LA HONTE A BOIRE JUSQU'A LA LIE

Publié le par Ny Marina

Le .28 septembre 2009

LA HONTE A BOIRE JUSQU'A LA LIE

 

Je parlais dans ma chronique précédente du passage de la Justice à la justice. Sans doute m’étais-je trop vite emballé, car le Syndicat de la Magistrature vient de rappeler à tout le monde par un communiqué du 24 septembre que « tout magistrat est personnellement et pleinement responsable de ses décisions judiciaires ». Cela me rassure. La présidente d’hier n’est sans doute pas une pasionaria du changement pour le changement. Elle est « personnellement et pleinement responsable » d’une décision judiciaire qui lui a coûté, qu’allais-je dire ?, qui lui a coûté beaucoup de temps. Mais ce qui m’inquiète, ce ne sont pas les rumeurs qui ont fleuri dans le jardin du tribunal, c’est que le Syndicat « attire l’attention des Magistrats sur les obligations permanentes d’impartialité, ainsi que l’indépendance du Magistrat du siège, pour préserver l’ordre public, et toujours œuvrer dans le respect de l’Etat de droit, pour assurer la crédibilité de la justice ». Oui, le Syndicat se contente seulement d’« attirer l’attention ». Ça ne me rassure pas complètement. Ni non plus qu’il se sente obligé de le faire.

La grande question du jour ne concerne pas la justice, mais l’honneur de la nation. Ou, disons, l’honneur du pays, l’honneur de la patrie, si le mot nation est aujourd’hui galvaudé par ceux qui s’en prétendent les défenseurs.

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Je supposais que notre plus jeune putschiste du monde et plus jeune président non-élu du monde était peut-être aussi le plus inexpérimenté du monde. Cela lui fait beaucoup de titres, mais il ne peut pas encore rivaliser avec la titulature impériale des Habsbourg-Lorraine d’Autriche. Comme il semble admis par un grand nombre de gens non-Hâtifs qu’il soit amené à conserver encore ses titres, on aurait pu espérer que « Monsieur le Président » aurait été le plus capable de comprendre ce que veut dire gouverner un pays et capable de faire des progrès dans le rôle qu’il tient tant à conserver sur la scène internationale. Ces espoirs viennent malheureusement d’être déçus.

On savait déjà par un de ses conseillers – car il est évident que son entourage n’est pas seulement composé de dangereux voyous et d’ânes bâtés et, exception qui confirme la règle, il est certain aussi qu’on peut y rencontrer des patriotes pensant plus à l’intérêt général qu’à se raccrocher au nationalisme de grand-papa pour défendre de minables intérêts –, on savait donc par un de ces derniers conseillers que la Hat est majoritairement « composée d’une bande d’amateurs qui pensent qu’on peut gérer le pays, comme on le ferait d’une épicerie ».

Un exemple : sitôt arrivés au pouvoir de fait, Rajoelina et les Hâtifs convoquèrent le patron à Madagascar de Sherritt International Corporation, cette société qui installe l’exploitation du nickel à Ambatovy et qui doit verser à l’Etat malgache à partir de 2010 une redevance annuelle de cent millions de dollars américains, soit 5% du budget de l’Etat prévu par la loi de finances votée en 2008. Le propos tenu à ce grand patron se résumait à lui dire : « Nous ne savons pas dans quelles conditions exactes vous avez signé votre contrat, mais on suppose que vous avez dû largement le monnayer. Maintenant, il faut que vous payiez ». Le propos était clair.

