À CHAQUE JOUR SUFFIT SA MAUVAISE NOUVELLE

Publié le par Ny Marina

Le 23 octobre 2010

  

Nous savons déjà que le nourrisson a décidé de construire des hôpitaux à Diégo-Suarez, à Morondava, à…, à… et à Antananarivo. Tout sera fini dans quatre mois et les bâtiments équipés avec tout le matériel nécessaire. Les touristes trouveront donc l’aide sanitaire qu’ils sont en droit d’attendre d’un pays qui s’offre à ces visiteurs du Nord mais aussi de l’Extrême-Orient. Comme le terrain est difficile à trouver, le nourrisson dans sa grande générosité, a décidé que le futur hôpital de la capitale sera établi dans le bas du parc du Palais d’Ambohitsorohitra, vous savez là où les prédécesseurs ont déjà coupé les arbres et où l’on voit un sol imprégné d’huile de vidange.

Le projet est beau et malgacho-malgache. On fera tout, tout seuls, et l’on a l’argent. Nous n’avons besoin ni de reconnaissance internationale ni de leurs dollars. Nous avons les capacités et les compétences et les budgets – mettons le mot au pluriel, ça fait plus riche. Déjà les appels d’offre ont été lancés, le train est déjà parti.

Tout va très bien, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien, Mais à part ça, il faut que je vous dise un incident, un petit rien. Il faut que je vous dise que ce beau projet ne peut pas être malgacho-malgache, car déjà les architectes malgaches, désireux de préserver leur réputation, ont décliné l’offre de s’occuper des hôpitaux Hâtifs. Et ce ne sont pas des architectes de l’opposition. Ils n’ont pas reçu de « dédommagements » de l’horribilissime. Même Mamy Rajaobelina ne sera pas partant, lui qui, pourtant, va poser du marbre chinois sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

Il faut donc que je vous dise et que je vous explique. Nous avions entendu en fin 2008 et au tout début 2009 qu’il y avait un plan Robinson – c’était le ministre de la Santé de l’époque – qui prévoyait de doter le pays d’une série d’hôpitaux. C’était bien engagé, à ce qu’il semblait, mais ça restait vague. Minoa ihany fotsiny, il fallait seulement y croire et faire confiance. Ce n’est qu’aujourd’hui que, dans la forêt vierge tananarivienne où l’on manque de belvédères, j’ai découvert le projet et la source argentifère. Dans cette forêt qu’il faut explorer avec audace et persévérance, j’ai découvert la clairière dont je vais vous parler. Et en bénéficiant des meilleures sources orales. Ce n’est pas la tradition orale ni je ne sais quelle rumeur, c’est le témoignage des acteurs eux-mêmes, des premiers rôles même.

Le projet a pour nom ORET. Je ne sais pas traduire en termes compréhensibles ce petit mot de quatre lettres. Mais ce que je peux dire, c’est que c’est un projet en or massif conçu par les Néerlandais et financé par eux et d’autres bailleurs de fonds comme la Banque Mondiale. L’importance de la nappe phréatique qui devait alimenter la source argentifère, était évaluée à trente-deux millions d’euros (32.000.000 d’euros), soit un peu plus de 90 milliards d’ariary ou encore quatre cent soixante-dix milliards de nos anciens francs malgaches. Il s’agissait de réhabiliter l’existant comme Befelatanana et consorts, de construire toute une série d’hôpitaux sur le territoire, de fournir l’équipement en matériel nécessaire – il était ainsi prévu que chaque hôpital fabriquerait lui-même tout l’oxygène dont il aurait besoin et ne dépendrait plus d’un fournisseur comme Air-Liquide –, prévu aussi d’assurer pendant cinq ans la formation du personnel médical et paramédical, tous secteurs confondus. Grandiose !

La convention fut signée milieu 2008. Son application pris quelque retard, car l’Etat – le nôtre – n’arrivait pas à tenir ses engagements. Il n’arrivait pas à fournir les terrains nécessaires pour ces nouveaux établissements. Puis, vous vous en souvenez, il y a eu la question soulevée par la gestion de l’argent public. D’ou retard. Du côté hollandais, la date limite approchait. On la reporta. On la reporta encore. On la reporta toujours. Elle est maintenant fixée au 31 janvier 2001. Ce pourrait être la vraie date limite définitive.

Le nourrisson alors intervint. Mais le projet, pour être lancé, suppose un minimum de reconnaissance internationale et de stabilité gouvernementale. Rien n’a avancé. Le nourrisson s’est alors énervé : on fera tout en quatre mois. na ! C’est là où le bât nous blesse et risque de nous laisser des plaies purulentes sans espoir de cicatrisation. Des appels d’offre ont été lancés auprès de cabinets d’affaires et autres. Il y a même le cabinet AA qui est inconnu du monde de la construction. AA abrégerait-il les Artistes Associés ? Mais le seul cabinet qui ait construit des hôpitaux dans l’Océan Indien et qui a l’expérience des normes en matière hospitalière, le Cabinet François Pardon, n’a pas été appelé. Les personnes compétentes dans ce domaine disent que le temps nécessaire aux études est beaucoup plus long que le temps de la construction. On ne construit pas un hôpital comme un cabanon au bord de la mer. Si les normes hospitalières ne sont pas respectées, les grandes sociétés d’assurance refuseront de leur reconnaître le droit d’hospitaliser ceux des touristes qui en auraient besoin. Elles viennent de refuser d’homologuer l’actuel hôpital de Diégo-Suarez, car dans les fluides – ce sont tous les tuyaux et fils de toutes sortes – le monitoring était dans la même gaine que l’électricité. La panne de l’un pouvait entraîner la panne de l’autre. Peut-être par paresse du concepteur ou de l’entrepreneur, sans doute par souci d’économie et de croissance du bénéfice.

Comble d’inconscience du nourrisson et de ses nounous. Mbola tsy tonga saina izy, pourrait-on dire. L’Omsa déjà émis des réserves sur les projets dijiesques. Et elle le fait savoir au moins par la bande.

Sur quels terrains construire ? Les normes hospitalières actuelles exigent de véritables campus pour la tranquillité des malades et pour permettre les futures extensions. On risque de saccager ce qui reste du parc d’Ambohitsorohitra pour un hôpital qui ne sera pas aux normes. Ohé, APM défenseurs du patrimoine, c’est l’alarme. Sortez de la paille de quoi faire du vacarme.

Ah ! J’avais oublié de vous dire que les 32 millions d’euros étaient un cadeau. Il n’y avait pas à les rembourser. Evidemment, c’était un piège. Ils voulaient nous obliger à les autoriser à réaliser leurs projets et à s’en enorgueillir. Ils nous retiraient le même projet de la bouche. Mais moi, le nourrisson, j’ai pris les devants. J’en ai parlé. Nous nous sommes réappropriés ces grandioses réalisations à réaliser. On a dit autour de moi que si je voulais rapidement avoir des installations de même qualité, il suffisait d’acheter une vingtaine de conteneurs contenant chacun un bloc opératoire complet, de ceux qu’utilise l’armée et qu’homologuent les sociétés d’assurance. L’avantage de ces conteneurs est qu’ils coûtent moins cher, qu’ils sont mobiles et que l’on peut les déplacer en fonction des besoins. C’est vrai que j’aurais pu les peindre en orange.

Si je les écoutais, où mes copains crocodiles devraient-ils aller pour continuer à se gaver de pâté d’alouettes. Il faut toujours penser aux besoins du peuple.

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