Constitution et pratique institutionelle

Publié le par Ny Marina

22 septembre 2009

Constitution et pratique institutionelle

Classé dans : Analyse, Opinion, Politique — Ndimby A. @ 3:00
Tags: crise de 2009, Madagascar, Razandry

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter un nouveau texte du contributeur Razandry, qui nous invite à constater le grand écart entre théorie et pratique en matière de respect de la Constitution.

Ndimby A.

__________________

Combien de nos responsables, (Président de la République, Premier Ministre, ministres, sénateurs, députés, chefs de région, maires…) ou décideurs ONT BIEN LU notre Constitution actuelle (ne parlons même pas de celles d’avant), comme l’a souligné Ndimby récemment ?

Imaginez un match de football où la quasi-totalité des protagonistes (joueurs, entraîneurs, spectateurs, journalistes…) ne connaissent pas les règles du jeu –c’est-à-dire la Constitution– et un arbitre complètement absent !! De surcroît, le peu de responsables qui connaissaient ces règles ont été les premiers à les avoir foulées aux pieds : avant une crise, pendant une crise, après une crise… et rebelote la crise !!! C’est le cas de Madagascar depuis bien de décennies ALORS QUE BEAUCOUP DE RESPONSABLES POLITIQUES MALGACHES MÉRITENT UN CARTON ROUGE DÉFINITIF !!

CECI N’EST PAS UN RÊVE ; C’EST PARCE QUE DES PAYS ONT SCRUPULEUSEMENT RESPECTÉ LEURS LOIS QU’ILS ONT RÉUSSI BRILLAMMENT. EN CONSÉQUENCE, SAVONS-NOUS, MALGACHES, CE QUE NOUS VOULONS ?

Cet article est avant tout un éclairage aux jeunes Malgaches qui se préparent ou qui s’intéressent aux affaires publiques. C’est juste une introduction pour que d’autres compatriotes, mieux à même de le faire, puissent disséquer aux lecteurs les points-clés de la Constitution actuelle (et mieux comprendre aussi les changements ultérieurs qu’on voudrait y apporter).

Enfin, à tous ceux qui gardent la foi en l’avenir de notre pays, que ces modestes réflexions puissent les encourager.

LA POUDRE DE PERLIMPIMPIM

Une Constitution ne vaut que par les Hommes en charge de l’appliquer. Un État de Droit, c’est avant tout un strict respect des Lois et leur application rigoureuse, en premier lieu la Constitution.

A Madagascar, les violations répétées de la Constitution –particulièrement lors des changements de régime et ces dernières années– ont ouvert irrémédiablement « la boîte de Pandore » : lors des 40 dernières années, les crises politiques majeures ont toujours mué en crises institutionnelles chroniques à cause du NON-RESPECT RÉCURRENT DE L’ÉTAT DE DROIT, d’où des sorties de crise bancales qui alimenteront les prochaines crises devenues cycliques. Madagascar est engagé dans ce cycle institutionnel infernal, depuis 1960, aggravé par une pauvreté galopante.

Les multiples usages de la force brutale pour y remédier, mâtinés de retoilettages constitutionnels successifs, ressemblent à de la « poudre de Perlinpinpin », ne s’attaquant guère aux « maux réels » du pays : lois continuellement bafouées, décollage économique inexistant, népotisme politico-économique d’État d’où une redistribution inique des maigres richesses produites… sans parler des effets induits : misère criante, corruption institutionnalisée & socialisée, non-respect de la « chose publique », gabegie générale, médiocrité indélébile…

A un cancer institutionnel, politique, économique et social métastasé, nos dirigeants ont toujours eu recours à l’aspirine, si tant est qu’une solution ait été prise d’où LE BILAN CATASTROPHIQUE DE NOTRE PAYS, LAISSÉ PAR CES DIRIGEANTS SUCCESSIFS, APRÈS 50 ANS DE SOUVERAINETÉ RETROUVÉE.

MADAGASCAR, ETERNEL SISYPHE ?

L’observation et l’application rigoureuse des Lois, c’est-à-dire des « règles du jeu », demeure une condition sine qua non de la survie d’une Nation et de son développement.

