Sinistres bruits de bottes...

Publié le par Ny Marina

Sinistres bruits de bottes

vendredi 28 août 2009, par Ndimby A., Patrick A.

 

N’utilisons pas de termes diplomatiques : Maputo 2 s’est achevé sur un échec. Aucun consensus final n’a pu être trouvé, et les délégations vont rentrer. La mouvance Rajoelina a demandé à consulter à Antananarivo sa base au sujet de la proposition de Didier Ratsiraka de nommer Ramisandrazana Rakotoarisoa à la Primature, et se donne jusqu’au 4 Septembre pour donner sa réponse. Toutes les délégations vont donc rentrer. Mais la requête du camp Rajoelina est aussi une manière de botter en touche : si sa très lourde délégation à Maputo ne représente pas encore sa base, on se demande bien qui va-t-il consulter au pays. À moins que ce ne soit l’Armée.

Car pendant que les politiques peinent à s’entendre à Maputo, des bruits de bottes de plus en plus inquiétants se font entendre du côté des casernes. Les chefs actuels de l’armée avaient déjà averti à plusieurs reprises qu’ils prendraient des dispositions si les décisions prises dans la capitale mozambicaine ne respectaient pas « la volonté populaire ».

Dans un premier temps, on avait pensé à de simples rodomontades pour protéger les sièges de Andry Rajoelina et Monja Roindefo, et agiter cette menace pour faire pression sur les négociations. Mais la tenue d’une réunion d’officiers et de sous-officiers à Ampahibe hier ouvre la porte à beaucoup de questionnements. Il semblerait qu’un courant de plus en plus actif se prépare à prendre le pouvoir sous forme de directoire militaire, et que la situation a été désamorcée de justesse. L’expérience montre qu’il faut se méfier des grognements qui transpirent des casernes, car si la mutinerie du 8 mars 2009 a pu avoir lieu, c’est parce que personne n’avait prêté attention à des voix de plus en plus irritées de sous-officiers pour notamment de prosaïques questions de primes. On connaît la suite. Le patriotisme et la sauvegarde des intérêts du peuple prennent quelquefois le chemin du portefeuille.

Les velléités de l’armée de s’imposer dans la sphère politique sont loin d’être rassurantes. On a déjà vu comment sa conception des droits des l’homme et des citoyens était plus qu’élémentaire lors des répressions et autres arrestations tout au long de cette année. On peut donc imaginer ce que pourrait être la situation dans un directoire militaire non éclairé, sans préjuger de ce que cela aurait pu être sous l’éphémère équipe du vice-amiral Ramaroson en Mars. À ceci s’ajoute qu’un directoire militaire sera la pire chose qui pourra arriver à notre économie. Alors que depuis le 17 mars, le pays était plus ou moins associé à la Guinée ou à la Mauritanie, avec un tel évènement le plus ou moins deviendrait superflu. Et l’aide budgétaire et l’AGOA, on pourra tous s’asseoir dessus. Quant à espérer en la capacité d’un directoire militaire, ou même militaro-civil, isolé et non éclairé à gérer et à relancer l’économie et le social, qu’il soit permis d’en douter.

Ce qui est arrivé en 2009 n’est pas bon pour la Nation, et pas bon non plus pour l’armée. L’armée au pouvoir, ce serait le déni des avancées du droit, une périlleuse aventure qui légitimerait la reprise de toute une escalade dont la population a déjà suffisamment souffert. Le spectre du cycle infernal taim-bava, fandrangitana [1], manifestation, répression, appels à l’armée ou à ses composantes et à l’armée de la SADC n’est jamais très loin.

Mais bon, nous n’en sommes pas encore là. Et si aujourd’hui vos éditorialistes agitent le spectre de ce directoire, c’est pour inviter la classe politique, la société civile et la population à trouver une solution politique à un problème politique, avant qu’il ne soit trop tard.

Avouons que nous nous en voulons un peu, ainsi qu’à l’ensemble de la société civile à laquelle nous nous identifions [2], d’avoir baissé la garde après Maputo I. Avant les premières rencontres dans la capitale mozambicaine, l’on avait senti une mobilisation quasi-généralisée pour faire comprendre les conséquences catastrophiques d’un échec, et aucun politicien des quatre camps ne pouvait faire mine de ne pas en tenir compte. Par contre, alors que ces derniers jours de bruyants mouvements affirmaient que le respect de la volonté du peuple passait par le maintien du couple Andry Rajoelina et Monja Roindefo, la plupart de ceux qui n’étaient pas directement protagonistes avaient préféré s’abstenir de faire remarquer qu’eux aussi faisaient partie du peuple et qu’il était présomptueux de monopoliser leur voix.

Si les politiciens se laissent souvent aller à imaginer que la population leur accorde beaucoup d’importance, il est de notre devoir de leur rétorquer que pour la population, ce qui importe ce n’est pas les gouvernants, mais la gouvernance.

Les voies de la guerre civile ou de la dictature nous sont interdites, et il n’y a pas que la Communauté internationale qui le pense, mais aussi sans aucun doute l’écrasante majorité de la population malgache qui en a marre de ne pas arriver à se faire entendre. Qu’importe si beaucoup d’apprentis sorciers doivent remiser provisoirement leurs appétits de pouvoir, il est bien plus urgent et important de s’attacher à ce que cette population puisse vivre et travailler sereinement, avant de reconstruire une République respectée parce que respectable. Les accords de Maputo sont une première étape, et leur signature exige de tous des sacrifices. Ho an’ny Tanindrazana [3].

Notes

[1] provocations verbales et autres.
[2] au sens où la société civile est le corps social, par opposition à la classe politique, qui est volontaire, largement autosuffisant et autonome de l’État.
[3] Pour la Patrie devise de l’armée.

 

Solution de Maputo

Tergiversations

vendredi 28 août 2009

Les délégations des quatre mouvances en négociations à Maputo depuis deux jours étaient censées rentrer au pays depuis ce jeudi 27 août 2009, après avoir quitté le pays le lundi 24 août dernier. La présidence de la Haute Autorité de la Transition (HAT) avait prévu d’organiser un accueil spécial de la délégation de la mouvance Andry Rajoelina ce jeudi 27 août 2009. Un accueil qui devait se tenir vers 16 heures à l’aéroport international d’Ivato. Le ministère de la communication avait prévu à cet effet de faire une transmission en direct sur les chaînes nationales, télévision et radio, ce retour au pays de la délégation de la mouvance détenteur actuel du pouvoir à Madagascar.

Mais le retour au pays des « victorieux sur Marc Ravalomanana » a été retardé par l’Equipe Conjointe de Médiation pour Madagascar (ECMM). Le retard a été causé par la non disponibilité de l’avion qui devait transporter la délégation de chaque mouvance. Au début de la journée de ce jeudi 27 août 2009, l’ECMM a annoncé que l’avion qui devait transporter les délégations était disponible à partir de 21 heures ce jeudi. Mais une autre lettre a annoncée que ladite avion n’est disponible que vers 8 heures du matin, le lendemain, vendredi 28 août.

Ablassé Ouédraogo a déjà annoncé à la presse que personne ne devrait rentrer chez lui tant qu’aucun compromis n’a été trouvé sur l’instauration de la transition inclusive et consensuelle à Madagascar. Ainsi, sauf si les politiciens malgaches à Maputo veulent faire à la nage le retour au pays, tout le monde devrait rechercher un terrain de consensus pour revenir au pays.

Dans la soirée du Jeudi, les discussions semblaient toujours bloquées sur la désignation de la tête de l’Exécutif, notamment le Premier Ministre.

Recueilli par Ninaivo Rakotoarilala
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article