Le grand patron ne fut pas effrayé. Il envoya le compte rendu de la demande à, si je ne me trompe, Sumimoto – lequel est le grand actionnaire japonais de Sherritt. La machine japonaise dont on sait combien elle est efficace et rigide, mais dont on sait aussi qu’elle sait bien faire fonctionner le téléphone, se mit aussitôt en route. Ce grand actionnaire appela donc aussitôt le Premier Ministre japonais de l’époque – celui qui vient de perdre les élections. Lequel Premier Ministre, comme il connaît bien aussi la géographie, appela aussitôt l’Ambassadeur du Japon à Antananarivo et lui tint ce propos : « Je mets l’embargo total pour toutes les discussions avec les Malgaches ». Et dès lors, l’on ne vit plus aucun Sosonify dans les réunions de la capitale. Il lui dit aussi – argument d’importance – d’expliquer à la Hat que « si elle se permettait de toucher aux intérêts japonais dans la Grande Île, nous ferions en sorte que Madagascar reste sous-développée pour le siècle à venir ».

Et pour qu’il n’y ait pas que des paroles dont on sait qu’elles ne sont pas toujours respectées, il les mit par écrit, les expédia à Antananarivo et demanda que l’on s’arrangeât pour que leur copie soit remise entre les mains de certains de nos Hâtifs. On ne m’a pas dit si nos très chers Hâtifs ont été confus et honteux – on ne sait pas s’ils sont capables d’avoir de tels sentiments –, mais l’on peut supposer que ces épiciers ont dû renoncer à leurs petits et gros profits, du moins s’agissant des Japonais. Peut-être n’ont-ils pas encore compris que, pour la défense de leurs principes, les gouvernements dans un Etat peuvent changer, mais que les politiques ne changent pas. Vont-ils essayer de revenir à la charge avec le nouveau gouvernement japonais ? Un gouvernement étranger pourrait-il donc s’ingérer dans nos affaires malgaches et nous interdire de bénéficier d’une juteuse corruption ? Et puisque l’on vit d’espoir, on peut encore espérer qu’ils ne le penseront pas et qu’ils n’en feront rien.

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Plus visible aux yeux de l’opinion, la reconnaissance de Rajoelina et de la Hat par le machin onusien. Depuis quelque temps, Annick Rajaona qui est chargée de la communication du grand Fat, essayait de démontrer au grand public que l’Onu, donc la communauté internationale, commençait à reconnaître le Dj, puisqu’il avait été invité aux réunions de chefs d’Etat prévues à New-York. Tout était en bonne voie, puisque notre Fat allait pouvoir exprimer la volonté du vahoaka malagasy. A Madagascar, tout fut bien préparé et les discours écrits. Pour être sûr qu’il allait bien jouer son rôle, on le lui a même fait répéter avant son départ et on l’a même enregistré sur vidéo.

Il faut dire aussi que son entourage était inquiet. Comme le constatait l’un de ses ministres, « l’homme fort de la Grande Île » selon Rfi est physiquement épuisé, flapi et comme paralysé. « C’est en vain, nous disait-il, que l’on essaie de le remettre au travail ». Se souvenant de l’échec de Bruxelles, son entourage était aussi plus qu’inquiet de cette visite à l’Onu et lui avait déconseillé de s’y rendre. Ratsirahonana, ce vieux renard que l’on ne menace pas et qui veut être jugé sur ses résultats, ne voulait pas être du voyage. Etait-ce qu’il en avait déjà mesuré les effets dévastateurs et ne voulait pas en sortir déconsidéré ou, comme d’autres le prétendent, qu’il était en train de mijoter l’aspect juridique du prochain coup d’Etat ? On ne saurait trancher.

Annick Rajaona mobilisa donc Reuters et tous les journalistes et polygraphes internet possibles. Ban Ki-moon invitait Rajoelina – ce qui montrait bien que la reconnaissance était en route. « Naturellement, disait la porte-parole d’Ambohitsorohitra, cette (invitation) témoigne d'une certaine reconnaissance du gouvernement d'union nationale que nous avons mis en place ».

