien si c’est pour chercher la castagne et provoquer le clash à Maputo. Le premier a des comptes à régler avec Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana, qui l’ont tous deux mis en prison sur la base de dossiers qui n’avaient rien à avoir de politique. Il aurait d’ailleurs déclaré avant de partir « qu’il n’y aura pas de signature à Maputo ». L’objectif est donc affiché d’avance : faire échouer la mission. Quand au second, il s’est rendu célèbre avec cette fameuse scène à l’épiscopat d’Antanimena (17 mars 2009), quand il avait crié à qui voulait l’entendre qu’il allait « détruire par la force » le processus de transmission du pouvoir, tout en faisant joujou avec sa kalachnikov. On ne sait pas si ce digne gradé de l’Armée malgache a emmené son arme avec lui, mais la possibilité qu’il réitère à Maputo son comportement d’Antanimena autorise à l’inquiétude.

Tertio, le Premier ministre Monja Roindefo a donné une longue interview à nos confrères de l’Express de Madagascar. Il y déclare être « le Premier ministre de consensus » qui sera recherché à Maputo. Petit paradoxe, il déclare également dans la même interview que « l’objectif n’est pas de se trouver à un poste ». Fin de la parenthèse. Au-delà de l’incohérence de ces propos, on note donc qu’il n’envisage pas de céder son poste à Mahazoarivo, qu’il a d’ailleurs pris soin de bétonner par la Haute cour constitutionnelle quelques jours avant. Or toute recherche de sortie de crise consensuelle passe par une répartition plus ou moins équitable des postes, et on voit mal les Présidents Ravalomanana, Ratsiraka et Zafy laisser l’exécutif à la seule mouvance TGV et se contenter des strapontins.

La délégation de la HAT ne va donc pas certainement à Maputo avec le meilleur esprit de conciliation possible, mais pour tenter d’imposer (envers et contre tout et contre tous) son point de vue, qui n’a pourtant convaincu qu’elle-même depuis le 17 mars. On ne sait donc pas si les médiateurs internationaux auront une botte secrète pour la rendre plus raisonnable et plus consciente, autrement dit moins autiste.

Le rêve de tous les épris de paix serait la signature d’une Charte inclusive pour une gestion consensuelle de la Transition, et se donner une chance de sauver les miettes du désastre dans lequel le coup d’Etat a plongé l’économie. Mais aboutir à cet idéal nécessiterait de la sagesse et du patriotisme de la part de nos politiciens, et surtout du pouvoir de transition. Libre au lecteur d’y croire. Pour ma part, vu tout ce qui précède, j’en doute.

Et sans vouloir jouer l’oiseau de mauvais augure, je ne crois pas trop en Maputo. La société civile devrait donc se préparer à son plan B. Pourquoi pas faire descendre dans la rue les 100.000 emplois menacés par une suspension de l’AGOA, en plus des 30.000 emplois déjà perdus grâce à la transition ? Car il ne faut pas oublier, c’est que le véritable peuple, c’est celui qui travaille et paye ses impôts. Et surtout, celui qui vote.

 

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