Conférence presque nationale

Publié le par Ny Marina

Coup d'envoi ce jour de la fameuse Conférence nationale sous l'égide des Raiamandreny mijoro, regroupement lui-même téléguidé par le parti AVI de Norbert Lala Ratsirahonana. Malgré la réticence de la Coordination nationale des organisations de la société civile (CNOSC) qui aurait souhaité un report en vue de parfaire les préparatifs, les organisateurs et le pouvoir hâtif ont préféré faire le forcing pour que la manifestation ait lieu aux dates prévues. Dans l'esprit de ce concept né au début des années 90 en Afrique, une Conférence nationale est censée réunir toutes les tendances politiques du pays pour tenter de définir de nouvelles bases pour le futur, en espérant que la rencontre soit un tremplin pour un meilleur avenir politique, social, voire économique.

 

La Conférence nationale qui commence aujourd'hui ne regroupe pas toutes les tendances existantes de la vie politique malgache. L'opposition officielle, regroupée sous l'appellation de « trois mouvances » derrière les anciens chefs d'Etat Ratsiraka, Zafy et Ravalomanana, a décidé de boycotter la réunion qui se tiendra du 13 au 18 septembre. Par contre, plus d'une centaine de partis seront présents : le nombre ne doit pas impressionner plus que de raison, la plupart de ces partis étant bidons. « La chute des grands hommes rend les médiocres et les petits importants. Quand le soleil décline à l'horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit quelque chose » disait à juste titre Victor Hugo. La perspective de participer au gâteau de la Transition, dont les institutions seront remaniées pour proposer des sièges, aiguise les appétits et favorise la participation et l'inféodation à la Haute autorité de la transition (HAT).

 

Parmi les partisans des anciens Présidents, en particulier au sein des mouvances Zafy et Ravalomanana, certains se sont désolidarisés des mots d'ordre de boycott pour rejoindre le rang de l'Espace de concertation des partis politiques (Escopol) favorable à une collaboration avec la HAT. Pour les uns, cela procède d'une volonté sincère de mettre fin à la crise au nom de l'intérêt supérieur de la nation (ISN). Pour les autres, il s'agit tout bassement d'un calcul politique afin de participer à la grande bouffe au nom de l'intérêt supérieur de la ration (ISR). Le dieu de la politique y reconnaitra les siens, mais toujours est-il que tous serviront d'alibi à la HAT pour qualifier cette pseudo-Conférence nationale de consensuelle et inclusive. Car pour certains, consensualité et inclusion ne signifient pas nécessairement unanimité.

 

Ce point de vue peut receler une part de vérité. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la crise actuelle est née d'un coup d'Etat perpétré par Andry Rajoelina contre Marc Ravalomanana. Ce sont donc les deux principaux protagonistes qui doivent être associés au processus de sortie de crise. Ainsi, prétendre qu'une Conférence nationale sans l'un ou l'autre est quand même consensuelle et inclusive n'est qu'une affabulation, voire un attrape-naïf. Pour rester poli. Car dans le fond et la forme, la Conférence nationale d'aujourd'hui a plus ou moins le même consensus bidon que celui des Assises nationales organisées par le Professeur Blanche Richard en avril 2009.

 

Les ratsirahonaneries pour imposer son poulain à la tête de l'Etat risquent finalement d'aboutir, après plus de 18 mois d’errements. La Conférence nationale, sa feuille de route électorale, le remaniement des institutions finiront par donner l’illusion d’une normalisation de la situation. Le TGV est en marche, et malgré tous les dégâts qu'il a causés et que ses griots refusent d'admettre, ceux qui ont choisi de rester à quai au nom du légalisme ont de moins en moins les moyens de peser. La faute aux transfuges, à la majorité silencieuse qui laisse faire, et surtout au manque d'esprit stratégique des chefs des trois mouvances. Mais je doute fort que cela signifie une adhésion de la population. Il n’y a qu’à voir l'accueil fait par la population de la Capitale à la délégation de la HAT venue faire acte de présence lors de la veillée funèbre de Raoul de Mahaleo pour ne plus avoir à se poser des questions sur la popularité des putschistes.

 

On sait alors que l'accueil de cette entourloupe qui se prépare sera mitigé sur le plan national. La question qui se pose plutôt est donc l'accueil que va réserver la communauté internationale à cette solution malgacho-malgache qui se dessine au forceps. Le calcul de Andry Rajoelina est le suivant : présenter les participants à cette Conférence nationale comme représentant la Nation malgache. Par conséquent, toujours suivant ce calcul, cette rencontre et la feuille de route qui va suivre devraient être qualifiées de consensuelle et inclusive, et ainsi permettre la reconnaissance internationale. Mais surtout, ce qui intéresse surtout la HAT, c'est la reprise des financements. Car contrairement aux diamants de James Bond, les bois de rose ne sont pas éternels.

