Basket-ball patriotique

Publié le par Ny Marina

Ndimby A.

 
afficher les détails 18 oct. (Il y a 8 jours)
Basket-ball patriotique
 
Depuis plus de 20 ans, j’ai toujours eu avec le sport une relation plutôt théorique et lointaine, faite de quelques matches de football regardés distraitement devant un copieux plateau télé. Et même dans mes années de lycée, en dehors des trois heures hebdomadaires obligatoires, j’étais beaucoup plus attiré par les compétitions d’échecs ou les salles de bibliothèques, que par les terrains de sports. Autant alors vous dire que la Coupe d’Afrique de basket féminin qui se déroule actuellement à Antananarivo est plutôt loin de mes préoccupations. J’ai pourtant accepté de suivre mon frère (sans grande conviction) assister au match de basket vendredi dernier entre Madagascar et le Mali, championne d'Afrique en titre.

Etant plutôt éditorialiste politique que chroniqueur sportif, je ne me hasarderai pas à parler du match sur le plan technique. Je note juste que les Maliennes étaient plus grandes, ce qui a limité les Malgaches dans les balles hautes ; que nos compatriotes étaient systématiquement dominées sous les deux paniers et presque toujours battues sur les rebonds ; que le taux de lancers francs ratés par les Malgaches étaient incroyablement élevé, alors que les ratés des Maliennes ne dépassaient pas les doigts d’une main. En deux mots, notre équipe nationale a été dominée à plate couture par les championnes d’Afrique en titre. Score sans appel : 80 -46.

Mais finalement, pour le néophyte en sport que je suis, je dirai que le score n’était pas le plus important. Sans doute les basketologues vont expliquer cela par un ensemble de différences : expérience internationale, taille des joueuses, régime alimentaire, qualité de l’encadrement etc. Sincèrement, je ne sais pas, et d’ailleurs, je m’en moque. Car ce que je retiens de ce match, c’est que ces basketteuses malgaches m’ont quelque peu réconcilié avec ma malgachéité (1). Aussi, la défaite des Malgaches ce jour-là m’importe peu, même si bien entendu j’aurais préféré qu’elles gagnent.

Panier à trois points

En parlant de trois points, voici donc ce qui me semble important de souligner.

Primo, Madagascar peut s’enorgueillir de l’accueil de cet événement international, fusse-t-il sportif.  Grâce à Andry Rajoelina, le sommet politique de l’Union africaine nous est passé sous le nez : on se consolera donc avec ce sommet basketballistique continental. En outre, la qualité de l’organisation de cet Afrobasket féminin mérite d'être soulignée. Et même si la reconnaissance internationale diplomatique n’est pas là, l'ambiance bon enfant qui mêle dans la même ferveur Africains et Malgaches nous change des discours xénophobes des attardés chronologiques d'Otrikafo contre le Groupe international de contact (GIC). Un événement continental de sport accueilli chez nous et organisé sans aucune faille : en tant que Malgache, cela fait donc sacrément plaisir. Et surtout, que le Virapin de service ne vienne pas nous dire que c'est grâce à lui.

Secundo, les cœurs de tous les Malgaches présents au Palais des sports ce vendredi dernier battaient à l’unisson pour soutenir l’équipe nationale, et on y retrouvait donc cette fameuse solidarité nationale que les politicards ont du mal à mettre en place à Madagascar : seules les scissions et divisions entre les Malgaches leur permettront d'accéder et de se maintenir au pouvoir par des voies anticonstitutionnelles, et ils n'ont pas intérêt à ce que ça cesse. D'autres vont même prendre conseil et instructions auprès de l'ancienne puissance coloniale, 52 ans après 1947 : quelle belle preuve d'Indépendance et de patriotisme !

Tertio, toute la salle était fière de nos basketteuses et les a soutenues jusqu’au bout, même quand c’était de toute évidence perdu (en fait, il n'y a jamais eu moins de 15 points d'écart entre les deux équipes). Alors oui, pendant ces deux heures, malgré la défaite et malgré la domination malienne, j’ai été fier d’être Malgache. Et je suis sûr que toute l’assistance partageait ce sentiment patriote, sans doute mis à mal depuis janvier 2009 par les honteuses pitreries de  New-York, mais aussi par les turpitudes de nos politiciens qui portent bien bas le flambeau malgache de Bruxelles à Maputo, de Maputo à Antananarivo. Sans oublier les ratés d'Addis-Abeba et de Genève.

De toute ma vie, c’était le premier match de basket d'envergure que je regardais in vivo, autrement qu’à la télé. Et encore, si je regarde un match de basket sur le petit écran, c’est que je suis en train d’attendre l'émission d'après et que je n’ai rien d’autre à faire pour tuer le temps. J’ai donc été impressionné par l’ambiance du stade, quoiqu’un peu assourdi par un beuglard derrière moi, qui n’a pas arrêté pendant tout le match de manifester bruyamment son soutien ou son dépit. J’ai été amusé par ces espèces de mantra que tout le monde répétait : « karakarao fa mivoraka… », et surtout celle qui disait « ataovy, ataovy, ataovy manem(… censuré ...) ». J’étais même à deux doigts de mourir de rire en contemplant du coin de l’œil ma voisine, honorable mère de famille quinquagénaire à tête de prof de physique-chimie, qui participait de tous ses poumons à cette incantation peu orthodoxe.

Quoi qu’il en soit, merci les filles ! Merci à Maiwenn, Prisca, Lydia, Rokia et les autres d’avoir rappelé le temps d'un match que c’était si bon d’être Malgache. Que ce soit devant un beau panier marqué ; après un beau geste technique ; devant la combativité d’une joueuse ; à l’unisson (mais en silence pour ma part) avec une salle qui chante pour supporter l’équipe nationale. Heureusement qu’il n’y a pas que ces tocards de la classe politique qui peuvent nous servir de modèle, sinon bonjour la camisole.

Je note enfin avec amusement que Mialy Rajoelina est descendue sur le terrain après le match pour saluer les joueuses malgaches, en compagnie du Ministre Virapin Ramamonjisoa. Même l'assistance de ce match de basket m'a réconcilié avec ma malgachéité : cette délégation hâtive s’est alors faite huer par le public. Cela m’a fait un peu de peine en pensant à la femme que Madame Rajoelina était, et qui payait de cette humiliation le seul fait d’être l’épouse du putschiste qui a précipité le pays dans la crise actuelle. Mais cela m’a franchement fait rigoler, car après cela, qu’on ne vienne plus me dire que les tenants du coup d’Etat sont encore populaires à Antananarivo. Il est vrai que les écrevisses marbrées qui garnissaient la Place du 13 mai, ainsi que les sinistres bidasses voués à intimider l'opposition n'étaient pas là. Ces huées représentaient donc de façon spontanée le peuple qui peut enfin s'exprimer, cette majorité silencieuse qui a décidé de donner de la voix, en attendant que les élections permettent de délivrer à Andry Rajoelina et Monja Roindefo le message qu'ils méritent. Ataovy, ataovy, ataovy... ny fifidianana !
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(1) Préférons ce mot à celui de malgachitude, qui sonne trop proche de la négritude de Senghor, dans laquelle je ne me reconnais pas vraiment.
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