CRISE ET PROSPÉRITÉ

Publié le par Ny Marina

Le 10 juillet 2010

 

La crise économique continue de faire sentir ses effets catastrophiques, et la Hat se hâte de ne rien faire qui puisse contrecarrer ses conséquences. Pour Soalala, elle a demandé aux Chinois un ticket d’entrée de cent millions de dollars. Le bruit a couru que les deux chèques de cinquante millions ne seraient pas versés. C’est vrai qu’il y eut un problème : la banque prenant en compte les sanctions de l’Union Africaine ne voulait pas le faire. Un commando fut donc dépêché à Hong-Kong pour expliquer que cela ne concernait que les banques en Afrique et les chèques ont été versés. Notre chancelier de l’échiquier a bien confirmé que l’argent était là. Et l’on sait que lui se tient à la loi budgétaire et refuse les mouvements financiers crocodiliens.

Tout n’est pas pourri au royaume de Danemark. Parmi les gens nommés depuis un an et demi, il y a encore des gens qui défendent l’intérêt et le bien public. C’est le cas du chef de région Michel Saina qui fait la chasse aux trafiquants de bois de rose dont il dit qu’ils sortent de la forêt trente tonnes de bois chaque jour et qu’ils sont protégés en très haut lieu. Il en a fait arrêter quelques-uns. Pas en très haut lieu, mais parmi les exécutants.

C’était le cas aussi de la nouvelle directrice générale des Domaines, un service dont on sait qu’il est particulièrement gangrené. Défendant l’honneur du pays, elle menait une opération Poches Propres. Un petit exemple parmi d’autres. Une famille avait un terrain en bord de mer à Foulpointe depuis quarante ans. Une intermédiaire du lieu rencontre un acheteur potentiel venu de la Réunion et lui propose le terrain. Aux domaines tamataviens, le dossier du terrain disparaît et remplacé par un nouveau dossier. Ce lieu de rêve est vendu et un nouveau certificat de situation juridique délivré au nom de l’acheteur qui commence à construire. Les propriétaires portent plainte au Tribunal et au Bianco. Le Tribunal demande d’urgence aux domaines délivrance du Csj antérieur à l’achat. Les domaines traînent et la session du tribunal est reportée après une deuxième injonction aux domaines de fournir le Csj antérieur. Manifestement, ce service traîne les pieds. Quant à l’intermédiaire, elle a finalement été retrouvée et arrêtée : elle avait essayé de disparaître.

A Antananarivo, la nouvelle Directrice Générale se fâche et, il y a une quinzaine dans son bureau, pique une colère et fait un Avc. Transportée à l’hôpital, les médecins constatent son décès. Elle avait trente-six ans. Une enquête est enclenchée pour savoir si ses collaborateurs n’ont pas manqué de zèle et tardé pour appeler de l’aide.

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Au niveau le plus haut, on clame que Madagascar peut fort bien se passer de l’aide européenne, mais on ne dit pas, même à voix basse et surtout pas à la presse, qu’elle cherche quand même de l’argent. Il est bon de savoir que des envoyés sont allés négocier une aide quelque part au Moyen-Orient et ont obtenu la mirifique promesse immédiate d’un milliard deux cents millions de dollars – une somme qu’il faut comparer aux 625 millions d’euros sur cinq ans du dernier Fed de Bruxelles. Jugez du peu. Où mettre tous ces dollars, car la Banque Centrale est dans l’incapacité de recevoir une telle somme pour insuffisance de masse monétaire ? Pas à Maurice en tout cas à cause des sanctions de l’Union Africaine. Il faut discuter de ce point et d’autres avec le plus jeune chef d’Etat non élu de la planète. Rentrés en milieu de semaine, ils lui demandent de fixer une réunion de travail. L’agenda du gamin est plein jusqu’au vendredi. Il fixe donc une réunion pour le lundi. Ne pourrait-elle avoir lieu le samedi ou le dimanche ? Ce n’est pas possible. Peut-être a-t-il prévu un ouiquende à Nosy-Be ! Quoi qu’il en soit, il est évident qu’il n’est pas un bourreau de travail et qu’il désespère même ses plus proches soutiens. La Révolution tgviste est là dans cet immobilisme quotidien et dans le déni de toute décision importante. Du temps de son prédécesseur, celui-ci aurait dit : « Je suis pris jusqu’à minuit, on se voit à une heure du matin ».

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Il est une cité prospère où ne se font pas sentir les effets catastrophiques de la crise. C’est le cas d’Antsiranana que beaucoup continuent à appeler Diégo-Suarez et qui n’a pas cessé de bénéficier d’une APD durable.

