BRAVO RFO, BRAVO RFI

Publié le par Ny Marina

Le 10 septembre 2009

 

BRAVO RFO, BRAVO RFI

 

En ce moment où un général à la retraite ne fait pas de poésie quand il affirme que la France soutient le coup d’Etat sans oser l’avouer. Quand les conversations en ville racontent que, pour ce coup d’Etat militaro-ecclésiastique, c’est la France qui a soldé les capsates en faisant passer l’argent par Mgr Omar – lequel en a réservé une partie pour ses bonnes ou mauvaises œuvres, si l’on suit bien les affirmations qui sont diffusées. Quand, dans l’Eglise catholique, on apprend que Mgr Omar a récemment renoncé à faire une visite chez des sœurs, car elles y avaient constitué un stock de tomates pourries. Quand les mêmes milieux de l’Eglise rappellent que les bonnes sœurs, qui avaient géré les dons et l’approvisionnement des barragistes urbains favorables à Ravalomanana en 2002, ont ensuite reçu de forts coups de crosse archiépiscopaux pour cette mauvaise action. Quoi qu’il en ait été vraiment, il est évident que l’Eglise romaine traverse une véritable fièvre de cheval et qu’un vétérinaire avisé, voire même un chirurgien, devra lui apporter des remèdes de cheval.

Dans ces malheureuses circonstances d’incertitude, une bonne partie du public malgache suit avec attention ce que dit et fait la France, espérant trouver qui un démenti des suppositions les plus fréquentes, et qui leur confirmation. Et selon ce à quoi nos différents régimes nous ont habitués, les médias d’Etat sont reçus comme les voix de leur maître. Or, quel que soit le média public français, tout se passe comme si partout étaient appliquées les mêmes consignes. Dénigrement de Ravalomanana, cela va de soi, mais dénigrement plus général de ce qui est malgache. Rfo et Rfi viennent d’en fournir de quoi alimenter les supputations les plus alarmistes.

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Il y a une semaine sur Rfo à 10 heures et demi du soir, au hasard d’un nomadisme non réfléchi – c’est ce qu’on appelle le zapingue, mais je ne sais pas vraiment comment l’écrire –, je tombe sur une image du Père Saint-Jean qui, comme à son habitude, a des paroles sensées et œcuméniques. Il s’agissait d’une longue émission intitulée Razana, la vie éternelle, qui vient d’être réalisée et qui porte surtout sur le famadihana, cette cérémonie du culte des ancêtres que le discours colonial a nommé le « retournement des morts », alors que l’on n’y retourne pas les restes mortels. Quand il avait écrit son ouvrage Ancêtres et dieux, Charles Renel qui avait d’abord utilisé l’expression, l’avait ensuite corrigée. C’était au début des années 1920. La remarque n’est donc pas une nouveauté, mais la pression coloniale a toujours été si forte que rien n’a été changé dans cette désignation.

Pour ceux qui ne sauraient pas à quoi correspond cette cérémonie, disons simplement qu’elle est un rituel important du culte des ancêtres pour une grande partie du peuple. Accompli quelque temps après le décès, elle permet au défunt de quitter ce stade de la pourriture mortelle qui l’a sali et le fait accéder au rang d’ancêtre qui bénit. Sa répétition périodique, outre qu’elle permet de grandes réunions de famille et de grandes réjouissances, réactive la vitalité et la bienfaisance du défunt devenu ancêtre. On peut dire qu’à Madagascar, il n’y a pas beaucoup de morts, mais une multitude d’ancêtres.

Les Eglises et l’administration coloniale ont longtemps combattu pour faire disparaître cette cérémonie. L’un des arguments qui semblait incontestable, était que l’argent dépensé était perdu inutilement et qu’il aurait mieux valu l’utiliser pour acheter des engrais ou du matériel agricole. Comme toujours, l’argument était faux et préconisait l’achat des produits industriels de la métropole, car, en dehors du cahier de comptabilité et du crayon à bille, toutes les dépenses d’un famadihana permettaient de vivre à de nombreux secteurs de l’économie indigène. Imaginerait-on, toutes choses étant égales par ailleurs, que la France interdise tous les voyages touristiques en Thaïlande, sous prétexte que l’argent dépensé le serait inutilement et pourrait alimenter une caisse de secours pour les emplois délocalisés ?

