Parcours du combattant pour l’opposition

Publié le par Ny Marina

Parcours du combattant pour l’opposition

 

Nul n’est besoin de revenir longuement sur le grand écart au sujet de ce nouveau gouvernement. D’un côté, ceux qui estiment que sur la base de quelques transfuges, l’équipe est consensuelle et inclusive. De l’autre, ceux qui considèrent qu’aucune de ces défections n’a eu la bénédiction des chefs des trois autres mouvances, et que donc ce gouvernement est unilatéral. Et au milieu, comme d'habitude, le peuple malgache. Par contre, ce qui est intéressant actuellement est d’essayer de définir les scenarii qui s’ouvrent à partir de maintenant pour l’opposition. Trois voies s’ouvrent pour le groupe des trois mouvances : la collaboration, la résignation, et la résistance.

La collaboration

Tout régime a eu ses collaborateurs tirés initialement de l'opposition, que ce soit sous la colonisation à Madagascar ou sous le régime de Vichy en France. Il n’est donc pas étonnant que certains, par conviction, par intérêt ou par lassitude choisissent de changer de bord. Quelques-uns n’ont d’ailleurs pas hésité à le quitter le bâteau Ravalomanana en plein milieu de la crise, alors même qu'ils étaient censés négocier en son nom. Il est vrai que la classe politique malgache ne raisonne pas sur des projets de société (elle est incapable d’en produire) mais sur des positionnement par rapport à des personnes et des avantages. Les mêmes qui ont soutenu le mouvement insurrectionnel du Professeur Albert Zafy en 1991, avant de le trahir en 1996 ; sont les mêmes qui ont soutenu le coup d’Etat de Marc Ravalomanana en 2002, avant de le trahir en 2009 ; et encore les mêmes qui ont soutenu le coup d’Etat d’Andry Rajoelina en 2009. Avant de …

En attendant, le régime de transition essaie de racoler et convaincre tous les Malgaches de bonne volonté sur la nécessité de collaboration pour redresser la barre de la transition et placer la quatrième République sur de bons rails. La théorie est séduisante. Mais en pratique, il semble que Andry Rajoelina n’ait pas appliqué de façon pratique cet esprit de réconciliation et de collaboration tel que convenu à Maputo. Par conséquent, demander à ses opposants de s’engager dans une collaboration, mais à la condition de respecter la pensée unique (la sienne) et sa méthode égocentrique, ne s’appelle pas porte ouverte, mais souricière. Il est donc naturel que ceux qui souhaitent garder une certaine dignité refusent de tournoyer comme des girouettes au gré du vent et des motivations. 

La résignation

La résignation signifierait accepter certaines thèses qui véhiculent l'idée que pour le retour de la paix et de la sérénité dans le pays, il est préférable d'accepter de subir le pouvoir hâtif pour ne pas faire perdurer les obstacles sur son chemin. En espérant avec la foi qui déplace les montagnes qu’il nous mène vers une quatrième république triomphante, où règneraient la bonne gouvernance et la démocratie. Ces thèses invitent donc les opposants à la transition à accepter le ticket Rajoelina – Roindefo pendant 15 mois, en leur signant le chèque en blanc d’une confiance en leur compétence, bonne volonté, patriotisme et sens de l’Etat. Chèque en blanc : mon stylo est en panne… Azafady.

Nous n’avons pas des talents de devin pour savoir ce que sera le futur, mais certains faits autorisent dès à présent à des questionnements sur la capacité de ce ticket à diriger efficacement ce pays : recrudescence de l’insécurité, hausse du chômage, perte de repères au sein de la population et de l’armée, trafic et racket en tous genres, risque de moins en moins imaginaire de rupture avec les bailleurs de fonds avec ce que cela implique etc. Il est donc naturel et légitime que beaucoup s’inquiètent pour l’avenir, et que la résistance au diktat actuel soit une option jugée sérieuse pour certains.

Les possibilités de résistance 

La première possibilité de résistance, et qui est la plus intelligente, est celle qui est non violente, à travers une continuation des formes actuelles de contestation. D’une part, en utilisant les moyens diplomatiques pour convaincre la communauté internationale de continuer à soutenir le mouvement légaliste dans sa quête d’un consensus. D’autre part, en maintenant et en tentant de développer les manifestations de Magros, quitte à tenter de lancer une dynamique de grève générale et occuper la rue (Place du 13 mai ou Jardin d’Ambohijatovo ?). Cependant, on doute fort que dans le contexte immédiat, l’opposition à Andry Rajoelina aie les leviers nécessaires pour convaincre la population de se relancer dans une aventure de manifestations de rue et de grève, qui implique d’autres logiques et d’autres moyens par rapport à celle des rassemblements au Magros, plus simples et moins périlleux à mettre en place.

