CORRUPTION, QUAND TU NOUS TIENS

Publié le par Ny Marina

 

Le 30 octobre 2010

 

 

Transparence Internationale vient de nous offrir son classement 2010 pour la corruption. L’on nous dit que Madagascar a reculé et que, sur 180 pays inventoriés, nous sommes passés de la 99e en 2009 à la 123e place en 2010. En fait, si je comprends bien, ce recul de l’indice de perception de la corruption indique une augmentation, une Croissance de celle-ci. Voilà donc un domaine où nous faisons mieux que d’autres. Quand serons-nous les premiers, c’est-à-dire tout à la fin du classement ?

On nous dit que la crise n’a fait qu’amplifier la tendance. Dame Crise a bon dos et d’autant plus que l’on ne peut l’envoyer en correctionnelle. Le directeur général du Bianco – cette jeune institution qui est chargée, dit-on, de la lutte contre la corruption – avance que la suspension des financements venant des bailleurs de fonds aurait en fait poussé au développement de cette pratique digne de l’attention internationale. Ce serait donc la communauté internationale qui aurait réussi cette performance. On se croirait encore à l’époque coloniale où l’on pensait que nous étions pour la plupart incapables de quoi que ce soit. Et l’on veut encore aujourd’hui nous retirer jusqu’à nos compétences. Or, nous ne pouvons que progresser. De Coup d’Etat + 1 à Coup d’Etat + 2, nous avons gagné 24 places. Combien en aurons gagné, quand nous en serons à Coup d’Etat + 5 ? Ou, sur le modèle ivoirien, à Coup d’Etat + 10 ? La corruption fonctionne comme tous les bons systèmes institutionnels, qui ne peuvent que se développer. Que deviendraient toutes nos Ong qui luttent contre la pauvreté, si celle-ci disparaissait ? La générosité se retrouverait au chômage. Voudrait-on aussi réduire au chômage toute la masse de nos corrupteurs et de nos corrompus ? Je n’ose le croire. Quoiqu’elle ne paie aucun impôt, la corruption n’est pas une entreprise franche.

C’est pour qu’ils ne persévèrent pas dans leur mauvaise habitude (fahazaran-dratsy) et ne succombent plus à cette tentation que nos Hâtifs seniors devenus Conseilleurs ont été augmentés à 25 millions de francs malgaches mensuels. Pour la même raison aussi que nos néo-Hâtifs ou Congressés sont, quant à eux, appointés à 15 millions de Fmg. Ayant consulté les meilleurs constitutionnalistes, je n’ose pas suivre la Tvm qui parlent de sénateurs et de députés, comme on l’a vu sur nos écrans avec deux dames « députées » d’Analalava. La télé du gouvernement Hâtif nous les présente comme les deux premières femmes de ce district à atteindre de telles fonctions. Ce serait un grand progrès pour la condition féminine. C’est là encore un miracle Hâtif, car à les voir peiner à seulement énoncer ce qui était écrit sur le papier qui leur avait été préparé, on se demande si elles auraient pu être élues après une campagne électorale. Le transitionisme a oublié de les faire passer par une mise à niveau en lecture, niveau CE2 ou CM1. Il apparaît là le besoin impérieux d’une coopération avec qui vous savez. Cette bonne maman pourrait leur envoyer quelques spécialistes de Segpa, vous savez, ces enseignants qui se tuent à apprendre à lire, écrire et compter à certains des enfants qui arrivent – par miracle ? – dans les sixièmes hexagonales.

Notre Conseil Supérieur de la Transition et notre Congrès de la Transition ont donc des membres dijiesquement choisis. Ce sont donc nos Conseilleurs et nos Congressés. Entre eux, le fihavanana n’est pas encore calme, serein et tranquille. Existe un petit bisbi. Les Congressés, qui n’ont pas compris ce que signifie le mot « Supérieur », contestent la mensualité attribuée aux Conseilleurs et, s’estimant maltraités, réclament une parfaite égalité de traitement. On les comprend, car vivant dans un monde où l’on compte plus par millions de dollars que par millions de francs, ils ne demandent que la stricte application de la devise de notre nouvelle République. Si j’ai bien compris, elle proclame : Amour [de soi], Egalité, Confraternité. C’est là que sera notre Vrai Bonheur Radzouëlien. Soyons honnêtes, il ne faut pas le refuser.

Des Hâtifs disent que Transparence Internationale n’est qu’un tissu de bobards et de mensonges. Comment serait-il possible de mesurer ce qui, par définition, est caché ? Invisible, quand il est donné sous la table. Enveloppé dans une boîte d’allumettes, quand il est petit. Ou encore comme un chausson aux pommes, fourré dans une valise, quand il est… conséquent. La valise est toujours préférée au chausson aux pommes, car avec un chausson de la taille d’une valise, c’est l’indigestion assurée – ce qui n’est pas le cas de la valise : les dollars se conservent bien sans indigestion.

Nos Hâtifs ne se trompent pas. Un petit fait qui vous montrera bien que notre justice n’a pas encore, à ce qu’il me semble, succombé totalement à la mode de la modernité argentophile. Il était une fois, il n’y a pas très longtemps, un promoteur immobilier qui voulait faire du logement social, construisait des maisons et les vendait avec le terrain sur lequel elles étaient édifiées. Une dame vint qui acheta une maison en signant un contrat synallagmatique, en paya la moitié, revint plus tard, voulut échanger sa maison contre une autre du même lotissement, puis décida de prendre les deux, toujours par le même type de contrat. Les maisons furent construites et l’acheteuse prévenue. Elle ne bougea pas. Pour être sûr qu’elle le sache bien, une lettre recommandée avec AR lui fut envoyée, lui demandant d’en prendre possession. C’était il y a deux ans. Sans réaction de la dame. Aux grands maux, les grands remèdes. Le promoteur demanda à un huissier de voir la dame et, si elle ne pouvait payer, de lui proposer de renoncer à son achat et le promoteur la rembourserait intégralement de ce qu’elle avait versé, dès que la maison serait vendue à une autre personne. La dame refusa l’accord. Le même huissier vint lui proposer une autre solution sans obtenir un début d’adhésion. Chaque fois, il dressa procès-verbal de la négociation.

