HOMME FORT OU ENFANT GÂTÉ ?

Publié le par Ny Marina

Le 03 septembre 2009

 

HOMME FORT OU ENFANT GÂTÉ ?

 

Rajoelina avait annoncé qu’il allait réunir le « peuple » pour le consulter sur ce qu’il allait faire face au blocage. Il avait été prévu que la réunion se tiendrait à Mahamasina où l’on peut regrouper jusqu’à 70.000 personnes dans le grand stade. Finalement, c’est à Ambohitsorohitra dans le jardin qu’il a réuni ses partisans.

La presse parle de « milliers de manifestants ». A moins que ce ne soit de la flatterie, c’est sans doute moins du français que du francofonique, car des journalistes bien informés parlent de 2.000 manifestants – et deux mille, ça ne fait pas des milliers – et qu’ils vont au delà du nombre de 1.500 avancé par Hajo Andrianainarivelo, ministre de la Décentralisation qui montre, par cette annonce qu’il n’est pas dans la louange du « Monsieur le Président », mais qu’il est un vrai ministre d’un gouvernement de transition. C’est un nom à retenir. Rappelons que, sous Ravalomanana, il a eu comme maire à Ankadinandriana des initiatives efficaces et mémorables.

Un chauffeur de taxi me raconte qu’il y a eu des gens qui se sont battus (mifamono) lors de cette rencontre. Je parlerais plutôt d’échauffourées. La raison ? Il n’y avait pas assez de billets bleus de 5.000 ariary ou 25.000 Fmg à distribuer – ce qui fait 2 euros par personne. Les personnes présentes étaient donc des sympathisants à 5.000 ariary ou à 2 euros. Comme tout le monde n’a pas pu recevoir le fameux billet qui n’était pas un billet de loterie, la manifestation n’a donc pas coûté cher à la Hat : moins de sept millions d’ariary, soit au cours actuel, moins de 2.750 euros.

Le problème qui faisait courir les claviers des commentateurs était de savoir s’il allait annoncer que Pointe de Sagaie serait remplacé à la Primature. Il n’en fut pas question. Il est vrai que les gens du Sud qui ne le connaissent pas personnellement, sont enfin heureux d’avoir l’un des leurs à ce poste et se sont répandus dans les médias en faveur de Ndefo, comme ils abrègent son nom. D’autres gens du Sud se posent une question bizarroïde, se demandant s’il aurait été payé pour refuser de quitter son poste.

Quant à la présidence de la future transition, Rajoelina a pu penser un moment dans une réunion chez lui dimanche dernier qu’il allait démissionner. Son entourage lui a rechargé les batteries. La position de Rajoelina est donc inchangée. Parlant à la troisième personne comme il souhaiterait que le vahoaka le fasse, il a déclaré : « Même sous pression, Andry Rajoelina ne cèdera jamais sa place ». La formulation est claire et interdit toute interprétation.

Mais ce que l’on a compris, c’est qu’il n’a pas fait ce qu’il avait annoncé. Il disait vouloir consulter le peuple. On sait bien comment on consulte la foule. Les techniques sont connues. On les a vues appliquées, quand la foule a pris la décision de marcher sur Ambohitsorohitra. Il suffit de poser la bonne question dont la réponse est celle qui était attendue. Mais dans le cas présent, il n’a pas consulté le peuple. Se plaignant et se posant en victime – ça marche toujours, c’est ce qu’on appelle le tarehy mampalahelo –, il a raconté ses petits problèmes lors des négociations. Il a aussi réussi à câliner sa petite foule en la caressant dans le sens du poil : il a accusé les membres de Groupe International de Contact de néocolonialisme. En la flattant aussi par le recours au patriotisme et au refus de toute ingérence étrangère : « Non aux contraintes, à la répression et au néocolonialisme ».

Et pour bien monter sur ses grandes échasses patriotiques, il a décidé de faire savoir sa décision au Gic en la lui envoyant par internet. Ce qui peut être compris comme la suprême insulte et la marque de Son Eminence de plus jeune putschiste du monde. Il ne retournera pas à Mapouto : « S’ils osent qu’ils viennent ici et c’est ici qu’on verra la suite ». On devine ce qui est derrière cette phrase. Autour d’Antananarivo, il y a quelques villages qui s’appellent Mandrosoa. Autrefois, c’était le lieu de résidence des protecteurs de la capitale et du souverain. Les descendants de ces guerriers aiment à rappeler le nom complet de ces villages : Mandrosoarahasahy, « Entrez donc, si vous l’osez ».