La seconde possibilité est la résistance violente, qui est considérée par certains comme une solution légitime face à un comportement jugé autiste de la part de Andry Rajoelina. Ainsi, la venue de détachements armés de la SADC a même été appelée comme une solution par certains pro-Ravalomanana. Toutefois, depuis le début de la crise, nous avons toujours appelé les légalistes à ne pas entrer dans le cercle vicieux de la violence, et à ne pas se rabaisser au niveau des moyens mis en œuvre par les putschistes dans leur forfait. D’autant plus que pour le moment, malgré des appels du pied de la part des trois mouvances, la motivation de certains chefs de l’armée à soutenir à n’importe quel prix Andry Rajoelina parait inamovible.  

Un pays à la croisée des chemins

Madagascar est donc à la croisée des chemins. La Haute autorité de l’Etat (HAT) a déjà défini depuis quelques jours ses nouvelles grandes lignes de propagande. Attendu que : Un, le gouvernement qui vient d’être créé est un Gouvernement d’union et de consensus ; Deux,  les défroqués récents ou rassis qui ont intégré les institutions de la Transition sont les gages de l’inclusion ; par conséquent Andry Rajoelina a donc respecté les Accords de Maputo. Du moins selon lui-même. La HAT et ses griots vont donc attendre de la Communauté internationale qu’elle en prenne acte et revienne à de meilleurs sentiments à son égard. Un tel raisonnement serait comique si la situation n’était tragique. Car en se fondant sur un tel raisonnement autiste, non seulement Andry Rajoelina et ses partisans s’enferment dans un forcing qui risque d’être coupable au vu des futurs impacts, mais en plus ils montrent un manque certain de réalisme qui sera à coup sûr déçu. Sauf si, au contraire, ce Gouvernement unilatéral a été monté en connaissance de cause de la rupture inéluctable avec les partenaires traditionnels, et se donne juste pour mission de tenir jusqu’à épuisement des réserves disponibles, pour organiser les élections comme échappatoire quand cela deviendra intenable.

La partie n’est pas aisée pour Monsieur Rajoelina, prisonnier de ses partisans et de ses encombrants alliés civils et militaires. Il s’enferme de plus en plus dans la cloche de verre de sa propre logique, et risque comme les Présidents Ratsiraka et Ravalomanana, d’en recevoir le contrecoup un beau jour. Mais encore une fois, il a les problèmes qu’il a cherchés : « qui avale une noix de coco a confiance en son anus » (proverbe ivoirien). On ne va donc pas le plaindre.

Cependant, la partie n’est pas aisée non plus pour l’opposition, qui doit rechercher les moyens de son efficacité dans un contexte peu favorable . Primo, Andry Rajoelina a déjà démontré qu’il n’hésitait pas à engager des répressions féroces (utilisation de l’armée, arrestations, intimidations…) contre les manifestations de l’opposition et ses leaders. Secundo, la population est également fatiguée de la crise, et il n’est pas évident qu’elle soit prête à s’engager dans un nouveau cycle de grèves. Tertio, l’opposition manque d’organisation, de vision et de leadership pour pouvoir être une masse critique et avoir l’envergure nationale nécessaire.

L’opposition à Andry Rajoelina est d’abord née de l’émotion, de la colère et de la réprobation créées par le coup d’Etat. Il est temps de lui donner maintenant un peu plus de tête (réflexion, tactique, vision politique) et un peu moins de cœur. Ce n'est pas avec des coups d'épée dans l'eau comme la proposition de donner l'Exécutif à l'armée qu'elle va gagner en crédibilité. Toutefois, la mouvance Albert Zafy a exprimé hier sa volonté d'organiser la direction du mouvement de contestation, en recherchant la collaboration des mouvances Ravalomanana et Ratsiraka. Affaire à suivre donc.

La seule perspective qui changera assurément la donne serait la confirmation d’un arrêt de l’accès à l’AGOA pour Madagascar, ce qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines. Cela créerait un électro-choc et une crise sociale que personne ne souhaite. Mais même si personne ne la souhaite, il semble qu’il y en ait qui se font un malin plaisir d’y marcher à grands pas. Sur un beau tapis rouge, entouré de courtisans qui font des courbettes en lui donnent du « Monsieur le Président ».

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