BRÈVE SUR LA POLITIQUE DU NOURRISSON

Publié le par Ny Marina

Le 04 octobre 2010


Quand un journaliste, invité par les chancelleries, a la chance d’être apprécié et entendu des très hautes personnalités qu’il y rencontre, il peut entendre des informations qu’il ne lira pas le lendemain dans son quotidien. Il peut aussi, quand le diplomate craint d’être entendu par des oreilles non autorisées, être invité à venir lui rendre visite dans son bureau. La confidentialité y est plus sûre. Quand, en plus, le journaliste navigue sur internet, l’information court, court, court, comme le furet du Bois Joli. C’était donc aujourd’hui dans une de ces réunions que les Ambassadeurs offrent à leurs collègues, à nos hautes personnalités du gouvernement et de la société civile et à des journalistes, dont l’un vient de me raconter ce que ses oreilles ont entendues. Il avait besoin de communiquer tout de suite sans en réserver la primeur à sa gazette de demain. Dont on ne sait d’ailleurs si elle osera.

Le maître de maison par intérim – il n’est pas prévu de remplacer le précédent titulaire tant que… nous savons la suite, et sans doute l’intérimaire restera-t-il encore longtemps le seul maître de maison dans son ambassade –, le maître de maison, disais-je, a évidemment parlé de la Grande Île, telle qu’il la voit aujourd’hui. Et pour ne pas faire erreur sur le sens des mots, il était même allé consulter son dictionnaire étymologique. Il a dit que Madagascar n’était plus en crise. Ça a dû faire tout de suite plaisir à nos Hâtifs, mais il a aussitôt ajouté que l’on ne pouvait plus parler de crise, mais de la « situation » dans laquelle Madagascar est aujourd’hui. On en voit la différence. D’une crise, on peut espérer en sortir. D’une situation…

Dans la file d’attente des invités qui avançait lentement, le Nonce demandait à l’une de ces Excellences onusiennes ce qu’il pensait de la Constitution qui allait être présentée au peuple. La conversation était en anglais. Il lui fut répondu : « It is a joke. » Je ne suis pas encore allé voir dans mon dictionnaire pour en découvrir le sens. Je vous laisse le faire. Il y avait beaucoup d’autres propos qui mériteraient d’être rapportés. Je vais me contenter d’aller à l’essentiel.

Et que nous nous pouvons apprendre de sources extrêmement autorisées des organisations des Bois Bretons, ces Bois que les anglophones depuis 1944 appellent Bretton Woods. Ce n’est pas la forêt amazonienne, mais la forêt des immeubles et gratte-ciel de l’Est des Etats-Unis. Avec les archives dont ils disposent et les moyens d’information actuels, leur analyse est sans appel : Madagascar suit le même processus et chemin que le Zimbaboué de ce vieillard de Mougabé. C’est, a-t-il été dit, « une lente descente aux enfers ». La seule différence, a-t-il été expliqué, c’est que Mougabé est un vieillard qui ne pourra faire autrement que d’émigrer vers un monde que l’on dit meilleur, alors que, à la tête de Madagascar, le « nourrisson » – c’est le mot d’une Excellence excellentissime –, que le « nourrisson » n’est pas prêt d’en faire autant dans les années à venir.

Toujours d’après ces sources extrêmement autorisées des organisations des Bois Bretons, les Hâtifs sont des gens particulièrement efficaces et compétents. Ils ont détourné 550.000.000 d’US$ – on m’a bien dit cinq cent cinquante millions de dollars américains – et les ont transférés sur des comptes personnels à l’étranger, sans compter les achats immobiliers et autres petites acquisitions. Le diplomate assurait qu’il possédait les papiers le prouvant. Les bénéficiaires savaient qu’ils ne pouvaient engranger les billets verts dans une de leurs chambres, même s’ils l’avaient fortifiée. L’insécurité est trop grande dans l’Île heureuse, comme ils le savent bien. Ils n’avaient sans doute pas pensé qu’aujourd’hui, et surtout depuis qu’il y a l’informatique, on ne peut rien faire impunément dans le système bancaire. Tout se sait à Bois Bretons.

En mal de confidence, ce diplomate bavard – Dieu merci de ne pas lui avoir corrigé ce défaut – a dit aussi que nos Hâtifs se préparent en ce moment à virer le gouverneur de la Banque Centrale qui rechigne à laisser leurs compétences se développer. Une confidence en entraîne une autre. Quelqu’un a rappelé que le patron du Fmi avait suggéré de faire un audit de Tiko, de nommer un administrateur judiciaire et de relancer son activité. Il n’a pas été écouté, car sans doute était-ce une ingérence étrangère dans notre gestion malgacho-malgache. Il est allé récemment à Antsirabe. Il y a vu que des millions de dollars ont été investis et sont aujourd’hui perdus. Il y a vu des milliers de gens qui ont perdu leurs emplois et des vaches laitières en train de mourir. Le nourrisson, concluait-on, n’a pas intérêt à mettre les pieds dans le Vakinankaratra. Il vaut mieux qu’il aille à Morondava. Autre confidence, le Fmi estime que le grand responsable de tous ces événements est un certain Astérix, l’un des membres du triumvirat qui materne le nourrisson.

Sur le départ, l’un des bavards des organisations des Bois Bretons en tire la conclusion générale pour aujourd’hui et fait la synthèse pour demain ou après-demain : « On se retrouve dans dix ans, quand le pays sera vraiment devenu pauvre. On se retrouvera pour faire un plan d’ajustement structurel. »

Conclusion de quelques auditeurs malgaches : « Que faire ? On est venu manger une bonne choucroute et boire un petit coup de rouge pour être un peu euphorique après. »

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