Plan B ou Maputo 3 ?

Publié le par Ny Marina

Plan B ou Maputo 3 ?

 

Apparemment ça coince déjà à Maputo, dès les débats pour l’attribution du premier poste sur les 457 à se répartir entre les mouvances, celui de Président de la Transition. D’un côté, le Président Ravalomanana revendique « N’importe qui, sauf Andry Rajoelina ». De l’autre côté, Monsieur Rajoelina clame « Personne, à part moi ». Et au milieu, Didier Ratsiraka qui tire des ficelles pour reconquérir une importance dans le jeu politique malgache. Quant à Albert Zafy, il se conduit en homme sage (1). Et au milieu de tout ce beau monde, mais à 1700 kilomètres de distance, le peuple malgache, qui travaille et paye ses impôts, mais qui subit les fadaises de sa classe politique depuis 1960.

Radert le Joker ?

S’il y a une impossibilité à trouver un consensus sur un nom au sein de la bande des quatre, la réflexion sur le Plan B devrait être engagée. Selon nos confrères de Midi-Madagasikara dans leur « Une » d’aujourd’hui, le nom de Serge Radert a été discuté officiellement comme Président de la Transition. Ce polytechnicien est de la mouvance Albert Zafy, et le nom aurait reçu l’aval de Marc Ravalomanana et Didier Ratsiraka. Mais bizarre, sa mouvance d’origine a quant à elle proposé le nom de … Andry Rajoelina. Serge Radert ferait pourtant un excellent Président de la transition, pour ses diplômes, son expérience, sa personnalité, ses degrés et ses qualités.

Etant un des piliers du méritant Collectif des organisations citoyennes et des citoyens (CCOC), son appartenance à la société civile plaide en sa faveur. En effet, étant censée être l’émanation de la population, qui mieux que la société civile mérite d’être aux commandes pour cette transition, enfant illégitime et non désiré des vicissitudes de nos politiciens. Le nom de M. Radert est donc un excellent plan B. Mais hélas, comme il est bien connu que la compétence à Madagascar n’est pas un critère pour arriver à la tête de l’Etat, je doute fort que M. Radert puisse recueillir l’aval de M. Rajoelina pour diriger cette transition. Même tout atout, ce joker risque donc de se voir contré à Maputo, ou surcontré par certains énergumènes à son retour à Antananarivo.

En effet, le principal facteur de blocage est la mouvance Rajoelina, qui revendique (à juste titre, même si ce n’est pas un fait de gloire d’avoir fait un coup d’Etat), la paternité de la transition. Andry Rajoelina devrait cependant se poser des questions : s’est-il élevé contre les abus et dérives de Marc Ravalomanana pour son ego et se faire appeler « Monsieur le Président », ou bien par patriotisme afin de recadrer les choses et replacer Madagascar sur de bons rails ? Sauf si la réponse est la première option, il pourrait choisir l’option Radert pour se retirer en beauté, et attendre les élections s’il le souhaite. Il gagnerait ainsi un capital-sympathie extraordinaire, qu’il pourrait faire fructifier pendant la Transition, et laisser les autres aller au charbon. Il arrangerait aussi de cette manière une image nationale et internationale écornée par son putsch. Ce sage retrait ne ferait que le grandir.

Mais là encore, notre conviction est que l’ego de Monsieur Rajoelina est son principal moteur. Et comme les boxeurs, il risque de s’enivrer de victoires trop faciles et de ne pas savoir s’arrêter à temps. Or, il y a des choses qui sont faciles quand on est protégé par les armes de la bidasserie active, mais cette méthode a des limites. Il l’a vu à Dakar, à Tripoli, à Bruxelles et maintenant à Maputo. S’il persiste dans le forcing, il risque d’y avoir un clash à Maputo, avec des conséquences qui sont prévisibles : durcissement des positions extrémistes, donc risque de guerre civile ; sanctions internationales avec son cortège de désastre économique et de pertes d’emplois, à commencer par l’AGOA. Mais selon certains pseudo-nationalistes et autres bolcheviques des temps modernes, « c’est pas grave ».