Tel Sisyphe (dans l’Odyssée), condamné à faire rouler éternellement un rocher jusqu’en haut d’une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet, nos responsables iront toujours tous les 6 ou 7 ans à Dakar I, à Dakar II, à Maputo I, à Maputo II, au Panorama, au Hintsy, bref à Canossa 36… pour redéfinir éternellement les règles du jeu –en les bafouant à la première occasion– si cette vérité première n’est pas respectée.

Le cas pourrait prêter à sourire s’il n’y avait pas –À CHAQUE FOIS– des centaines de morts directement causés par les violences, des dizaines de milliers d’emplois perdus, une économie exsangue, une indiscipline généralisée, un appareil d’État en léthargie, des dizaines de milliers de Malgaches frappées de mort lente à cause de la pauvreté, une solidarité nationale et familiale en lambeaux, un peuple de zombies ayant perdu foi dans son avenir, la risée des autres pays, une misère criante… dans laquelle s’enfonce de plus en plus Madagascar au fil des ans, des crises et des décennies.

Dans le même temps, les autres nations avancent… accentuant encore leurs écarts énormes avec Madagascar et ce, sur tous les plans.

4 Constitutions en 50 ans : qui dit mieux ?!

En 50 ans, notre pays a connu 4 Constitutions : la Constitution du 29 avril 1959, la Loi référendaire du 7 Novembre 1972, la Constitution du 21 Décembre 1975, la Constitution du 19 Août 1992 sans compter les retoilettages, ici ou là. Et l’on se dirige, à présent, vers une cinquième Constitution !! S’il y avait des « Jeux Olympiques de l’instabilité constitutionnelle et de la dégringolade vers la pauvreté », nous serions assurément pas loin de la médaille d’or sur les 50 dernières années !!

Si le problème de Madagascar était d’ordre constitutionnel stricto sensu, il eut suffit de « copier-coller » la Constitution des Etats-Unis pour que Madagascar devienne une très grande puissance mondiale. En outre, ce n’est pas en donnant une Ferrari à un conducteur de charrette que ce dernier va gagner une course de Formule 1! Les raisons véritables de notre régression rapide et durable sont donc ailleurs.

Préparation, volonté, caractère

En effet, il y a 3 MOT-CLÉS pour diriger un pays : préparation, volonté, caractère. Premièrement, se préparer à une responsabilité, comme dans tout métier, requiert de la persévérance, de la connaissance, de la culture, du savoir-faire, du savoir-être, de l’intelligence, de la patience, de la curiosité intellectuelle, de LA SAGESSE… donc DU TEMPS utilisé à bon escient.

Deuxièmement, le(s) responsable(s) a-t-il une réelle volonté de faire avancer les choses ? Ou va-t-il(s) employer son temps et sa fonction à vendre les pièces détachées de la Ferrari, faute de ne pouvoir la mettre en route, nonobstant ses « petits ou gros business » ?

Troisièmement, a-t-il(s) un minimum de caractère pour décider, en son âme et conscience, et ne point succomber aux « délices » du « marimaritra iraisana » qui est tout le contraire de l’État de Droit sans parler des compromissions, combines, magouilles, immobilisme, mensonges, démagogies… y afférents et mis en exergue par la pratique malgache des 50 dernières années ?

DÉCIDER VITE, DÉCIDER BIEN

La France ne serait pas la France sans Richelieu, Bonaparte, Charles de Gaulle… ; l’Allemagne ne serait jamais devenue une grande nation sans Frédéric II de Prusse, Otto von Bismarck, Adenauer… ou la Russie sans Pierre le Grand, Cathérine II…, la Grande Bretagne sans Henri VIII, Disraéli, Gladstone, Churchill…, ou les Etats-Unis sans George Washington, Lincoln, Kennedy…, ou encore le Japon sans l’Empereur Meiji…, ou la Chine sans Chou En Laï, Deng Xiao Ping…

Le point commun de ces hommes d’État est de ne pas avoir été des adeptes fervents du « marimaritra iraisana » dans les affaires d’État. Cela ne veut pas absolument dire qu’ils n’écoutaient point les doléances et aspirations de leur peuple. Bien au contraire, Charlemagne prenait le temps d’écouter patiemment ses sujets sous son chêne, distribuait des prix aux bons écoliers et réprimandait les mauvais ; Saint-Louis se faisait un devoir de laver personnellement les pieds de ses Croisés.

