Églises malgaches : pas assez spirituelles ?

Publié le par Ny Marina

Églises malgaches : pas assez spirituelles ?

vendredi 21 août 2009, par Ndimby A., Patrick A.  

 

« … Maro mantsy ireo,  

Miatsara-velatsihy,  

Hampiseho lamaody  

No tena anton-dia  

Dia mba mody hoe  

« Amin’ny anarana ny Ray  

Sy ny Zanaka  

Sy ny fanahy masina… »

On ne pouvait trouver mieux que ces paroles du groupe Mahaleo pour introduire le sujet de notre éditorial de ce jour. Car la religion à Madagascar est souvent un phénomène qui dépasse le simple moyen de vivre sa foi. Moyen utilisé pour vivre tout court, moyen de l’art du paraître, moyen de réseautage pour le business, moyen d’ancrage pour partir à l’assaut du pouvoir.

Une étude réalisée en mai 2006 par la Banque Mondiale à Madagascar indique que les ménages malgaches accordent leur confiance envers l’Eglise (88%) plus qu’envers toute autre institution. Ainsi, le Gouvernement n’aurait la confiance des ménages qu’à 60%, le Parlement à 56%, la Justice à 50% et les partis politiques à 35%. L’écart de crédibilité accordé à l’Eglise et à la classe politique est donc flagrant. Il est donc normal que dans ce contexte, ce que dit un chef d’Eglise prenne l’envergure d’une parole d’Evangile.

Madagascar a toujours été une terre sur laquelle on s’est toujours accommodé de l’activisme politique de certains leaders religieux, surtout, il faut bien le reconnaître, du côté de l’Eglise protestante (FJKM). Les pasteurs Rabary, Ravelojaona ou Andriamanjato en sont des illustrations. Toutefois, de nombreuses autres personnalités du FFKM (Conseil des Eglises Chrétiennes de Madagascar) ont eu une influence pas toujours heureuse dans la vie politique malgache, en cachant toutefois leur esprit partisan sous les profondeurs de leur robe pastorale. Les membres du FFKM version 2002, à commencer par le Cardinal Razafindratandra ou le Pasteur Edmond Razafimahefa, se sont illustrés dans les manœuvres en coulisses pour l’arrivée de Marc Ravalomanana au pouvoir, et lui ont garanti leur soutien pour l’encourager à franchir le pas du coup d’Etat le 22 février 2002. D’ailleurs, dès la mi-janvier, le Cardinal Armand Razafindratandra avait annoncé la victoire au premier tour de celui qui était à l’époque Maire d’Antananarivo, malgré le fait que l’analyse objective de la logique de tous les chiffres démontrait le contraire.

En 2009, la tendance des chefs d’Eglise du FFKM à intervenir en sous-main dans le jeu politique continue, mais dans des directions différentes. Lala Rasendrahasina, soupçonné de soutenir plus que de raison Marc Ravalomanana, sera arrêté dans une enceinte censée être sous la responsabilité de l’Archevêque Odon Marie Arsène Razanakolona (que nous appellerons Omar pour faire plus court), avant d’être séquestré et brutalisé par les militaires du CAPSAT lors de la fameuse journée du 17 mars 2009. On ne sait si Monseigneur Omar a été impuissant devant les exactions des bidasses envers certains de ses hôtes, ou bien s’il les a favorisées pour « tackler » son collègue, qui ne partageait ni sa sympathie envers Andry Rajoelina, ni son antipathie envers Marc Ravalomanana ? On comprend d’ailleurs pourquoi la médiation engagée par le FFKM en 2009 échoua, avec une telle scission des opinions et un tel manque de neutralité au sein des quatre chefs d’Eglise.

Toutefois, sans avoir été toujours aussi partisane, le FFKM a fait entendre sa voix et jouer de son influence depuis sa création en 1980, en plein dans la pesante Seconde République de Ratsiraka. Son premier congrès national se tient en 1982 sur le thème : « les chrétiens face au redressement de la Nation ». Le FFKM tentera en 1989 de favoriser un rapprochement entre l’AREMA et l’opposition, et prendra sous son égide la signature de la Convention du 31 octobre 1991, puis supervisera les diverses conférences qui aboutirent à la naissance de la IIIe République. L’opinion publique associera le FFKM à l’arrivée au pouvoir d’Albert Zafy et de Marc Ravalomanana, et en portera également le poids de la déception. Cela expliquera la baisse de crédibilité du FFKM, incapable de provoquer une solution malgacho-malgache en 2009.

D’une certaine manière, ce qui arrive n’est que la correction d’une anomalie historique. À être sollicitées si fréquemment dans la résolution des crises, les églises chrétiennes ne pouvaient rester durablement unanimes sur des questions temporelles posées à chaque fois de manière de plus en plus précise.

Surtout, la multiplication des interventions dans le champ politique ont fait monter les oppositions internes au sein des églises vis-à-vis de la forme que prenaient ces interventions. Bon nombre de voix ont discrètement rappelé aux curés et pasteurs, qu’ils avaient d’autres cultes à prôner que celui de la personnalité.

Parmi les catholiques par exemple, nombreux sont ceux aujourd’hui à rappeler la doctrine de l’Église depuis le concile Vatican II : si les laïcs sont encouragés à s’engager dans la vie temporelle (ce qui inclut la politique) en étant guidés par leur foi, les religieux et prêtres ne peuvent ordonner que le domaine du sacré. Et les positions du Cardinal Razafindratandra ou de Monseigneur Razanakolona ont provoqué quelques controverses.

Au sein de la FJKM, la grogne contre le maintien de Marc Ravalomanana comme vice-président (représentant des laïcs) de la FJKM alors qu’il était dans le même temps Président de la République s’est faite de plus en plus vive lorsqu’il s’est avéré que cette situation a entraîné une intimité troublante entre l’église et l’homme politique. Les quatre places réservées aux laïcs au sein du bureau central ont été trustées par d’éminents membres du TIM. Et bon nombre de pasteurs ne se sont pas gênés pour se demander à voix haute pourquoi la FJKM ne se dotait pas des moyens de rémunérer son président, plutôt que de laisser celui-ci dépendre de donateurs parmi lesquels Marc Ravalomanana figure en bonne place.

Dans d’autres églises, comme la FLM luthérienne, quelques voix ont mis en doute la neutralité du partenariat que l’État voulait construire avec les églises pour le développement du pays, estimant que la FJKM était par trop favorisée dans les partenariats financiers ou l’accès aux médias publics.

C’est cette question de neutralité de l’État, neutralité qui nous est chère, qui constitue la principale justification de la laïcité. Curieusement, c’est dans les pays où historiquement, le pouvoir politique a légiféré assez tôt sur ses rapports avec la religion dominante de manière à marquer sa prééminence, que la laïcité est un « non-sujet ». Par contre, les approches françaises et turques qui se présentent comme des réactions plus tardives à une religion dominante provoquent plus de controverses.

Face à de telles controverses, il importe de rappeler que la laïcité ne se veut pas athéisme, mais neutralité. Qu’un responsable politique évite de prendre la parole au cours d’une cérémonie religieuse, qu’une cérémonie publique ne soit pas précédée d’une cérémonie religieuse ne sont que des symboles, mais des symboles qui permettent à tous les citoyens de se reconnaître égaux.

En n’oubliant pas qu’une distance imposée de l’État vis-à-vis des religions ne signifie pas forcément froideur mais aussi respect.

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