LE SYNDROME DE RANAVALONA Ire

Publié le par Ny Marina

Le 19 août 2009

 

LE SYNDROME DE RANAVALONA Ire

 

Une question revient dans les arguments des Hâtifs : Où est notre souveraineté ? Sommes-nous toujours une colonie ? Non plus de la France, mais de la communauté internationale et des puissances d’argent. Du stade suprême de l’impérialisme, aurait dit Lénine. Sommes-nous en fait victimes du syndrome de Ranavalona ire ? Je crains que cela ne parle pas à beaucoup de mes lecteurs. Rappelons donc les faits du passé.

Il faut savoir que, dans le passé, la Grande Île fut toujours économiquement indépendante et commercialement bénéficiaire. Au 17e siècle, on thésaurisait sur les hautes terres les piastres espagnoles frappées au Mexique et l’on en faisait même des colliers et d’autres parures. Des ports en bord de mer, les réseaux commerciaux malgaches s’étendaient jusque dans le centre du territoire. Du temps de la traite au 18e siècle, les commerçants malgaches étaient avisés et n’acceptaient pas la pacotille, mais, contrairement à ce que désirait le colbertisme français, exigeaient et obtenaient d’être payés en monnaies sonnantes et trébuchantes.

Au 19e siècle, le Royaume de Madagascar était vraiment indépendant. Radama ier avait bien accepté les indemnités anglaises pour compenser les pertes dues à l’abandon de la traite des esclaves. Mais Ranavalona ire, si elle confirma toujours l’abandon de cette traite, refusa les indemnités anglaises qui faisaient de son royaume une sorte de protectorat britannique. Elle voulait être reconnue comme l’égale du souverain anglais.

Victime de la politique de la canonnière en 1829, lorsque les Sénégalais du capitaine de vaisseau Gourbeyre occupèrent Tamatave, Tintingue, Pointe-à-Larrée, mais échouèrent à Foulpointe avant d’abandonner ces positions, elle arma son pays en faisant acheter à l’extérieur des fusils par Napoléon de Lastelle et en faisant fabriquer des canons par Jean Laborde – tous deux Français mais aussi sujets de la Reine et suivant les lois du pays (manaraka ny laloan’ny tany). Puis en 1845, quand la Reine était à Manerinerina, le commandant anglais Kelly et l’amiral français Romain-Desfossés bombardèrent Tamatave et attaquèrent les forts. La Reine décida alors d’interdire la venue à Madagascar des commerçants français et anglais et, pour compenser les dégâts causés par les canonnières, leur imposa de verser une indemnité de 15.000 piastres. Ce ne fut qu’en 1853 que, pour reprendre leurs activités lucratives, les traitants mauriciens se résolurent à payer cette indemnité. Pendant huit ans, Madagascar refusa donc tout contact avec ses partenaires habituels. Le pays pouvait vivre sans les ressources que procurait le commerce.

Le jeune sot de Radama ii – pas encore mature, il avait trente-deux ans – prit, sur les conseils de ses amis européens, une série de décisions qui allaient provoquer sa perte. Il signa une charte accordant au Français Lambert des droits exorbitants sur le Royaume. La France exigea une indemnité, quand la charte fut remise en question. Rasoherina paya l’indemnité sans avoir à faire appel à une quelconque aide extérieure.

La troisième guerre franco-malgache de 1883-1885 – la première guerre dite « franco-hova » du discours colonial – fit entrer le Royaume dans la dépendance économique. Pour payer l’indemnité, Rainilaiarivony accepta un prêt donné par le Comptoir National d’Escompte de Paris qui, en garantie, géra les ressources des douanes malgaches, obéra la politique malgache et conduisit à la quatrième guerre franco-malgache en 1994 et à la conquête du pays.

Peut-on aujourd’hui, sur le modèle de 1845 et de Ranavalona ire, prendre la décision de se couper complètement avec le reste du monde et vivre en autarcie? Ce ne semble plus possible, car dans l’opinion malgache, beaucoup de ceux qui se font entendre n’accepteraient plus de ne pas pouvoir se rendre à l’étranger, de ne pas pouvoir se procurer les médicaments que ne peuvent compenser les remèdes des empiriques nationaux et les rituels de la tradition, de ne pas pouvoir…, etc.

Ranavalona fut sans doute la plus grande reine du passé malgache et son souverainisme une politique tout à fait compréhensible et défendable à une époque où l’hyper-puissance britannique voulait imposer son commerce et sa religion. Mais elle ne peut être dupliquée en ce début du 21e siècle. C’est ce que n’ont pas compris certains de nos compatriotes qui, essayant de faire jouer les ressorts du racisme à l’égard des Gena, cachent leurs projets derrière l’oriflamme de la souveraineté. Ils n’ont pas compris non plus la nature différente de la souveraineté d’aujourd’hui. Il serait nécessaire de les recycler. Quels per diem estimés en millions de dollars exigeraient-ils pour assister à ces séances de « conscientisation », comme on disait à l’époque du socialisme ratsirakien, et de remise à niveau idéologique ?

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essay writing 22/12/2010 10:53


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