De son côté, Jeannot Ramambazafy, ce journaleux qui n’a de vrai talent que pour faire son auto-promotion, se mit à la tâche sur Madagate le 18 septembre : « On n'invite jamais ceux que l'on ne reconnaît pas ou que l'on ne reconnaît plus ». Et il déroule le programme : déjeuner officiel le 22 septembre, sommet sur le changement climatique, débat général de la 64e session de l’Assemblée Générale à partir du 23 septembre, prise de parole de Rajoelina le jeudi 24 septembre en douzième position. Il y avait même un repas avec Barack Obama. Et l’incorruptible petit Jeannot de se moquer de la déconvenue des opposants à Rajoelina. Le grand Fat allait triompher et être reconnu par la Communauté Internationale. L’on sait bien que tous les chemins mènent à Rome. Pour Rajoelina, tous passent par Paris où il séjourna le dimanche 20 septembre. Le soir vers 20 heures, quand tous les chats commencent à être gris, il reçut un important visiteur qui demandait l’anonymat et qui ne pouvait pas le recevoir dans l’immeuble où il travaille. Dans l’entourage du Fat, l’on ne sut pas longtemps garder le secret, tant la personne représente cette mère chérie qui lui manque beaucoup. On apprit donc qu’il s’agissait de Claude Guéant. On comprend qu’il ait requis l’anonymat, mais le vice-roi, lui, a pu comprendre que la discrétion n’était pas la première qualité des transitionistes. Une conclusion, déjà prête à être explicitée, pouvait donc surgir au grand jour : la présence de Rajoelina à l’Onu était « une belle victoire de la diplomatie française, discrète et efficace quand il s’agit d’utiliser toutes les possibilités pour imposer son poulain à la face du monde ».

Le grand Fat arrive donc à New-York.

A Antananarivo, La Vérité-sic du 24 septembre détaille la liste ses entretiens de la veille : Hailé Meinkerios, Secrétaire Général adjoint des Nations unies, et Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine, et, dans la soirée, un tête-à-tête avec Mouammar El Kadhafi. La reconnaissance était en bonne voie, même si rien de rien n’avait filtré de ces rencontres.

En fait, c’est de trois gifles que Rajoelina va être gratifié : 1) Obama ne lui a pas envoyé de carton d’invitation pour le repas qu’il offrait aux chefs d’Etat africains. 2) Ban Ki-moon n’a pas répondu à sa demande d’audience. Et 3) le discours à la tribune onusienne, d’abord renvoyé au lendemain, fut ensuite annulé.

Plus qu’une gifle le jeudi 24, Rajoelina a été vraiment une nouvelle fois foudroyé comme à Bruxelles : il devenait persona non grata à l’Onu – la formule est employée par Rfi –, il n’y ferait pas de discours à la tribune de l’Assemblée Générale, Ban Ki-moon non seulement ne le recevrait ni pour le repas officiel ni même simplement pour parler, il ne serait pas non plus du repas offert par Obama. Ce même jeudi, vers 18 heures, beaucoup de téléspectateurs à Antananarivo qui attendaient la retransmission en direct depuis la tribune des Nations Unies à New York, du discours du président de la Haute Autorité de la Transition, en furent pour leur frais. Et, comble des combles, l’on apprit aussi que son message sur le changement climatique qui avait été enregistré et passé à la télévision avant même d’avoir été prononcé à New-York, plagie un discours fait en 2007 par le vice-premier ministre du Luxembourg !

On dit que notre jeune prodige ne veut pas s’attarder aux Etats-Unis et qu’il veut vite rentrer par Paris pour y prendre conseil et rencontrer Didier Ratsiraka. Va-t-il demander à l’Elysée un assistant technique pour lui préparer ses discours, maintenant que les Razanamasy, Ratsimandresy et Rabetafika ne sont plus parmi nous, car les copieurs/colleurs sont facilement décelables et détectables. Ah ! Il est bien difficile d’innover. Quant à Claude Guéant, lui-même – ou l’un de ses substituts momentanés, maintenant que son rôle est connu – ira-t-il anonymement le voir dans son hôtel à la nuit tombée ?