La dame avait une autre idée. Elle alla consulter un cabinet d’avocats dirigé par une personnalité de haut vol du monde Hâtif. Le cabinet engagea la dame à porter plainte et, prenant l’affaire à bras le corps, fit accélérer la procédure sans doute en graissant les rouages. La mode ancienne des épices est localement remplacée par celle, moderne, du niveau d’huile. L’affaire arriva vite dans l’agenda du tribunal correctionnel, sans que le présumé coupable soit même prévenu comme le veut le code de procédure. N’en sachant rien, il ne viendrait donc pas au tribunal et, selon la règle, serait condamné par contumace. Le jour du jugement, la dame du parquet demanda – avec bienveillance – un an de prison avec sursis, le remboursement des sommes versées et cent millions de dommages et intérêts. Sûre d’obtenir le résultat désiré, la plaignante n’était pas venue, mais prévenu par la rumeur judiciaire, le présumé coupable dont on espérait l’absence, était bien là avec son avocat qui fit l’histoire de l’affaire, présenta le récépissé de la lettre d’il y a deux ans et les procès-verbaux de l’huissier. Après mise en délibéré, le jugement innocenta le présumé coupable. Son avocat fit alors une grande colère. Il ignorait sans doute autant que vous ce qu’était un contrat synallagmatique. Pour ce genre de vocabulaire littéraire, inutile de chercher dans le Furetière, le Littré vous donnera l’explication : c’est le genre de contrat qui interdit aux deux parties de s’adresser à un tribunal pour juger d’un différend. L’avocat de la plaignante cria haut et fort que c’était le règne des Tsimatimanota et qu’il fallait changer tout dans ce pays ! L’on ne m’a pas raconté l’explication de figure, de dessin ou de dessein qu’il dut avoir avec la dame du parquet. Se détermineront-ils Hâtivement à faire appel ou auront-il compris que c’était inutile ? Veaux, vaches, cochons, couvées, le beau rêve s’est envolé.

Puisque je vous ai sous la main, permettez-moi de vous signaler, au Mozambique, des dégâts collatéraux de la corruption chinoise. Rfi nous apprend aujourd’hui que, dans ce pays, le gouvernement a retiré leur permis de travail à trois Chinois pour avoir violenté leurs ouvriers mozambicains. Il y a quelque temps, un cadre chinois fut aussi projeté dans les médias – le pauvre ne s’y attendait pas – pour avoir luxé l’épaule d’un de ses ouvriers. Pourtant, ce n’était qu’une simple réprimande pour être arrivé en retard. Comme chez nous à Namakia, on ne sait plus offrir une hospitalité bienveillante à nos chers hôtes.

Et puisque vous ne vous êtes pas encore éclipsés, vous aurez droit à l’histoire du très cher ami de premier ministre Roindefo. Ayant oublié son nom, je l’appellerai Xxon. Xxon arrive donc à Madagascar. Il est accueilli par deux ministres, Intérieur et sécurité publique, pour lui éviter les attentes et les tracas des formalités policières. Il est bien accueilli, cela va de soi. Et comme son ami Pointe de Sagaie réside chez lui, quand il va dans le pays de Reny malala, Xxon débarque dans la maison de Pointe de Sagaie. Xxon est depuis longtemps dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien. Il était mercenaire aux Comores avec Bob Denard. Il s’est depuis reconverti dans les mines. Mais les mines, nul ne l’ignore, ça explose. C’est bien ce qu’il advint, car la bonne mémoire de certains de nos compatriotes s’est subitement souvenue qu’il avait déjà été expulsé et qu’il était interdit d’entrée sur notre territoire. La police est intervenue, a rattrapé l’ami de Pointe de Sagaie et l’a reconduit à l’avion. Il n’aura pu passer que trois ou quatre jours dans l’Île malheureuse. Il en est qui se demandent quelle est la nature des relations entre Pointe de Sagaie, Organès et son collègue. Avant la réexpédition du colis, l’affaire a provoqué du schtroumpf à Ambohitsorohitra.

Ne vous sauvez pas. Une vraie, vraie, vraie, vraie bonne nouvelle, une nouvelle qui fait mon vrai bonheur à moi. Il pleut. Oui, il pleut. On commençait à croire que le fanjakan’Ijoelina en était même venu à détraquer le temps. Depuis quelques jours, on se disait en début d’après-midi : Tiens, il va pleuvoir. On ne s’était pas trompé. Il avait bien plu. Mais ce n’était même pas un pipi d’anges, tout au plus le pipi d’un seul ange qui, malgré l’âge, n’avait pas encore réglé ses problèmes de prostate. Soyons clairs et ne commençons pas à discuter du sexe de ces charmants angelots. Depuis la Renaissance, les peintres nous ont bien montré leur sexe. Aujourd’hui, c’est une vraie pluie de fahavaratra comme il y avait à Noël il y a quarante ans. De la pluie qui tombe en rafales poussées par le vent, avec Zanahary qui ne se fatigue pas de rouler ses tonneaux. Je suis heureux et je sais que mes kizozì et mes brakaria, qui ont soif depuis le mois de juin, sont aussi heureux que moi. Zanahary ou mieux Zañahary merci.

 

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