GAGNANTS ET PERDANTS ?

Publié le par Ny Marina

Le 12 août 2009

 

GAGNANTS ET PERDANTS ?

 

Samedi, quand commençaient à sourdre des échos de la réunion de Mapouto, j’ai rencontré des légalistes qui se réjouissaient de l’imminence du retour de Dada, s’apprêtant déjà à aller le fêter à Ivato. Le lendemain, ils étaient beaucoup moins nombreux. Mais, même s’ils n’ont pas été compris tout de suite par leurs troupes dont une partie a rejoint le Magro lundi, les responsables légalistes ont mis fin aux manifestations et travaillent à leur insertion dans les organes prévus de la Transition. Aujourd’hui, tout le monde est transitioniste.

Mais tout ce monde ne se satisfait pas également du contenu des accords. On le voit à la lecture de La Vérité-sic qui n’arrive pas à admettre qu’un jour, le Président Ravalomanana puisse revenir au pays. Le journal insiste, et se répète, sur le fait que Ravalomanana soit redevenu un « simple citoyen », comme s’il voulait à tout prix s’en convaincre. Il regrette que Ratsiraka et Zafy se soient « ligués avec Marc Ravalomanana pour tenter de carrément traumatiser » le pauvre Rajoelina, ce héros du bien qui subit toutes sortes d’avanies, comme dans les films qui ont la faveur de nos capsates. Il veut se persuader que, de toutes façons, Ravalomanana ne peut revenir étant donné toutes les charges qui pèseraient contre lui depuis le 7 février. Les journaleux semblent obsédés par « l’odieuse tuerie », « l’effroyable tuerie », et « l’affaire macabre » du 7 février ! Ils se contentent finalement du fait que si les délégations sont rentrées en avion à Madagascar, Ravalomanana lui est rentré chez lui par la route et en voiture. C’est l’avion qui ferait le gagnant, et Ravalomanana a perdu son Forsouane Nembeur Tout.

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Qui a gagné dans cette négociation ? Et qui a perdu ? On pourrait suivre Vanf qui, très consensuel et inclusif dans sa dernière chronique, commente ainsi les accords de Mapouto : « Que l’ensemble des acteurs se soit entendu sur une "transition neutre, inclusive, pacifique et consensuelle" ne devait donc jamais signifier victoire des uns ou défaite des autres ».

On peut évidemment se dire que, quoique personne n’ait renoncé à ses revendications, ce sont d’abord les employés des zones franches travaillant pour l’Agoa qui ont gagné. Ils savent que les Etats-Unis n’ont encore rien décidé et ils ont maintenant l’espoir que ceux-ci ne casseront pas avec Madagascar. On ne dira pas assez toutefois que les vrais gagnants, ce sont les Etats-Unis qui se voyaient avec inquiétude être responsables du chômage de cent mille salariés employés dans le textile et qui craignaient les critiques dont ils auraient été l’objet dans le grand public malgache. Ce rejet des Américains n’a aucun point commun avec ce que Ratsiraka, soutenu par les politiciens de gauche, avait provoqué lorsqu’il avait mis à la porte le centre de la Nasa il y a quelque trente ans dans le cadre de cette politique tous azimuts qui ne reconnaissait comme fréquentable que le camp communiste.

Quant aux quatre mouvances malgaches réunies à Mapouto, la grande gagnante est celle de Zafy Albert. Comparées aux manifestations des autres mouvances à Antananarivo, celles de la mouvance Zafy tiennent dans le salon de la Villa Elisabeth à Ivandry ! Elle aura autant de places et de postes que chacune des autres parties. Mais elle n’aura guère de peine pour trouver des candidats.

On pourrait considérer comme étant l’autre grande gagnante la mouvance radzouëlienne et les cinquante ou cent cinquante partis qu’elle comporte. Ce serait aller un peu vite en besogne, beaucoup de ses membres ne sont pas d’accord avec les décisions de Mapouto et vont essayer de les torpiller. Nos amis africains, quant à eux, veilleront à ce que les organes de la Transition n’aillent pas à l’encontre de l’esprit des accords. Cela a été rappelé par l’un des médiateurs : ce sont eux qui, ayant assisté aux discussions, assurent l’interprétation des accords et leur bonne application. La souveraineté en la matière est entre leurs mains. Des grincheux vont crier au scandale du protectorat institué par la communauté internationale. Les grincheux vont être obligés de changer de discours. Comment faire autrement ? La reny malala n’est plus la France mais la communauté internationale. Mais l’on ne sait pas encore si elle est vraiment malala.