Avec beaucoup d’images bien faites, l’émission de Rfo ne nous a rien appris de solide et de fondé sur le famadihana. Par contre, passant de cette cérémonie des hauts plateaux à la côte est, l’on y voit, autre belle image, un tangalamena à qui le traducteur fait dire qu’il est un « sorcier ». Et l’on a un long développement sur la sorcellerie. L’on est là en plein dans le discours colonial de péjoration de ce qui, dans la culture malgache, est une activité bienfaisante. Pour la pseudoscience coloniale, tout ce qui n’est pas explicable selon Diderot et ni positiviste selon Auguste Comte doit être combattu, du moins à Madagascar car, en France, on ne voit pas combattre ni la pratique des horoscopes, ni la cartomancie, ni la vraie sorcellerie dans les campagnes.

Or, qu’est-ce qu’un Tangalamena ? C’est, sur la côte est et le gradin forestier, un chef de grande famille qui assure les relations avec l’au-delà et dirige les cérémonies nécessaires aux rituels. C’est quelqu’un qui fait le bien. Il n’a rien d’un sorcier. Un Tangalamena ne sera jamais donné comme étant un mpamosavy ou un mpamorika. Cela importe peu à nos producteurs des médias, largement financés par les chaînes publiques et, au nom de l’exception culturelle, par la Caisse Nationale du Cinéma.

Agrémenté de bonnes petites phrases empruntées au père Saint-Jean, à des pasteurs malgaches – pas toujours les meilleurs intellectuels – et inévitablement du tgviste père Pedro, le texte de l’auteur que cautionne Rfo, fait un salmigondis ou un patchouorque – en malgache, on dit un bemiray – de pseudo connaissances cueillies à droite et à gauche, qui ne donneront au téléspectateur aucune assurance dans son approche du famadihana. Mais il y a plus. L’auteur tombe en politique et dans le dénigrement de Ravalomanana. Pensez bien, un pays où un enfant sur deux ne va pas à l’école ! Un pays où les gens sont pauvres ! Ravalomanana en est totalement responsable. Notre auteur ou, si je ne me trompe, notre auteure développe les thèmes à la mode. A vraiment nous dégoûter de Rfo. Plaignons le bon père Saint-Jean d’avoir été mêlé à une telle escroquerie. Je ne plaindrai pas les protestants, car je me suis laissé dire que, dans la bonne lignée des missionnaires du 19e siècle, la Fjkm fait maintenant signer aux étudiants en théologie l’engagement de combattre toutes les coutumes dites superstitieuses.

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Dans notre revue, Rfi accompagne bien Rfo. C’était le lundi 7 septembre entre 12h30 et 13h, heure malgache, dans l’émission intitulée « C’est pas du vent ». Une « émission hallucinante », me dit l’un de mes amis. Il m’écrit : « Une reportère de cette bonne maison, dont j’ai oublié le nom, mais que l’on pourrait appeler Bécassine aux bas verts (couleur écolo), vient encore nous jouer la romance de Daewoo et Ravalomanana bradant les terres de ces pauvres paysans malgaches aux vilains Sud-Coréens. En fait, la reportère est chargée visiblement d’enfiler les couplets dans le style de la voix de son maître, en reprenant tous les poncifs qui ont servi d’argument au coup d’Etat, depuis la "tuerie" du 7 février, en continuant par les deux (sic) Force One du président, la censure généralisée que celui-ci faisait régner sur les médias, la misère d’une paysannerie spoliée de ses terres ancestrales, etc. »

La désinformation est évidente, quand la reportère de cette bonne maison affirme que Ravalomanana, n’en ayant sans doute pas suffisamment d’un, s’est acheté « un deuxième jet privé ». Laissant en outre entendre que, pour le contrat avec Daewoo, il avait sans doute touché des pots de vin. En utilisant les mêmes méthodes, on pourrait se demander par quel lobi occidental cette reportère a été financée pour combattre les Sud-Coréens. Je ne le ferai pas, certain par ailleurs que si Pierre Mendès-France et le Général de Gaulle ont lancé la décolonisation, beaucoup de Français dans le peuple restent attachés à leur ancien pré carré dans le monde, comme cette journaliste d’une chaîne publique demandant à Joyandet il y a quelques mois pourquoi la France laissait les Sud-Coréens occuper des terres qui pourraient l’être par des Français !

