AUTOMNE RADZOUËLIEN

Publié le par Ny Marina

Le 3 juin 2010

 

L’automne est arrivé. Devant la fenêtre de mon bureau, le beau liquidambar de quarante ans, une variété d’érable, a déjà perdu beaucoup de ses feuilles et celles qui restent sont aujourd’hui d’un beau rouge carmin.

C’est aussi l’automne du fanjakan’Ijoelina. On le sait, puisque le gamin a annoncé qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle. Il a dit qu’il était « homme de parole ». C’est ainsi que le français l’écrirait. Mais dans le monde francophone, le français est, en ce cas comme en beaucoup d’autres, une langue floue qui, à l’oral, ne distingue pas le singulier du pluriel. Il faut donc s’attendre à tout. Quelques jours plus tard, le jeune parti TGV a organisé pendant trois jours une grande réunion à Antaninarenina dans les locaux du Louvre qui a remplacé le Prisunic devenu entre temps Shoprite. Il préparait son plan des campagnes à venir et sans doute se cherchait-il un candidat à la présidentielle. Effort inutile, puisqu’au lendemain, le gamin annonçait qu’il dissolvait son parti ! Craignait-il l’émergence d’un rival dans sa mouvance formelle ? Ou se rangeait-il à l’avis d’amicales pressions extérieures ? Car il avait acheté par Inkjet interposé un beau camion pour sa campagne électorale – un de ces camions que les célébrités des Etats-Unis achètent pour aller faire des concerts de musique quontry en plein désert. Il avait encore tenu à le montrer lors de la Fim, si l’on en croit l’Américain qui est le directeur des Opérations Extérieures de la Hat. Ce même Américain qui était au service de son horribilissime prédécesseur. Toujours est-il que cette dissolution a jeté le trouble dans la partie de l’opinion qui le suivait et qui avait déjà projeté dans le futur ses propres plans. Je pense ainsi à un petit jeunot, membre du conseil de mon fokontany à la campagne, qui proclamait l’impérieuse nécessité nationale de laisser les jeunes décider de l’avenir du pays, qui envisageait déjà son propre avenir politique dans le tgvisme et qui lorgnait sur les supposés ressources de l’Ong locale dont il pensait à tort qu’elles étaient pharaoniques. Que de monde et de gamins – de gamins parfois sexagénaires, car à cet âge, c’est Hâtivement que l’on retombe en enfance – que de gamins notre gamin national aura-t-il donc déçu avec ses dernières décisions !

Chacun de nous a-t-il entendu ce que le président Charkoudze a dit de lui ? Il n’est peut-être pas inutile que je le rappelle, car les oreilles autochtones l’ont bien enregistré. De Rajoelina – c’est le nom qu’il a employé –, il a dit qu’il n’était pas « tout à fait légitime », ajoutant que le régime de Ravalomanana « n’était pas tout à fait démocratique ». L’esprit de cet autre horribilissime qu’était Mitterrand est alors furtivement passé sur la Promenade des Anglais en souvenir de La Baule.

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C’est aussi l’automne pour notre cher horribilissime. N’ayant pas compris dans quel engrenage il était pris, il a été celui qui a fait échouer les dernières négociations de Pretoria. C’est ce qu’a compris la communauté internationale. Ayant étudié la déclaration votée par l’assemblée européenne et qui condamnait les événements malgaches, les diplomates ont compris que celle-ci était allé un peu trop vite en besogne. Et que certains des faits sur lesquels elle s’appuyait n’étaient pas avérés. L’on raconte que notre cher horribilissime en avait envoyé la liste à Louis Michel et que celui-ci avait fait voter l’assemblée au milieu de la nuit, quand il n’y avait presque plus personne pour voter. Le bruit a couru qu’une des puissances européennes importantes s’opposerait à Bruxelles à toute sanction que voudrait prendre la commission. Il est un principe universellement admis, du moins par la France, qu’un tribunal, quel qu’il soit, ne peut, pour le même crime, appliquer les mêmes peines à un adulte et à un enfant. On ne peut donc pas prendre pour un pays dont le prince est un gamin les mêmes sanctions que pour l’Iran. Avec les sanctions européennes à venir, ce que l’on peut craindre toutefois, c’est que le pays entre dans la catégorie internationale de ceux qui retombent en enfance. Ranavalona ire risque de se retourner dans sa tombe retrouvée d’Ambohimanga.