Il a annoncé que l’abandon des aides extérieures est nécessaire pour ne plus être contraint ni victime du néocolonialisme, que cela posera des problèmes, mais que le peuple est prêt à les supporter. Que l’abandon de l’Agoa ne concerne « que » 70.000 emplois avec des salaires dérisoires, nouvel esclavagisme moderne. Les Malgaches peuvent être fiers de ce choix en faveur du Vrai Bonheur. On se souvient du fameux Madagasikara tsy mandohalika et du désastre économique qui s’est ensuivi. L’avenir est clair. Un journal annonce que l’euro vaudrait 2.900 ariary en 2010, le milieu économique annonce plutôt 3.000 ariary dès la fin de l’année 2009 et une belle flambée des prix en perspective !

Et puisque nous sommes dans les chiffres, il nous faut noter que les 1.500 participants à ce mini-référendum d’Ambohitsorohitra ont donc dit oui à Rajoelina à 100% et que cette hénaurme participation représente tout de même 0,0075% de l’ensemble de la population malgache. C’est un beau résultat. L’« homme fort » de Madagascar selon Rfi – cet homme fort qui ne veut plus rencontrer les médiateurs africains –, semble bien plutôt l’homme faible de la transition, comme un enfant qui frappe le sol de ses pieds devant ses petits frères et sœurs ébahis de cette détermination. Quand Radama ii avait des comportements analogues et voulait imposer ses volontés, il y avait autour de lui une classe politique responsable qui a su agir dans l’intérêt du pays. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et il n’y a plus des Andafiavaratra qui puissent agir vite et efficacement.

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Que dire par ailleurs ? Que Zafy Albert, ce champion de la liberté d’expression et de l’explosion des radios et télévisions « libres » durant son début de mandat, regrette que les médias du Fat « ne cessent d’attaquer les autres  mouvances ».

Que l’on dit que Misandrazana ne pourrait être une bonne Première Ministre, car ses sept années passées hors de Madagascar l’ont déconnectée des réalités du pays. Misa, docteure en histoire, est une des rares universitaires malgaches à avoir fait des recherches sur la période antérieure au Royaume de Madagascar du 19e siècle et qu’elle est tout à fait capable de se remettre bien vite à niveau.

Que le particule de Pety Rakotoniaina veut réserver l’action politique aux seuls politiciens patentés : « Les indépendants ne doivent plus toucher à la politique, ni se présenter aux élections, laisser la politique aux politiciens ». Ce sera sans doute inscrit dans le marbre de la future Constitution. On avait déjà ressuscité le privilège des Tsimatimanota, on va en créer d’autres plus en accord avec notre modernité.

Qu’il ne faut pas oublier qu’à Mapouto, Ratsiraka a affirmé avoir investi 100 milliards – je suppose de Francs malgaches – dans l’affaire de 2009, et que personne ne l’a démenti. Voilà l’idée d’une bonne affaire pour les investisseurs potentiels. C’est plus coûteux qu’une élection présidentielle, mais c’est plus sûr, sauf si la communauté internationale vient se mêler de nos affaires malgacho-malgaches.

Que tous les entrepreneurs ne sont pas victimes de la crise économique. Il est de jeunes et nouveaux entrepreneurs qui, il y a une quinzaine de jours, venaient régulièrement déposer dans une petite banque de la place, des sommes de vingt à soixante millions d’ariary. Pour l’occasion, ils revêtaient les uniformes de leur nouvelle profession : les treillis que l’on voit habituellement sur le dos des militaires et, sur la tête, un passe-montagne que l’on peut transformer en cagoule. Des kalach leur permettaient de protéger ces transferts de fonds. Leurs Iaris grises ont aujourd’hui perdu leur nom d’origine et sont dites maintenant des Corola. Ces entrepreneurs sont peut-être des spécialistes du camouflage. De toutes façons, Iaris grises et 4x4 blanches ont perdu de leur prestige. Pourquoi ?

Que nos Phynances… nous y reviendrons.

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