Au-delà du désir de M. Rajoelina d’occuper la fonction de Chef de l’Etat, il faut également noter qu’il est quelque part prisonnier du montage politique qu’il a mis en place pour accéder au pouvoir. En ressuscitant les zombies politiques ; en accordant à certains « vivotants » l’accès au gâteau de la Transition ; en ouvrant (inconsciemment , du moins on l’espère) des boulevards pour certaines mafias qui oeuvrent dans le bois de rose dans la SAVA ou le pillage du stock de riz de Tiko à Tamatave ; en libérant avec certains prisonniers politiques des humeurs et des rancunes ; en donnant l’occasion à des gens qui n’y ont aucun droit de parader au milieu d’une garde prétorienne ; l’ex-DJ a favorisé autour de lui un patchwork hétéroclite qui a intérêt, dans tous les sens du terme, à ce qu’il reste en place. C’est donc cette masse grouillante qui va le pousser à s’entêter, même contre l’intérêt du pays, et surtout contre son propre intérêt. Sans oublier Tata Lantosoa, conseillère spéciale hyperactive qui vit par procuration son rêve d’être dans les coulisses du pouvoir, faute d’avoir pu le faire depuis le décès de Herizo Razafimahaleo. Cependant, quoiqu’on puisse lui reprocher, Andry Rajoelina est quelqu’un d’intelligent, et au fond de lui, il y a certainement des jours où il sait qu’il s’est placé (ou a été placé ?) dans un gigantesque panier de crabes, dont il n’a pas beaucoup d’options pour sortir la tête haute.

Une envergure qui reste à acquérir

L’expérience de la Transition jusqu’à présent montre que M. Rajoelina n’a pas encore l’étoffe d’un Chef d’Etat, voire d’un chef tout court. Il lui faut encore prendre le temps de gagner de la bouteille pour en acquérir la carrure. Il suffit de se remémorer les récriminations anti-Maputo 1 (qu’il avait pourtant signées en tant que chef de mouvance) dans son propre camp, ou encore le fait qu’il se soit entouré de beaucoup de monde à Maputo 2, n’ayant sans doute (pas encore dirons-nous, pour ne pas vexer ses griots) ni la stature ni les capacités pour résister aux politiciens aguerris d’en face. Une fois encore, ce n’est pas pour rien que les anciens législateurs avaient mis la barre des 40 ans : c’était pour permettre aux candidats aux élections présidentielles d’acquérir un minimum théorique d’expérience et d’envergure, et ne pas avoir à se faire chaperonner à chaque fois. Et le comportement de certains des membres de sa délégation, qui selon les témoins jouent aux ouistitis dans les couloirs pour provoquer Marc Ravalomanana quand il passe, n’est pas à son honneur. Va-t-il systématiquement emmener 30 personnes dans ses valises comme à Maputo 2 dans les discussions de haut niveau, et se faire tenir la main par Norbert Lala Ratsirahonana et Jean Eugène Voninahitsy ?

Le Plan B (qu’il s’appelle Serge Radert ou un autre) est donc à notre avis une bonne solution pour tous, à commencer par M. Rajoelina. Sauf si la satisfaction de son ego vaut le risque d’entraîner le pays dans une spirale infernale. Mais il pourrait aussi se voir confier la tête du Congrès de la Transition, ce qui lui permettra de veiller à ce que ses beaux discours sur la Place de la démocratie en Janvier soient placées dans les lois de la transition. D’ailleurs, il prétend être le porte-parole du peuple : la Présidence du CT n’est-elle donc pas la place idoine, surtout qu’il pourra continuer à se faire appeler « Monsieur le Président ».

Si ni le Plan A (consensus entre les quatre chefs de mouvance) ni le Plan B ne marchent, il faudra alors réfléchir à un Plan C : organiser une élection présidentielle dans les deux mois. Avec bien entendu, commission électorale indépendante, supervision nationale et internationale, et surtout autorisation pour tous de se présenter, y compris le Président Ravalomanana. Le peuple pourra donc s’exprimer, et on en finira enfin avec ces réunions de Maputo à répétition. Maputo où l’on tourne autour du pot, comme dirait le forumiste Lalatiana.

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(1) Je n’ai d’ailleurs jamais caché ma grande sympathie pour son respect de la démocratie dans mes précédents articles, même si je reconnais qu’économiquement, il a été une catastrophe ambulante. Mais mon respect vient d’un seul fait : quand la manœuvre d’empêchement a commencé à se mettre en place, il n’a pas fait venir de mercenaires, il n’a pas décrété la dissolution de l’Assemblée nationale, il n’a pas changé les membres de la Haute Cour Constitutionnelle, il n’a pas soudoyé des officiers pour entraîner une mutinerie sous le prétexte fallacieux de « défense des intérêts du peuple ».

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