Pour les sanctions personnalisées, il n’y aura sans doute rien de plus que les sanctions de l’Union Africaine. Comme la liste des 109 ne comprend pas les entreprises qui ont soutenu et continuent à soutenir le gamin et qui, elles, ont des affaires en Afrique, cela ne gênera personne. Mais, à l’égal de Mugabe, le gamin n’a pas été invité à Nice. Les précédents sommets du même genre étaient des sommets France-Afrique. Celui de cette année était le premier sommet Afrique-France. Il n’a pas pu l’inaugurer. Le monde change. L’on discute toujours pour savoir s’il accompagnera les quarante militaires malgaches qui se préparent à défiler sur les Champs Elysées.

L’horribilissime n’en sera pas non plus. Il ne sera pas plus au pauvre 26 juin que l’on ne prépare pas encore à Antananarivo. Ses plus proches et fidèles partisans, notamment ceux qui ont fait un petit séjour dans les hôtels bien gardés de la Justicière, sont résignés. Ceux dont j’ai pu avoir l’avis pensent qu’il restera encore à l’extérieur pendant longtemps. Le gamin a donc réussi à l’écarter d’une consultation populaire qui aurait montré qu’une part importante du vahoaka regrette son départ. On aurait eu là un véritable test de sa popularité. Ils constatent aussi qu’il n’a rien fait pour dédommager ceux qui ont tout perdu (maison, livres, voitures) dans les incendies du coup d’Etat et qui étaient le résultat de toute une vie de travail. Sa fortune et ses dollars lui auraient-ils fait oublier toute compassion et tout amour de ses proches prochains ?

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Notre nouveau gouvernement est aussi un gouvernement automnal. Dans la conception que nous avons empruntée à la Reny Malala, un gouvernement est une institution qui représente le choix du peuple manifesté par des élections. Le nôtre est un gouvernement technique de techniciens et représente assez bien la pensée de Camille. Il m’a dit il y a une quinzaine de jours que, comme moi, il n’avait jamais fait de politique et qu’il ne faisait que cela. Ont donc été écartés ceux qui défendaient les intérêts de leurs particules – un particule, c’est un tout petit parti avec un grand appétit. J’entends dire aussi par des gens qui connaissent bien les dessous des affaires que tel d’entre eux avait des « poches trop grandes », que tel autre était trop « marqué » par une société d’Etat selon la coutume ministérielle surtout depuis 1975. Lisez, je vous le conseille, la thèse de Didier Galibert (Les gens du pouvoir à Madagascar. Etat postcolonial, légitimités et territoire (1956-2002), Paris, Karthala / Cresoi, 2009, 575 p. qui coûte 40,25 euros à La Réunion). Elle ne se lit pas aussi facilement qu’un roman policier ou que La princesse de Clèves, mais vous y en apprendrez de bien bonnes. Les Hâtifs forcenés n’ont pas tous été exclus, mais un pas en avant a été fait. Peut-on espérer que les décisions de nos ministres techniciens formeront le socle des décisions du gamin ? Rien n’est encore sûr.

Espérons aussi que dans ce contexte, le gamin saura écouter les vrais ray aman-dreny. On a pu entendre à la Télévision Honoré Rakotomanana disant avoir demandé une audience au gamin il y a déjà des mois et le lui avoir rappelé une fois où il l’avait rencontré. Le gamin s’en souvenait bien. Mais l’ancien président de la Hcc continue à attendre…

Il faut toutefois signaler du nouveau. Le technicien des finances qui a été reconduit, a obtenu du gamin que le Bianco enquête sur plusieurs détournements dont les bénéficiaires sont des membres de la Hat. Le plus important concerne dix milliards d’ariary. Les autres sont plutôt petits et n’atteignent chacun que le milliard d’ariary. Apparemment, certains Hâtifs manquent d’ambition.