 

Il appartient donc à la communauté internationale d'évaluer si elle va rejoindre le rang des naïfs, ou si elle pense encore pouvoir peser pour aboutir aux conditions d'un réel consensus malgré le rouleau compresseur des Raiamandreny mijoro et de l'Escopol. Toutefois, la récente tentative de conciliation organisée par le Pasteur Ramino Paul, et qui a réuni secrètement chez le Nonce apostolique, le Président Zafy, Monsieur Rajoelina et les chefs de file des mouvances Ratsiraka et Ravalomanana démontre au moins une chose : les Raiamandreny mijoro, la communauté internationale et même Andry Rajoelina savent que sans les trois mouvances, la consensualité de cette Conférence nationale ne sera qu'une illusion. Et on voit donc mal comment une solution fiable et pérenne pourrait en sortir. Toute sortie de crise qui se contentera de cacher les blessures au lieu de les guérir, ne sera que le germe d'une autre crise dans quelques temps.

 

Au menu des discussions...

  

De quoi les participants vont-ils alors discuter au cours de cette manifestation budgétivore, mais dont l'efficacité et la pertinence resteront à démontrer dans les mois et les années qui suivent ?

 

Ils parleront d'élections, grand leitmotiv de Andry Rajoelina qui les place comme un élément central de la vie du pays. Je m’amuse toujours de l’importance accordée par ce monsieur au vote, alors qu’il n’a pas daigné les attendre comme tout démocrate qui se respecte pour revendiquer la pouvoir. S'il y a un sujet qui fait l'unanimité, c'est que les élections sont la meilleure solution pour sortir de la crise. A commencer par Andry Rajoelina, qui rêve d'un schéma à la mauritanienne : la communauté internationale a rappliqué la queue entre les jambes pour adouber le putschiste de service après une élection-alibi organisée en un mois. Mais dans le cas malgache, la question qui se pose est celle-ci : qui est suffisamment crédible pour organiser et juger un scrutin de manière indépendante, fiable et transparente ? Certainement pas un régime qui prend autant de liberté avec les principes de bonne gouvernance et de démocratie.

 

Ils parleront de Constitution. Le Comité consultatif constitutionnel (CCC) a planché sur le sujet, et se prépare à poser 138 questions aux participants de la Conférence nationale. Malgré le fait qu'ils aient été nommés par la HAT, ce qui autoriserait à une légitime suspicion, j'ai toutefois un a priori favorable sur la qualité technique de la plupart des membres du CCC, même si je m'étonne de la mise à l'écart du Professeur Jean-Eric Rakotoarisoa. Mais là où je m'inquiète, c'est que Andry Rajoelina ait annoncé il y a quelques semaines qu'il présenterait également un projet de Constitution. Dans un contexte où les griots et les gros bras font la loi, ce projet risque alors de passer comme une lettre à la poste devant un Escopol complice, un futur Parlement de la Transition béni oui oui, et une société civile impuissante. Le hâtif en chef a donc mis à profit le savoir et l'expérience tirées de ses longues et brillantes études universitaires et de sa grande pratique des affaires publiques pour nous mijoter un texte de Loi fondamentale. Inquiétant. De toutes manières, dans sa propre logique, je me demande à quoi servirait une Constitution, alors qu'il a montré par l'expérience qu'on pouvait l'envoyer valser avec un coup d'Etat, quelques milliers de gugusses sur une Place publique, des kalachnikovs et deux BRDM.

 

Ils parleront enfin d'amnistie et de refus d'impunité. Ce dernier principe est très louable. Mais alors, je souhaiterais qu'on me dise qu'en est-il des auteurs d'actes punis sévèrement par le Code Pénal tels que coup d'Etat et mutinerie ? Sans oublier ceux qui mettent en danger la vie d’autrui : si même le code de la route punit ce délit, un code pénal servi par une justice sereine et indépendante laisserait-elle passer les responsables qui ont emmené la foule à Ambohitsorohitra le 7 février ? Tout ce beau monde sera-t-il donc amnistié d'office ?

 

Comme disait Socrate, « Le pédagogue n'est pas celui qui donne les réponses, mais celui qui fait naître les bonnes questions »… Atsipy ny tady an-tandrokin'ny omby, atsipy ny teny am-po ny mahalala .

 

Ndimby A.

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