On a d’ailleurs bien vu comment les cartes du jeu politique sont maintenant redistribuées. Dans son avion, Andry Rajoelina est revenu au pays dès le dimanche et a clamé sa victoire à son arrivée à Ivato. Peu après, les délégations des trois autres mouvances atterrissaient elles aussi à Ivato. Et l’on a vu, heureux, les trois chefs de délégation se tenir par la main et chanter l’hymne national. C’était un belle image et un beau symbole de l’unité nationale retrouvée. Il n’y manquait que Rajoelina !

Dans les différentes institutions qui vont être mises en place, on voit dès maintenant que les trois quarts de leurs membres formeront une majorité face au jeune homme qui, même s’il reste viagèrement avec le statut de chef puis d’ancien chef de l’Etat, redeviendra non un « simple citoyen », mais le Dj déclassé et l’ancien plus jeune putschiste du monde. Seul, il ne pourra même pas créer une A.A.J.P.M., l’Association des Anciens Jeunes Putschistes du Monde.

Le symbole était trop fort et trop peu inclusif. Lundi soir, TVM et RNM organisaient une table ronde avec des représentants des quatre mouvances. Les discussions allaient bon train, chacun tirant vers lui les décisions de Mapouto. Azaly Ben Marofo, du Boina et de la mouvance Ratsiraka – il eut quelques ennuis en 2002 –, eut la bonne parole. Avec les accords de Mapouto, il n’y a plus quatre mouvances, mais une seule : la mouvance Madagascar. Puisse-t-il être entendu !

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Reste à appliquer les décisions de Mapouto dont les observateurs notent qu’elles peuvent être comprises différemment. Il est clair toutefois que la Charte de la Transition en est en quelque sorte la constitution. Mais dans ces discussions, on retrouve bien là la casuistique traditionnelle des Malgaches prêts à pinailler sur une question de droit ou sur toute autre question. Prêt à trouver les arguments pour défendre une position que l’on n’apprécie pas, mais pour à la fois faire comprendre les arguments de l’adversaire et montrer que l’on est capable d’argumenter.

Je conseille de lire les textes qui ont été signés et chercher à en comprendre l’esprit. On les trouvera, entre autres sur le site de Madagascar Tribune. La IIIe République est morte, autant que la proto-Hat. Même la Hcc avec ses revirements et ses décisions et avis politiques n’a pas échappé à la guillotine et est remplacée par une Haute Cour de la Transition ; ses huit nouveaux membres seront nommés à raison de deux magistrats par mouvance. Un nouveau Sénat, dit Conseil Supérieur de la Transition, et une nouvelle Assemblée Nationale, dite Congrès de la Transition, vont avoir à légiférer avec pour première tâche l’examen des amnisties. Albert Zafy présidera un Conseil national de réconciliation. La société civile et le monde de l’économie et du social se retrouvera dans un Conseil économique et social. Le Comité de réflexion sur la défense et la sécurité nationales (CRDSN) pourrait remplacer les organes militoufles créés par les mutins.

Il est prévu qu’une nouvelle loi définira le statut des anciens chefs de l’Etat : sans doute liste civile, logement, officier d’ordonnance, secrétariat et domesticité. Ils seront sénateurs à vie et à ce titre bénéficieront de l’immunité. On comprend que, dans quelque temps, la situation de l’ancien Président aura trouvé sa solution. A Mapouto, dans le cadre des rencontres, Didier Ratsiraka avait convaincu Ravalomanana en lui disant : « Tu m’as laissé sept ans à l’étranger, tu peux attendre quelques mois ». Le calendrier est déjà envisagé.

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Le train-train de la vie quotidienne à Antananarivo continue. Les diplomates regardent la situation sur le terrain et font même des pronostics. L’un d’eux, devenu malgré lui le bureau des doléances, disait il y a quelque temps : il y avait avant un grand voleur et maintenant, il y a quatorze petits voleurs. Il a changé son appréciation : il y avait avant un grand prédateur et maintenant, il y a quatre cents petits prédateurs.

En milieu malgache, on aime beaucoup les commémorations. Se souvenant des victimes de la « Marche de la Liberté » de 1991, Alain Ramaroson, président de la Force de changement pour la démocratie (FCD), leur a porté des gerbes sur la Place du 13 Mai. Félix Ramananarivo, évêque d’Antsirabe et réconciliateur autoproclamé, réunit des membres de la société civile à la Nonciature et parle à la presse de son plan. L’on ne sait s’il a eu l’accord d’Omar. Le « ministre » de la Décentralisation, constatant que les anciens chefs de région avaient dépensé tous leurs crédits au début de l’année, parle déjà de « crime contre la nation ». On le voit, les pipoles et leurs exagérations verbales – normales après un « coup d’Etat verbal » – n’ont pas fini d’alimenter la gazette des Tananariviens.

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