Coup de froid pour les hâtifs ?

Publié le par Ny Marina


 

Les lecteurs et les commentateurs assidus connaissent la suspicion peu cachée que je nourris envers l'ambassadeur Chataignier, grand donateur de courbettes de la première heure chez le Grand Hâtif. Mais je dois avouer que l'Excellence made in France m'a agréablement surpris par son discours du 14 juillet dernier.  Sans le souvenir des trois membres de ma famille repeints en rouge sang par les Français lors des évènements de 1947, j’aurais pu finir par me dévergonder et trouver sympathique ce successeur de Galliéni dans les fonctions de représentant de l’Etat français.

 

Je ne sais si Monsieur Châtaignier lit les éditos de Tribune.com, mais les principales thèses qu'il a développées le 14 juillet rejoignent ce qui est écrit ici depuis des mois. Primo, le poids des extrémistes de part et d'autre bloque l'avancée vers une sortie de crise (Les Faucons et les vrais, 12 juillet 2010). Secundo, il faut dissoudre le FIS (Forces de l’ordre ou du désordre, 21 mai 2010). Et tertio, une mauvaise sortie de crise aujourd’hui plantera les germes d’une nouvelle crise demain (Soigner la sortie de crise, 6 juillet 2010). Mais contrairement à Monsieur Chataignier, les journalistes ne roulent pas en voiture CMD et ne parlent pas devant une assemblée obligée de les écouter parce que c'est le prix à payer pour le cocktail organisé après : ils ont donc bien peu de poids à Madagascar. Notamment durant ce régime de putschiste, champion toutes catégories de l’emprisonnement des gens des médias malgaches.

 

On constate d’ailleurs que les journalistes auxquels les grands manitous (manie-tout ?) de l’injustice et de l’insécurité publique cherchent des poux ne sont pas toujours ceux qui devraient l’être. Le dernier rapport de Reporters sans frontières  concernant Madagascar fait état de journalistes ayant touché un felaka (bakchich dans le vocabulaire journalistique) record de 500.000 Ariary, pour chanter les louanges d’une activité d'une compagnie de télécommunications dans le Sud. Le Bianco tourne-t-il tellement au ralenti à cause de la crise pour ne pas s’intéresser à cette histoire, qui semble pourtant bel et bien couverte par les définitions placées sur son site web ? Dans le cadre d’une enquête, ce serait pourtant bien facile d’identifier la compagnie en question et les journalistes qui ont fait partie du voyage. Mais comme le felaka avait été fait pour motiver la presse à venir couvrir l’évènement à Toliara et parler en parallèle du Président de la HAT qui y assistait, ce sera un felaka déontologiquement acceptable pour les courtisans du pouvoir actuel.

 

Il est vrai que les médias malgaches recèlent de personnages pittoresques, dont certains décorent les colonnes du rapport de RSF cité ci-dessus. Parlant de sa situation de griot de Andry Rajoelina depuis le début de la crise, un de nos confrères dira le plus sérieusement du monde : « On n’a pas foulé aux pieds l’éthique journalistique, on s’en est juste écartés ». On est donc rassuré :  il ne s’est pas assis dessus. Mais ce qui est inquiétant, c’est quand le Directeur de la Pravda (la Vérité en russe) locale et en cumul Directeur de la Communication de la Haute autorité de transition (HAT), déclare ceci à son propre sujet : « Il n’aime pas les Africains (…). Les Malgaches ne sont pas des Africains. Nous, on ne se coupe pas la tête avec des coupe-coupe ». Quand on voit donc cette mentalité fièrement affichée d’un proche conseiller de Andry Rajoelina concernant les fils du Continent noir, on comprend mieux pourquoi la diplomatie malgache face à la SADC et à l’Union africaine est une diplomatie de ratés. En tout cas, voilà une déclaration brillante qui va redorer encore plus l’image d’homme d’Etat de l’employeur de ce Directeur de la communication. Espérons seulement alors que les militaires malgaches envoyés participer au défilé du 14 juillet avec d’autres détachements africains puissent revenir sains et saufs, et pas avec leur tête sous le bras.

Pour en revenir à la demande de dissolution du FIS par l’ambassadeur Chataignier, on lit depuis des réactions courroucées la qualifiant d’ingérence, et tentant d’expliquer par force arguments fallacieux que si cette unité tristement célèbre avait été créée, c’est « parce que le régime avait des raisons » (vitales ?). Lire entre les lignes : il fallait un épouvantail pour terrifier suffisamment les légalistes et calmer leurs ardeurs. Au vu de la situation actuelle, la mission est sans doute quelque part accomplie… Mais ce qui est étonnant, c’est que les pères-la-vertu pro-HAT ne se sont jamais émus de voir l’ingérence de Jean-Marc Chataignier auparavant, quand il avait un comportement plutôt favorable envers la HAT. Et pour une fois qu’il commence à dire des choses censées, ne voilà-t-il pas que les gros bras et grandes gueules au service de la HAT rappliquent ?

 

Pour conclure sur cette allocution de l’ambassadeur Chataignier, je me demande si finalement l’analyse proposée lors de mon dernier édito sur la fin des tiraillements au sein de la diplomatie française n’est pas vraie, et si le départ d’Alain Joyandet n’allait pas sonner un début de frimas hivernal pour le pouvoir hâtif. Heureusement pour ce dernier que le soleil se lève à l’Est, du coté de la Chine de Wisco.  « C’est donc la ligne diplomatique multilatérale (Guéant, Parant, Maréchaux) qui reste la seule en lice. Cette dernière vise à soutenir Rajoelina, mais dans le cadre strict d’une diplomatie française intégrée dans une approche multilatérale, qui prenne en compte les grandes organisations telles que l’ONU, l’UA ou la SADC. Des trois lignes, la dernière est la seule qui survive à ce jour, et cela peut influer sur le futur proche » (Les Faucons et les vrais, 12 juillet 2010). Je ne savais pas que le futur proche se présenterait dans un horizon de deux jours après avoir écrit ces lignes.

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