La jeune Bécassine fait fonctionner le micro-campagne – il n’y a pas de trottoir dans ces régions –, mais ne trouve aucun paysan qui se plaigne d’avoir été spolié ou d’être incommodé par les réserves forestières et les exploitations minières, que ce soit à Ambatovy, au Cap Masoala ou à Fort-Dauphin. Mais cela ne lui fait pas changer son discours. Elle a appris son catéchisme et n’en démord pas. Et semble avoir la totale approbation de Lucile Allorge, la fille de Pierre Boiteau, ou d’une responsable de défense de l’environnement. Je dis bien « semble », car aucun de ces docteurs de l’Eglise environnementale n’a vérifié le montage qu’a fait Bécassine. Cette France est bien catho-laïque et d’esprit sectaire et colonial.

Bécassine aux chaussettes vertes se rabat finalement sur les sites miniers de l’Anosy et de la Côte Est pour en dire beaucoup de mal, mais elle n’arrive pas à trouver le bon témoin à charge. Critique convenue du grand capitalisme étranger évidemment. On se demande comment un gouvernement malgache pourrait développer le pays et dégager les ressources à un volet social (santé, enseignement…) sans faire appel à de grandes sociétés pour les investissements nécessaires.

Bécassine ne dit pas un mot des études d’impact environnemental faites par QMM dans la région de Fort-Dauphin il y a déjà trente ans sous Ratsiraka et de leurs applications actuelles. Elle critique Dynatec à Ambatovy, mais néglige de dire ou cache volontairement que Dynatec va verser régulièrement 100 millions de dollars à l’Etat malgache, c’est-à-dire 5% du budget malgache. QMM et autres sociétés qui ont procédé à des investissements monstrueux, devraient aussi alimenter le budget de l’Etat. Rien sur les investissements d’Orange d’un montant de 170 millions de dollars pour établir la liaison par le câble sous-marin, ni sur ses projets de créer des centres de formation pour tous les emplois que génère internet. Mais si le câble est arrivé à Toamasina, il n’est toujours pas autorisé par l’administration à être relié au reste du réseau.

Bécassine n’en dit rien. Elle a aussi un petit couplet, aidée en cela par la responsable d’association malgache qui fait part de son expérience personnelle, sur la précarité du statut des terres. Depuis longtemps, on sait bien qu’il faut sécuriser les terres pour empêcher les spoliations et les escroqueries. C’est pourquoi Ravalomanana avait commencé à créer des « guichets fonciers » dans les districts pour délivrer des certificats aux propriétaires traditionnels des terres. Rien n’est dit de cette initiative qui aurait le tort de montrer que la politique ravalomananienne n’était pas totalement et absolument négative.

Faut-il penser que le personnel de Rfi est démocratiquement recruté parmi tous ces jeunes qui sont sortis sans diplômes et tout nus de l’enseignement ? Et que ce sont eux que l’on envoie en mission dans les pays sous-développés où l’on n’aurait pas besoin d’anciens élèves des grandes écoles ?

Mon ami conclut : « Bref, c’est du n’importe quoi et on ne fait pas mieux pour brouiller les pistes en mélangeant le vrai et le faux : c’est ce qu’on appelle de la désinformation, sans doute pour voler au secours du "couple chéri", décidément dans une fort mauvaise posture ».

Si à Rfi et Rfo, on ajoute encore Bourgi qui est aussi venu à Madagascar, on comprend que mes amis aient quelques raisons de déceler la main invisible de Reny malala, mais ce matin, j’apprends par Rfi que la France n’apprécie pas que les dernières initiatives de Rajoelina et de Roindefo n’aient pas respecté l’esprit de Mapouto. Les enfants ont souvent du mal à comprendre que leurs parents veulent pour eux qu’ils deviennent adultes. Ce qui n’empêchera pas le voisinage de pratiquer la sorcellerie et la désinformation.

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ndrina rakoto 04/10/2009 16:17


Finalement, je m'abstiendrai de commenter ... Vous êtes "ravalomananiste" jusqu'au plus profond de vos entrailles, autant faire l'économie du temps à vous convaincre que par moments, vous avez tort
et que Becassine a raison ...


asa2009@live.fr 13/09/2009 12:15

Le début j'ai bien aimé.
Après, Ravalomanana, les grands contrats ...j'ai trouvé que vous adopter la même stratégie que ce que vous interpellez dans la première partie.
Je me trompe peut être mais je me pose des questions sur les vrais bénéficiaires dans le foncier, le rendement pour l'état malgache dans les grands contrats? Ont ils été négociés dans l'intérêt du pays?