Bruissements? Oui

Publié le par Ny Marina

un texte magnifique qu’il faut prendre le temps de lire.

 

 

« Bruissements » rime avec « douceur ». « Bruissements » est né de Sylves et Zéphyr. Aussi, « Bruissements », derrière sa lassitude, mais laisse espérer. Bien qu’il soulève dans ma gorge une boule au goût d’amertume. Il se tait Ramalagasy. Sinon quand il parle, il le fait d’une voix étouffée, s’excusant de devoir ou d’avoir à parler. Car il reste petit, et tout est affaire de grand. Il a bien connu l’ala-volon-jaza, et la repousse a bien été enduite d’huile tout comme son corps, par sa mère, afin qu’il acquiert force et vigueur. Seulement, bien que le cordon ombilical ait été coupé, il reste attaché a la mère. Est-ce suite a un problème de sevrage ? Ou est-ce ainsi que le veut l’éducation ? Mais son respect pour la mère, qu’il déplace sur la terre mère et nourricière, le firenena, l’empêche d’agir ou de réagir de peur de la blesser, ou d’attirer sur elle des remous dont ses actes seraient la cause. Et le firenena, c’est aussi ceux qui le gouvernent. Et Dieu, Dieu n’est pas mort, Dieu point ne dort, et Dieu ne se presse pas.

« Sous le train-train quotidien couve une braise », s’intitule la pièce de théâtre, un impromptu qui est long à finir, qui se construit sans hâte. Moramora. Les premiers rôles appartiennent à ceux qui pérorent au pouvoir, qui parlent haut et fort, qui sont les meilleurs comédiens. Les seconds rôles à ceux qui les soutiennent et les applaudissent, et les remplacent en cas de défaillance ou d’absence. Les figurants sont ceux qui parlent sans vraiment se prononcer, sans vraiment agir, entre deux mondes, entre deux réalités, tiraillés, instables, inefficaces, ne s’intéressant pas vraiment à la vie nationale tout en souffrant des maladies du pays, ceux qui parlent par habitude, parce que c’est leur métier, sans plus trop savoir pourquoi, ni pour qui, comme les enseignants.

Et le metteur en scène ? Et l’auteur ? Le public, c’est Ramalagasy, qui vient au spectacle parce qu’il faut être là, parce qu’il ne peut aller ailleurs, parce que c’est son quotidien, parce qu’il a appris la pièce par cœur et ne risque pas d’être déstabilisé par un nouveau scénario.

Heureusement que « Bruissements » est là pour rappeler que derrière les rideaux, dans les coulisses, il y a des gens qui travaillent, et qui, malgré des coups de fatigue et parfois la lassitude, continue à croire en l’avenir de l’art madagasque. Quelque part, des gens forment une chaîne pour éviter que le bateau coule et pour le mener à bon port. Je crois que bientôt, sur le pont, on criera « Terre mère ! »

 

Sylvia Andriamampianina

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