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Les roquets de garde du nationalisme – j’ai toujours distingué le nationalisme du patriotisme – reviennent souvent dans un affrontement intemporel et permanent sur les intérêts de la France et surtout sur Total. Tous les travaux faits à Bemolanga le sont actuellement pour Total évidemment, mais par une société allemande. On ne s’étonnera pas que les multinationales soient souvent multiples par les sociétés qui travaillent. Ambatovỳ est à la fois canadienne et japonaise, etc.

Mais les mêmes roquets ne parlent pas des investissements chinois. Déjà les Chinois vont exploiter le charbon de la Sakoa. Ils vont construire un port en eau profonde au sud de Tuléar. Et d’autres Chinois, ceux de Wisco, viennent de signer un accord pour l’exploitation du minerai de fer à Soalala, qui est le meilleur minerai de fer connu dans le monde. Pour les ignares, disons que la petite ville de Soalala où il y avait il y a quarante ans une petite école coranique, se trouve sur la côte ouest entre Majunga au nord et Maintirano au sud. Ces investisseurs devraient aussi installer un port en eau profonde en cet endroit. Il est prévu un investissement de 8 à 11 milliards de dollars – c’est-à-dire une somme égale au total de investissements de Qmm à Fort-Dauphin et de Sheritt pour Ambatovỳ – et la construction de routes, d’hôpitaux et d’écoles. Les Japonais, quant à eux, investissent pour la mise aux normes du port de Tamatave et en faire aussi un port en eau profonde afin d’y accueillir les grands minéraliers.

On le voit, la présence de Total n’est pas grand-chose comparée à tous ces investissements asiatiques. Nos roquets ignares ne devraient-ils pas penser qu’il est bon de ne pas vendre tous ses œufs à la même grande surface ?

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Bruxelles vient d’annoncer que lundi prochain, elle votera pour un an les sanctions frappant Madagascar. Les trois mois réglementaires qu’elle avait donnés à Madagascar avant de prendre des sanctions, ont donc duré une année. Bruxelles ne sait donc pas compter jusqu’à trois. Durant tout ce temps, la commission n’a compris qu’une seule chose, c’est que la « transfert du pouvoir » s’est fait « par la force » et qu’elle attendra un compromis entre toutes les parties avant de réviser ses positions. On parle de l’arrêt de toute aide budgétaire et de tout nouveau financement. La Hat n’est pas impressionnée. Son porte-parole, Pierre Houlder, n’a pas tardé à réagir. La Grande Île, sans doute parce qu’elle est grande, n’a pas besoin de l’aide financière de l’Union Européenne, ajoutant que cette suspension n’est pas nouvelle, puisque déjà sous Ravalomanana…

Mais il n’y a pas que la Hat qui est suspendue de financement. Il y a aussi le très célèbre Omar, archevêque de son état. Lors des funérailles de Mgr Armand, tout le monde a vu que la cathédrale d’Ambodinandohalo était en grands travaux de réhabilitation. L’Ekar a entamé tout un programme de travaux dans l’ensemble du pays pour rénover son patrimoine immobilier et, dans ce but, a passé un accord avec un groupement d’entreprises. Les travaux ont bien avancé et certains sont même finis. La jésuitière d’Ambatoroka vient enfin d’être peinte après des décennies d’un gris sale. Mais les entrepreneurs attendent toujours leur dû. L’un d’eux constate que l’Eglise lui doit quelques milliards pour ce qu’il a déjà fait. Ce n’est pas que le célèbre Omar qui s’est déjà bien trompé en politique, se soit trompé dans ses prévisions budgétaires et qu’il ait espéré un miracle dont il laisse le monopole aux différents évangélistes. C’est tout simplement que le financement allemand de Misereor a été lui aussi suspendu. Serait-ce qu’Omar ne serait plus en odeur de sainteté dans le pays natal du Pape ? Ou bien serait-ce que l’horribilissime ait manigancé quelque abominable machination ?

Décidément, la vie n’est pas bien gaie. Comme les hirondelles, les élections, si elles ont lieu, nous annonceront-elle le printemps ? Nous n’y sommes pas encore.

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