Cicéron c'est pas Carey...

Publié le par Ny Marina

 Alors que la planète s'apprête à partir de ce jour à battre au rythme de la grande fête quadriennale du ballon rond, Madagascar en est encore à tenter de résoudre un problème existentiel : se demander si les zigotos de sa classe politique arriveront enfin à s'entendre pour mettre fin à cette crise, en particulier à l'approche de la date symbolique du 26 juin 2010.

 

Je ne me hasarderai pas à parler de la Coupe du monde de football sur le plan sportif, faute de compétence avérée dans le domaine. Je me contente juste d'attendre au nom des anti-françafricains que la France sombre dès le premier tour, histoire d’éviter  de voir les gaulois cocorico-er en cas de belle coupe du monde des Bleus. Et à l’attention de ceux qui vont hurler que le sport ne devrait pas être mélangé à la politique, rappelons les courbettes de Sepp Blater, le grand manitou de la FIFA, devant le hâtif en chef lors de sa visite en Mars 2010. Les griots de la transition s'empressèrent alors de chanter à la reconnaissance internationale, comme à chaque fois qu'un vazaha pointe le bout de son nez. Qu'il soit blanc, Saoudien ou Chinois.

 

Mais revenons au football. On peut émettre de façon raisonnable quatre remarques au sujet de ce Mondial 2010 qui se déroule en Afrique du Sud, première nation africaine qui accueille la coupe du monde de football.

 

La reconnaissance envers une puissance régionale

 

Primo, c'est la reconnaissance du statut de l'Afrique du Sud comme grande puissance sur tous les plans,  même si elle n’est classée en 2009 « que » 129ème sur 182 pays avec un développement humain moyen par le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) dans son dernier rapport. Malgré les revers de la médaille (délinquance, chômage), elle est considérée par la Banque mondiale comme un pays à revenu intermédiaire (middle income country) avec un PIB par habitant de 5,820 USD (420 USD pour Madagascar), et est placée par Freedom House dans la catégorie des pays libres (1). Il est vrai que la culture inculquée par les Afrikaaners et l'héritage qu'ils ont laissé sur le plan du développement ne sont pas négligeables en Afrique du Sud. L'Afrique du Sud est également, au même titre que le Nigeria ou l’Egypte,  un des pays africain qui peut légitimement prétendre à un siège permanent au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, lorsqu'une réforme de cette institution verra enfin le jour, ce dont la veille n'est pas pour demain. Sur le plan de la gouvernance politique et démocratique, ses dirigeants n'ont pas un comportement à l’africaine, au sens péjoratif du terme, comme furent ou sont les Bokassa, Idi Amin Dada, Mugabe, Kadhafi, Tandja, Dadis Camara ou autre Rajoelina.


On notera aussi l'envergure de l'ombre d'un Mandela, qui a su gérer avec intelligence la période post-apartheid. Il est vrai que Mandela était avocat, et non amuseur de minettes ; qu'il a souffert pour son peuple, au lieu de le sacrifier sur l'autel de son ego ; et qu'il a été porté au pouvoir par les urnes, et non par les armes. Voilà au moins trois raisons qui expliquent pourquoi cet homme éminemment respectable mérite sa popularité actuelle. Et quoiqu'on en dise, quand le comité de sélection de la Fifa a accordé le Mondial 2010 à l'Afrique du Sud au détriment du Maroc, la notoriété de Madiba (2) devait trainer dans les esprits. Car l'homme, devenu une sorte de patrimoine mondial de l'humanité, reste une référence planétaire pour beaucoup de monde, y compris pour certains cancres de la politique malgache qui clament à tort et à travers l'avoir comme modèle. On se demande bien en quoi…

 

Secundo, sur le plan sportif, l'Afrique du Sud est un pays performant. Double championne du monde de rugby (1995 et 2007), elle aligne régulièrement des athlètes de premier plan dans plusieurs disciplines. Le fait qu'elle accueille une compétition mondiale n'est donc que justice, et ce n'est d'ailleurs pas la première fois : elle avait été l'hôte de la Coupe du monde de rugby en 1995, qu'elle avait d'ailleurs remportée. La rigueur de la culture anglo-saxonne dans ce pays lui a donc permis de se préparer depuis des années à cette échéance du Mondial  2010, ce qui laisse augurer d'une organisation à la hauteur de l'événement, malgré les risques liés à l’insécurité. En football, elle peut s’enorgueillir d’une victoire à la Coupe d’Afrique des Nations de 1996, mais actuellement, elle est classée 83ème dans le classement de la FIFA, et sur le plan régional, elle pointe à la 17ème place d’un classement dont le podium est occupé dans l’ordre par l’Egypte, le Cameroun et le Nigéria. On n’attend donc pas d’elle une performance extraordinaire pour sa troisième participation à la Coupe du monde, mais le fait que cela se passe chez elle peut changer la donne, et surtout comme disent les Malgache, boribory ny baolina.