A partir de 1881, le Prince von Bismarck, Chancelier de fer et hobereau prussien, mit en place la Sécurité Sociale allemande qui sert toujours de référence planétaire en la matière (c’est-à-dire, 64 ans avant la création de la Sécurité Sociale française par le Général de Gaulle, en vertu des ordonnances du 4 Octobre 1945) ; Andrianampoinimerina –sous le figuier royal d’Ambohimanga– s’informait par mille questions de la vie quotidienne des Tsimahafotsy, leur prodiguait mille conseils, y rendait une Justice sévère mais juste et pleinement acceptée par ses sujets.

Mais quand il fallait trancher, ils tranchaient VITE ET BIEN, l’exercice du pouvoir d’État ne pouvant souffrir ni d’approximation, ni de lenteur, ni d’indiscipline, ni d’injustice et encore moins de médiocrité… « Il n’y a pas de mauvais soldats ; il n’y a que de mauvais chefs » disait Napoléon.

AMBITIONS À VIVIFIER

En conséquence, faudrait-il que nous, Malgaches, sachions ce que nous voulons vraiment comme responsables : de beaux parleurs ou des compétents, des cleptomanes ou des serviteurs de l’État, des politicards ou de VRAIS CHEFS !! Après nos derniers grands souverains qui ont fondé l’État malgache au début du 19e siècle, Andrianampoinimerina et Radama I (Radama the Great disent les historiens Britanniques et Américains), Madagascar attend toujours de vrais chefs !!

Est-ce dû à un problème d’éducation ou à un manque d’ambitions et ce, à tous les niveaux… ? Avons-nous ainsi les dirigeants que nous méritons ? Si OUI, Madagascar est donc condamné. Dans le cas contraire, à chacun de faire face à ses responsabilités et d’agir en conséquence.

Première règle d’un État de Droit : le Président de la République, le Premier Ministre, les Ministres, les responsables de l’État –entre autres– doivent d’abord connaître sur le bout des doigts leurs attributions, leurs prérogatives constitutionnelles.

Deuxième règle d’un État de Droit : ils doivent respecter scrupuleusement l’Esprit et la Lettre de la Loi pour éviter l’arbitraire, terreau par excellence de l’anarchie, de la démagogie (« PSD izahay mandra-pahafatinay », « Ohé Ohé », « Minoa fotsiny ihany » etc…) et de la misère.

En comparaison, on imagine mal un capitaine d’équipe de football et ses coéquipiers prendre part à un match sans connaître les « règles du jeu », les critères requis et ce, afin de ne pas être la risée des adversaires et des spectateurs !!

TRÈS URGENT : DE VRAIS CHEFS AUX COMMANDES !!

Il faut donc au Président, au Premier Ministre, aux Ministres… un minimum de volonté, de courage et d’honnêteté pour prendre les décisions qui s’imposent. Il leur faut surtout de saines ambitions pour faire avancer réellement le pays, en gardant en mémoire ce vieux proverbe chinois : « Quand le Sage montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt ».

Madagascar a tant besoin de VRAIS CHEFS, VISANT HAUT ET SE TENANT DROIT, ne recourant point à la mendicité et à l’apitoiement d’un Univers qui se lasse de notre médiocrité.

Les Chefs qu’on attend ont l’ardente obligation de partager la peine et la fierté du TRAVAIL BIEN FAIT à tous les niveaux, pour assurer une vie décente à l’ensemble de la population malgache, méritant ainsi l’estime et la confiance des autres peuples.

« TSY MBA ITIAVAKO VADY AMAN-JANAKA ITY TANY ITY, TSY MBA ITIAVAKO OLON-TIANA ; NA IZA TIAKO NA IZA TIAKO, RAHA HOMANA NY VAHOAKA KA MAKA NY ZAVATRA TSY FOINAREO, DIA MATIKO !» (Voalohan-toky nomen’Andrianampoinimerina ho an’ny Tsimahafotsy, Ambohimanga, 1787).

Commenter cet article