LES MAILLONS FAIBLES DE LA TRANSITION

Publié le par Ny Marina

Le 07 octobre 2009

 

LES MAILLONS FAIBLES DE LA TRANSITION

 

 

La saison des pluies est-elle déjà commencée ? On peut se le demander. Il a beaucoup plus lundi soir et il a beaucoup plus mardi soir, pendant que je dormais. Il pleuvait toujours quand je me suis réveillé. Il est maintenant une heure du matin le mercredi, la pluie a cessé et Rfi nous annonce que l’on serait enfin parvenu à un accord et que « l’homme fort » de Madagascar resterait le grand patron. Sans doute, Rfi sera-t-elle plus disserte dans une demi-heure dans l’édition africaine du journal, car Sobika.com n’y ajoute avec précaution qu’Emmanuel Rakotovahiny serait vice-président du gouvernement et Eugène-Régis Mangalaza Premier Ministre, mais que la mouvance Ravalomanana n’aurait pas encore donné son accord. Depuis deux jours, j’avais repris pour le lire avec attention son livre : Vie et mort chez les Betsimisaraka. Je vous en reparlerai. Lui aurais-je porté chance ? Rfi vient de conforter l’annonce de Sobika. Il a recommencé à pleuvoir. Attendons demain pour en savoir plus, mais il n’est pas inutile de revenir sur ce qu’on disait en ville au cours du mercredi.

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Le Groupe International de Contact élargi se tenait donc à Antananarivo ce mardi. On s’attendait au pire. Les jours précédents, le Pr Radanoara, ancien ministre de Jacques Sylla, Serge Zafimahova qui a beaucoup travaillé pour Madagascar au moins depuis 1991, et Joséphine Rakotoarijaona – Noro pour les intimes – dont le papa fut un proche de Richard Ratsimandrava avant de devenir Premier Ministre sous la IIe République, avaient dans les médias dénoncé toutes les erreurs politiques Hâtives.

Otrikafo « Braise conservée sous la cendre » nous proposait de rompre avec la communauté internationale et de nous engager dans un avenir malgacho-malgache d’autosubsistance et d’autarcie – le syndrome de Ranavalona ire. A un moment où l’on voyait le Président Charkouj partir signer des accords économiques avec le Kazakhstan, Otrikafo aurait pu avoir un tout petit moment de réflexion et se demander pourquoi des pays possédant de grandes richesses veulent établir des relations privilégiées avec des grandes puissances en dehors de tout passé colonial.

Avec deux heures de retard sur l’horaire prévu – mais c’est la norme du nouveau protocole radzouëlien depuis mars –, Rajoelina avait bien annoncé dimanche soir qu’il était prêt à respecter les accords de Mapouto I, si la communauté internationale s’engageait par écrit – je dis bien par écrit – à abandonner toutes les sanctions et à débloquer les crédits promis autrefois. Un véritable chantage, bien évidemment. Ce à quoi Jean Ping, cet excellent politique, avait rétorqué qu’on n’engage pas une négociation en commençant par poser des conditions.

Echos provenant d’Ambohitsorohitra, on apprenait que Pointe de Sagaie s’était démené tout le dimanche comme un beau diable. Qu’en pensent les mpiandry qui ont accompagné le coup d’Etat ? Car Pointe de Sagaie avait aussi fait venir du Sud ses devins mpisikidy qui sont des « sorciers » pour nos bergers des Eglises protestantes. L’un de ces mpisikidy lui conseillait même de démissionner. On apprenait aussi que son éviction était inévitable. P.M., Roindefo ne serait toutefois pas le Premier Martyr de la Transition. Le Premier Martyr de la Transition est Masimanana Manantsoa. Cet honorable administrateur civil en fin de carrière avait reçu son bâton de maréchal en devant ministre de l’intérieur. Il disparut du pseudo gouvernement de consensus mis sur pieds par Pointe de Sagaie, mais n’apprit que le matin par la radio que Manorohanta le remplaçait ! Ndefo n’avait même pas jugé utile de lui passer un tout petit coup de fil. Evincé, Monja Roindefo ne pouvait plus être le Premier Martyr de la Transition, mais simplement le Premier Ministre Martyr, un PMM, c’est-à-dire une sorte de ppn, de produit de première nécessité des coups d’Etat.

A Ambohitsorohitra et aux alentours, les suppositions allaient bon train à grande vitesse. Fallait-il remplacer l’évincé du Sud par un ou une autre Sudiste pour respecter les répartitions régionales – ce à quoi s’agitaient les amis du Sud. Les Nouvelles avancèrent à la Une la personne d’Irène Andréas. Et l’on commençait à faire la liste des autres futurs évincés. Un nom qui revenait, celui de Ny Hasina Andriamanjato, ce fils à papa qui, quand il était ministre des télécommunications, avait fait prendre quinze ans de retard au pays dans ses relations avec le monde par internet. Un « ministre » Hâtif voyait en lui le « maillon faible » du gouvernement : « Ses réseaux se limitent à la Russie et aux pays de l’Est. Il ne connaît personne dans le monde libéral qui est le nôtre ».

Pour beaucoup de transitionistes, l’avenir était plus qu’incertain. Il leur fallait, eux aussi, se battre comme de beaux diables pour transformer leur maroquin de raphia en portefeuille de cuir. Je n’invente pas quand je vous dis que ces derniers jours, Ambohitsorohitra et ses succursales étaient un véritable Enfer. Et l’on n’y a rencontré aucun mpiandry. C’est quand le vahoaka aurait besoin d’eux qu’ils font défaut..

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Ce mardi, les intégristes de la Transition, qui avaient voué le Gic aux gémonies, qui avaient prévu de lui faire refuser les visas d’entrée dans le pays (???) et qui avaient préparé moult banderoles, restaient-ils une menace ? Ils se sont sans doute manifestés près du Carlton, car on a vu à Anosy des gens s’enfuir et l’on parle aussi de grenades lacrymogènes… La menace était dérisoire.

Samedi dernier, pour la fête de l’Unité Allemande, recevant à la Ville Berlin des personnalités de toutes les tendances, l’Ambassadeur Wolfgang Moser souhaitait voir tomber les murs qui sont dans les têtes et qui « semblent parfois aussi insurmontables qu’autrefois le mur de Berlin ». Son rêve s’est-il enfin réalisé ?

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