Il ne s’agit pas d’une Aide Publique au Développement, mais de l’Aide Privée au Développement que lui apportent un millier de retraités français ayant succombé aux charmes évidents de la ville. Etablis de façon durable, ils dépensent en moyenne 1.500 euros par mois, soit environ dix-huit millions d’euros par an. Dans cette population immigrée, beaucoup – on me dit 99% – sont en ménage avec de jeunes Malgaches. Ils font vivre un millier de familles, construisent des maisons, etc. et contribuent aussi à la croissance démographique de la France dans le Nord de Madagascar. Sur ce dernier point, il n’y a pas de statistiques ni d’estimation. Mais l’on sait que les Malgaches de la région ont toujours été accueillantes et fidèles. Du temps où il y avait une base militaire, les légionnaires y fondaient des familles, quoique souvent non enregistrées à l’état civil. Quand la Légion quitta Diégo-Suarez, le colonel qui dirigeait encore l’Arsenal, fut chargé de suivre le déménagement des militaires et de leur matériel. Le soir à la veille du départ, il décida d’aller voir si tout se passait bien et si les péniches de débarquement étaient bien prêtes à lever l’ancre. Arrivé sur le quai, il fut étonné des conversations et des pleurs d’enfants qu’il entendit. Il vit alors que les conteneurs étaient humainement occupés. Il ne dit mot, se retira alors sur la pointe des pieds et, le lendemain, vit partir des conteneurs bien fermés et silencieux. Les femmes des légionnaires et leurs enfants partaient pour Mayotte. La présence de ces retraités apporte une véritable bouffée d’oxygène en euros. Pour la rentrée de la mi-septembre, Score ouvrira un hypermarché dont la construction est en voie d’achèvement.

Le tourisme a repris, si tant est qu’il avait jamais cessé. Chaque semaine, trois vols assurent la liaison ave la Réunion. Le Colbert a un taux d’occupation de 62%, ce qui lui assure sa viabilité financière. Ce groupe hôtelier termine un nouveau complexe à Ramena qui sera prêt pour la rentrée à la mi-septembre. Ramena se trouve à l’est sur la baie de Diégo. C’est un endroit, dit-on, paradisiaque. Le dernier colonel qui commanda l’Arsenal, me disait l’importance de Diégo dans le dispositif militaire français : l’on pouvait s’y baigner toute l’année et, selon les saisons, c’était soit à Ramena à l’est, soit sur la côte du Canal de Mozambique à l’ouest ; de plus, toute l’année, il était possible – avec les jeeps diesel qui avaient fait l’Indochine et accompagnées d’un camion atelier 6x6 pour les réparations – d’aller chasser le sanglier et la pintade au nord de la baie dans la presqu’île de Bobaomby. Cet intérêt était un vrai secret d’Etat qui ne devait même pas être enseigné à l’Ecole de Guerre.

Du boum de la construction, il faut retenir que Manorohanta, qui fut à la tête de l’Université de Diégo, ministre de Ravalomanana, puis ministre et vice-première ministre de la Hat, se construit une villa avec, dit-on, du marbre partout. Est-ce du marbre italien sur le modèle de Pompéi, du marbre chinois sur le modèle radzouëlien pour l’Hôtel de Ville ou du beau marbre Magrama sur le modèle ravalomananien de Iavoloha ? Il faudra bien que nous le sachions un jour quelle est, au moins pour le marbre, sa position politique.

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Mais économiquement, le secteur retraité et pouponnière n’est peut-être pas le plus important par les emplois permanents et pas précaires. L’arsenal n’était pas mort mais en état léthargique. Malgré le départ de la Légion, Diégo-Suarez reste sans conteste un emplacement stratégique pour les armements travaillant dans l’Océan Indien dans un pays idéal pour délocaliser. Malheureusement, l’outillage était vieilli ou périmé. Pour répondre à la demande de gros marchés, il lui fallait renouveler son matériel, mais comment faire quand on n’a pas les capitaux ? C’est alors qu’intervint l’Apd privée. Un armateur joua alors au ray malala et proposa de prêter l’argent nécessaire au directeur général qu’il jugea particulièrement compétent. Un projet fut fait pour un million deux cent mille euros. Les techniciens du père bien aimé examinèrent le projet, supprimèrent des jouets inutiles et ramenèrent le coût du projet à sept cent mille euros. La somme fut prêtée, le matériel installé et notre arsenal se mit au travail et, pour les travaux d’entretien et de remise à jour d’une flotte de thoniers européens, gagna quelque quatre millions d’euros.

Au départ, un plan de remboursement du prêt avait été défini. Mais, mieux que les bergers allemands de la gendarmerie, les Hâtifs ont un excellent odorat, quand de l’argent passe à proximité. Pour 700.000 euros, ce devait d’ailleurs être une odeur assez forte. Un conseil d’administration remercia le Dg et en nomma un nouveau – son frère aîné avait, dit-on, été ministre de même que sa grande sœur. Ce n’était pas que le triomphe d’une politique clanique ou ethnique, car le petit frère négligea de rembourser. Le ministre responsable de l’affaire fut alors convoqué non par la Commission Vérité et Réconciliation qui n’existe pas, mais par le comité Vérité et Honnêteté – un comité malgache auto-proclamé. Un des commissaires lui rappela une vérité d’évidence : « Un Malgache qui emprunte de l’argent ne le rembourse jamais ». Ce qui est faux quand on voit le taux de remboursement des micro-crédits qui frôle les 100%. Et le ministre comprit rapidement et se décida à rembourser l’emprunt. Tout n’est pas pourri au royaume de Madagascar. Il ne faut pas désespérer, mais bien veiller à ce que nos navires de l’Etat apprennent le bon usage de la boussole.

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