Décryptage entre les lignes

Publié le par Ny Marina

Décryptage entre les lignes

jeudi 3 septembre 2009, par Ndimby A.

Comme il fallait s’y attendre, un folklorique plébiscite populaire a servi de tremplin à la volonté du principal concerné à rester à son poste, envers et contre tout, et surtout contre tous. Revigoré par les acclamations frénétiques de ses partisans à Ambohitsirohitra qui ont usé et abusé de la brosse à reluire à l’endroit de celui qu’ils appellent « Monsieur le Président » (et qui aime entendre ça), Andry Rajoelina a fait un discours ferme et musclé, mais toutefois sans vraiment d’agressivité. Le principal message à l’intention de ceux qui persisteraient encore à se bercer d’illusions en espérant le voir céder la tête de la Transition était : « J’y suis, j’y reste ». Quant à ceux qui s’attendaient à une clarification de sa position sur la question de la Primature, ils sont restés sur leur faim.

Présidence non négociable

Maputo 2, on se le rappelle, avait coincé sur la question des deux postes de l’Exécutif, Présidence de la transition et Premier ministre. Personnalité ayant un très fort ego, se considérant sans doute comme la réincarnation croisée de Zorro, Robin des bois et Mère Thérésa, Andry Rajoelina est parvenu à vivre son rêve d’adolescence : voir son entourage lui faire des courbettes en lui donnant du « Président », être celui sur qui les yeux et les caméras sont braqués, parader sur le beau tapis rouge en recevant les honneurs militaires, et soulever l’enthousiasme des foules. Formé à l’école du DJ-ing, le jeune homme jouit des ambiances qu’il crée. Après avoir fait pâmer et trémousser les centaines de minettes du Tout-tana lors des soirées dansantes, j’imagine la satisfaction du personnage quand il peut se faire acclamer par des milliers de personnes sur la Place du 13 Mai, à Ambohijatovo ou dans les jardins d’Ambohitsirohitra.

Je ne comprend donc pas le manque de réalisme de certains qui imaginent encore qu’un plan B avec quelqu’un d’autre que lui comme Président de la Transition est envisageable : Andry Rajoelina ne lâchera jamais ce poste qui représente la satisfaction de sa libido profonde (au sens latin du terme : désir). Et il est prêt à tout pour garder cette place, comme il a été prêt à tout pour l’obtenir. Nul n’est besoin de rappeler ici les péripéties de la prise de pouvoir, du lundi noir (26 janvier) aux martyrs créés pour la cause (7 février), de la mutinerie (8 mars) à l’intimidation par la force de sa garde prétorienne pour forcer le cours des événements (16 et 17 mars).

Ceux qui rêvent de voir l’ancien maire d’Antananarivo céder la place à Monja Roindefo (ou à qui que ce soit d’autre) font donc montre d’un manque de pragmatisme sur un point essentiel des sciences politiques : l’analyse du jeu de l’acteur principal, et la compréhension de ses motivations. Le patriotisme et la sauvegarde du peuple malgache ne sont que les arguments marketing utilisés pour séduire ceux qui ont la bêtise (ou le malheur) d’y croire. La principale raison de l’action de Rajoelina depuis Janvier c’est la vengeance contre le Président Ravalomanana (qui quelque part, et soit dit en passant, l’a quand même bien cherché), et surtout le goût du pouvoir. Quelqu’un qui aime le pouvoir fera tout pour garder le pouvoir. Point-barre. Tout ce qu’on racontera sur le pourquoi du comment ne sera que littérature autour. Question par rapport à cela : la mégalomanie qui est le trait commun au Président Ratsiraka, au Président Ravalomanana et à Monsieur Rajoelina poussera-t-il ce dernier à suivre les pas de ses prédécesseurs, y compris dans les conditions de départ du pouvoir ?

Par rationalisme, même si cette perspective est à la fois inquiétante et peu enthousiasmante, je pense donc qu’il faudra se faire à l’idée que Andry Rajoelina ne lâchera pas la Présidence, et que la discussion sur Mahazoarivo est la seule porte possible pour la sortie de crise. En clair, il faut trouver les moyens de faire accepter aux extrémistes de tous bords, de tous poil et de tous uniformes qu’il faut se faire à l’idée de le subir au moins pendant 15 mois, que cela plaise ou non. Mais en parallèle, trouver le moyen de faire pression pour que la Primature soit à l’image de l’esprit consensuel et inclusif de Maputo. C’était l’esprit de l’éditorial de lundi, même si la traduction en clair de ce qui était sous-entendu dans l’article (rédigé par moi-même) dans les termes extrêmement explicites d’une pétition (rédigée par d’autres) en a choqué beaucoup. Car plusieurs auraient préféré qu’on procède juste par allusion, et qu’on ne spécifie pas certains noms qui fâchent et qui sonnent au goût de certains comme des gros mots. Une politique de l’autruche n’a pourtant jamais résolu les problèmes. Certains m’ont demandé sur le blog Fijery pourquoi n’avais-je pas plutôt écrit un article pour convaincre Andry Rajoelina de partir : la réponse est simple, il n’y a aucune raison de perdre du temps à rédiger un papier inutile. Dans le contexte actuel, un éditorial ou une pétition sur ce thème aurait autant de valeur et d’utilité qu’un traité scientifique sur le sexe des anges.

Dia ho i Roindefo monja ve no lasa ?