 

Tertio, l'Afrique du Sud a su gérer la réconciliation post-apartheid, et dépasser les clivages pour construire une nation forte, capable de se souder pour face aux défis importants. Elle a su former une union nationale autour de ce projet d'accueil du Mondial 2010 de football. Après être passée par un processus Vérité et réconciliation, elle se présente en ce XXIème siècle comme une puissante nation multiraciale et multicolore, même si les townships continuent quand même de faire tâche.

 

Et enfin, l’Afrique du Sud sait que quand on veut la fin, on veut les moyens. A part un investissement de trois milliards d’euros pour les infrastructures, elle s’est adjugée les services du brésilien Carlos Alberto Parreira, champion du monde en 1994, pour entrainer les Bafana Bafana. Et aucun sud-africain n’est allé rouspéter contre l’invasion des compétences étrangères, comme ce qui est arrivé contre les Philippins de Sherritt et les Allemands de la Jirama ou d’Air Madagascar. Ce qui est curieux, c’est que le pouvoir hâtif qui a fait son cheval de bataille de cette pratique d’importation de compétences à un prix exorbitant, a fini elle-même par recruter pour les Barea de Madagascar un entraineur français assez éloigné du premier plan, et même de la seconde zone. Salaire de cet entraineur dont le principal fait d’arme est une place de finaliste de la Coupe du Qatar : 23 millions d’Ariary par mois, selon nos confrères de l’Express de Madagascar. On attend avec impatience le bilan de ce virapinage.

 

Long is the road...

 

Que conclure par rapport à Madagascar ? Rien de bien réjouissant, si ce n’est la mesure de ce qui nous reste à parcourir. Contrairement à l'Afrique du Sud, nous ne sommes pas une puissance régionale. A l'échelle internationale, nous ne sommes pas respectés car les simiesqueries de nos hommes politiques ne nous rendent pas respectables. Nous sommes incapables de réconciliation nationale, chaque leader (si leader il y a) estimant voir midi à sa porte. Les grandes idées et les grandes visions de nos dirigeants se résument à remplir la Place du 13 mai. Et l’insulaire qu’est le politicien Malgache pense toujours qu’il est la 8ème merveille du monde, ce qui l’empêche d’avoir un rapport intelligent avec la mondialisation, si ce n’est pour aller cirer les pompes élyséennes ou celles du Quai d’Orsay.

 

On apprend par ailleurs que le Président de la Haute autorité de Transition (HAT), dont le rêve bien connu était de faire venir Michael Jackson à Madagascar, se serait mis en tête de faire venir des vedettes internationales pour le 26 juin. Des « fuites » sont parues dans la presse pour avancer les noms de Céline Dion, Britney Spears ou Mariah Carey, pour un budget qui avoisinerait les 6 milliards d’Ariary (3). Même si c’est beaucoup moins que l’avion Air Force One number two de Marc Ravalomanana, on se demande où sont passé les grands slogans lancés sur la Place du 13 mai contre le gaspillage des deniers publics pour des futilités ? Sans doute est-ce le prix à payer pour que le DJ Andry TGV puisse marquer à sa manière de son empreinte la vie nationale. C’est donc l’occasion de lui rappeler ces mots de Cicéron : « Plus on est placé haut, plus on doit se montrer humble ». Mais il est vrai que chacun choisit ses références, et les philosophes latins sont sans aucun doute plus ennuyeux et moins sexy que les stars du show-biz international. Effectivement, Marcus n’est pas Mariah, et Cicéron c’est pas Carey…

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Notes :

 

(1)   Freedom House juge les libertés politiques (PL) et les libertés civiles (CL) sur une échelle de 1 à 7, la valeur de 1 reflétant le maximum de liberté, et celle de 7 le niveau de liberté le moins élevé. En 2010, pour l’Afrique du Sud, les indicateurs PL et CL sont chacun de 2. Pour Madagascar, ces valeurs sont respectivement de 6 et de 4. Inutile de souligner que Madagascar est classé « partiellement libre », tout comme les Comores.

(2)   Nom tribal de Nelson Mandela.

(3)   Je n’y crois d’ailleurs pas une seconde. Cela va se terminer par un concert du style Rossy, Jerry Marcos et Mima à Antsonjombe, ce qui d’ailleurs serait préférable dans un contexte de célébration du retour à l’Indépendance, au lieu de stars internationales qui ne sauraient même pas montrer Madagascar sur un planisphère… Ou des vieilles vedettes internationales réchauffées, mais financièrement plus accessibles comme Kassav, Boney M ou Jean-Luc Lahaye.

 

Ndimby A.

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