Plus que cette question de la France, il est d’abord préférable de se demander le pourquoi de ces décisions onusiennes. Rajoelina et ses complices se sont eux-mêmes marqués par la tache du péché politique originel. Les Etats-Unis ne peuvent que se souvenir de la véritable déclaration de guerre faite par la transition le 17 mars 2009 : méprisant la Convention de Vienne, les capsates de Rajoelina ont braqué des armes chargées sur l’Ambassadeur américain, le Nonce apostolique et l’Ambassadeur sud-africain. Ils ont également profané la bannière étoilée de la voiture de l’Ambassadeur. C’est en fait un véritable casus belli. Rajoelina et ses complices, me dit un des conseillers de la Transition, ont payé les journalistes malgaches pour qu’ils déforment la réalité des faits et défendent le coup d’Etat. Le plus grave, dit ce même conseiller, c’est qu’aujourd’hui ils croient leur propre mensonge et pensent pouvoir faire l’économie de la communauté internationale. Ils n’ont pas saisi que derrière le Congo et la Sadc, ce sont les Etats-Unis qui dirigent la manœuvre.

Quant à la maman chérie, si l’on entend bien ce que dit la personne à qui le président Charkouz – ce serait la prononciation malgache d’un nom hongrois à l’origine – a confié l’affaire malgache, il ne faut pas laisser détruire l’outil industriel qu’avait monté Ravalomanana. On ne peut en refaire autant en peu de temps. Si, dit cette personne, Ravalomanana doit des impôts et a des dettes vis-à-vis de l’Etat malgache, eh bien ! qu’il les règle et se mette à jour. Mais nul, s’il est sensé, ne peut admettre que cette industrie disparaisse du jour au lendemain.

La France, comme le Japon d’ailleurs, est prête à aider au développement de la Grande Île. Pointe de Sagaie communique sur la venue de trois personnes du secteur privé français et se trompe tout à fait sur la politique à mener : il voudrait que ses invités mènent « des actions visant à améliorer l’image de Madagascar », alors que ces actions, c’est au gouvernement malgache de les mener. Dans le même temps, l’on n’a rien dit d’une autre petite délégation disposant d’énormes capitaux : pour elle, Madagascar est un pays merveilleux et dispose d’atouts importants. Ce qui manque en ce moment, c’est la stabilité politique, le respect des droits de l’homme et tout ce que nos transitionistes foulent allègrement aux pieds. C’est mettre fin au pouvoir de nuisance qu’ont quelques politiciens ayant chacun une faction d’une cinquantaine d’hommes de main derrière eux.

Quoi qu’il en soit, après ce voyage à New-York, nous savons que l’Onu a reconnu que Rajoelina n’est qu’un saltimbanque qui veut jouer un rôle au théâtre des nations, mais que le bâtiment onusien n’est pas le théâtre qui lui convient. Et ce sont des propos de saltimbanques que tiennent les Hâtifs des forces de changement qui, selon La Vérité-sic ont « officiellement déclaré persona non grata les membres du Groupe International de Contact » ! Quant au génial Pointe de Sagaie, pour qui rien ne se fait sans monnayage et cotisation, il accuse le Président Ravalomanana d’avoir acheté les gouvernements de la Sadc ! C’est avec impatience que l’on attend ce que va pouvoir commettre Jeannot Ramambazafy.

Devant un tel public à Ambohitsorohitra, que va faire Rajoelina, demain mardi quand il sera de retour au pays ? Va-t-il fanfaronner et dire que les volontés du vahoaka ne sont pas discutables et autres balivernes auxquelles les transitionistes nous ont habitués ? Ou bien va-t-il enfin reconnaître que nous sommes dans une impasse et que pour en sortir, il va falloir… En somme, nous fera-t-il une confession publique et télévisée, prendra-t-il sur lui le déshonneur dans lequel il nous a tous plongés et boira-t-il la honte jusqu’à la lie après la manifestation de son impuissance face à la communauté internationale ?

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