De la Primature et du sort de Monja Roindefo, il n’y aura pas eu un seul mot de prononcé hier. La grande-messe était faite dans l’objectif de renforcer le positionnement du Président de la Haute autorité de transition (HAT) comme étant sur une pôle-position indiscutable et non négociable pour la course au titre de Président de la transition. Que faut-il donc en conclure au sujet de Mahazoarivo ? Deux options se présentent à l’esprit.

Primo, une option optimiste qui veut que le sort de Monja Roindefo soit déjà scellé, et que le fils de Monja Jaona fait déjà partie du passé, du moins en ce qui concerne la Primature de la Transition. Cela impliquerait que les actuels chefs de l’Exécutif se sont rendus à la Raison, et que le Président du Monima a accepté de sacrifier ses ambitions à sa fibre patriotique. Si cela était le cas, il mériterait la plus haute distinction honorifique de la République, à titre de reconnaissance. Secundo, une option pessimiste, qui considère le sujet clos et également non discutable. Autrement dit, l’option du forcing qui n’étonnerait pas vraiment de la part de Andry Rajoelina, même si elle décevrait de la part de quelqu’un comme Monja Roindefo. Le jeu d’enchère et de surenchère auquel on assiste depuis quelques temps rend difficile la lisibilité des déclarations, mais nous penchons toutefois pour la première option. Dans les coulisses un nom de la diaspora est de plus en plus fréquemment cité comme susceptible de faire l’objet d’un consensus entre les mouvances (lire par exemple l’édito de Sobika de ce jour). Personnellement, nous n’y croyons pas trop, pour des questions d’équilibre régional au niveau des postes de l’Exécutif. On apprend cependant que les Forces armées auraient proposé la nomination du Général de division Ranto Rabarisoa. À bien des égards que nous espérons avoir l’occasion de développer dans les prochains jours, ce serait la meilleure solution dans le cas actuel.

Ce qui est sûr, c’est que Andry Rajoelina a préparé l’esprit de ses partisans à faire des concessions. Dans un subtil mélange de pragmatisme et de nationalisme, il a clairement fait comprendre que Madagascar ne peut pas se passer de la communauté internationale et des bailleurs de fonds, même s’il a promis qu’il allait travailler pour inverser la tendance. Il a en outre fait beaucoup d’éloges pour les efforts des médiateurs du Groupe international de contact, contrairement à certains de son entourage et de ses partisans qui se complaisent dans des propos stupides, ingrats et incongrus à la limite du racisme anti-africain. Décryptage entre les lignes : TGV-istes de la première heure, préparez-vous à accepter certaines marches arrières. Et si tout marchandage au sujet de la place du Président a été savamment présenté comme hors-sujet, que reste-t-il donc sur la table des négociations ?

Lueurs d’espoirs

On respire : le groupe d’apprentis-sorciers de l’économie qui avait démontré qu’on pouvait dès maintenant se passer de la reconnaissance internationale et des aides n’a finalement pas eu gain de cause face au bon sens. Mais Andry Rajoelina a cependant confirmé sa volonté de diversifier les partenariats, et réduire la dépendance vis-à-vis de ces encombrants bailleurs de fonds traditionnels. Ceux-ci ont en effet la mauvaise idée de lier leur aide indispensable à des considérations des valeurs démocratiques inadaptées à la plaçoculture, culture d’écrevisse marbrée en place publique. On espère tout de même que les voies de diversification recherchées ne vont pas aller jusqu’à la Camora napolitaine, la Cosa nostra sicilienne ou les cartels colombiens. En parlant de mafia, il semble que depuis que le coup d’État a eu lieu, les trafiquants de bois précieux s’en donnent à coeur joie. Et entre parenthèses, nos confrères de Midi-Madagasikara ont révélé que les fameux investisseurs saoudiens, accueillis comme des Messies en djellaba il y a quelques mois, n’ont toujours pas apporté le moindre pétro-dollar, mais ont par contre laissé pour 3.000 Euros de facture d’hôtel. Je suis mort de rire. Et ces Saoudiens aussi, certainement : les Princes du désert se font entretenir aux frais de la princesse. Ce qui me fait moins rire, c’est que la princesse, ce sont les impôts du peuple. Donc les miens (aussi).

Pour en revenir au discours de Andry Rajoelina hier, ce qu’il faut retenir entre les lignes est donc que finalement, les portes des discussions ne sont pas encore définitivement fermées, à condition que personne ne tripote son titre de « Monsieur le Président ». Sinon il aurait été plus explicite sur le maintien du ticket Rajoelina – Monja. Reste à savoir comment la pilule va-t-elle être avalée tant par les durs du clan Ravalomanana, réticents à voir l’ex-DJ aux platines du pays, que les faucons du clan Rajoelina, pour lesquels le départ de Monja Roindefo serait ressenti comme une trahison. Cependant en politique, et surtout à Madagascar, il n’y a pas d’inimitiés éternelles, et dans un pays où le marchandage est roi, la question est juste de savoir ce que l’on est prêt à donner en échange de ce que l’on récupère. Quant au peuple malgache, depuis le début de la crise il a malheureusement déjà perdu beaucoup : en emplois, en sécurité, en pouvoir d’achat, sans qu’il n’ait vraiment la conviction d’avoir gagné quelque chose.

Mais nous ne devons pas nous inquiéter. Andry Rajoelina, Norbert Lala Ratsirahonana, Voninahitsy Jean Eugène, Pety Rakotoniana, l’association Otrikafo, Désiré Ramakavelo, Alain Ramaroson, Rabri et Xena nous ont promis des lendemains meilleurs. Minoa fotsiny ihany hono.

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