CROCODILE DE CAMPAGNE ET AUTRES

Publié le par Ny Marina

Le 26 mars 2010

 

Les crocodiles de ville continuent à grouiller dans le zoo d’Ambohitsorohitra, comme nous le verrons encore. Mais leurs congénères de la campagne ne sont pas de reste. Un petite anecdote suffira à en faire le portrait.

Il était une fois une petite association qui se démenait pour apporter à son tanindrazana un peu de ce qui offre le minimum de confort dans les villes. Après moult difficultés, elle réussit à le doter d’un bâtiment utile pour tous ceux que l’on ne peut considérer que comme des aristocrates. Ny marary no andriana, dit-on communément. Cet investissement, malgré sa petite taille, éveilla localement les envies, convoitises et tentations. La libido argentifère jamais ne s’assoupit, ni la jalousie.

C’était avant les dernières élections municipales. Un petit crocodile local fit sa cour au chef Timesque régional et réussit à se faire nommer candidat et, évidemment, élire dans sa commune rurale. Qui se ressemble s’assemble. C’est vrai aussi chez tous nos sauriens. Notre crcodileau était renommé pour s’être construit des maisons sur des terrains du domaine public et déclarés inconstructibles en fonction des règles et lois de l’Etat. Il recevait et reçoit toujours les redevances mensuelles pour la distribution d’eau courante installée sur crédits publics, alors que les bénéficiaires ont des robinets assoiffés ! Devenu maire, il avait commencé par s’attribuer un petit marché public que finance la commune. Au service du peuple sans doute, il a construit, sur le terrain d’un particulier, des latrines publiques bien visibles et apparentes dans un site touristique ! C’est un beau site qui est chargé d’histoire et qui, m’a-t-on dit, a son hasina (manan-jina). Les Razan’andriana du lieu n’ont pas tardé : une trombe a rendu ces latrines inutilisables.

Devenu Hâtif – phénomène très fréquent chez nos sauriens qui savent muer –, cet élu timesque vient de recevoir en présence d’un ministre lui aussi Hâtif, le matériel indispensable et des consommables pour le bâtiment qu’avait construit la petite association. En parfait Hâtif, il se prétend l’initiateur du partenariat avec le consulat du petit Etat donateur – petit par la taille mais puissant par ses banques –, alors qu’il n’était encore rien quand la demande fut engagée dans des tuyaux qu’il ignore. A la fois détournement d’une inauguration et projets d’avenir condamnés à l’échec, le crocodile campagnard agit comme ceux du zoo de la ville.

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L’argent est le nerf de tout coup d’Etat réussi, surtout s’il l’a été grâce à des militaires.

Que font les mutins quand le budget public ne satisfait plus à leurs besoins ? Ecoutons un lieutenant-colonel de Gendarmerie s’exprimer. « Nous remercions le général Bruno Razafindrakoto. Sans les moyens, les intentions n’ont pas suffi pour la création de la Cellule tactique. C’est grâce aux actions de sponsoring qu’il a initiées qu’on a pu assurer le volet logistique et les indemnités des éléments ».

Sans budget, nos gendarmes font donc appel au « sponsoring ». On comprend sans peine que ce ne sont pas des artistes, sinon ils auraient trouvé de généreux mécènes. Ils n’ont pas besoin de protecteurs, car ce sont eux qui protègent les Hâtifs et leur politique. Quoi qu’il en soit, ils ont donc trouvé de quoi combler les vides, les absences ou les oublis budgétaires, et peuvent faire fonctionner véhicules et téléphones portables et indemniser les éléments ». Par « éléments », les gendarmes désignent les bipèdes en uniforme. Ces indemnités qu’avec un peu de culture internationale, on pourrait appeler per diem, il est à supposer qu’elles ne se limitent pas à l’élémentaire. On ne peut aussi que se demander ce qu’est le « sponsoring » dans le francofonique de nos heureux mutins qui se réjouissent de la chose, car, nous dit le dictionnaire universel de l’Aupelf, le sponsor est une personne privée ou morale qui finance à des fins publicitaires – c’est-à-dire pour se faire connaître. Ces sponsors n’ont pas encore eu le temps de faire confectionner des uniformes où, sous la mention Gendarmerie, s’étalerait le nom de leur marque. Je crains que le lieutenant-colonel ne possède pas de dictionnaire où il aurait trouvé le nom qui, juridiquement, conviendrait à cette source argentifère. L’initiateur de la chose apprendrait peut-être alors pourquoi il est au tableau d’horreur des 109 qui sont 110.

Le vahoaka a-t-il choisi de « sponsoriser » les sinistrés d’Hubert dans le Sud-Est ? Pendant que le gamin s’éternise dans le Sud-Est et le Sud, alors qu’il devrait depuis quinze jours annoncer son gouvernement de consensus – le cyclone est le bienvenu –, son épouse a fait une levée de fonds. Au total, quelque 114 millions d’ariary ont été recueillis. La télé a montré les gens apporter leurs contributions et elle a insisté sur les très petits dons de l’ordre de 400 ariary et elle a aussi annoncé les deux dons importants. Deux contributeurs sont à retenir. L’épouse du patron de Sipromad a donné un chèque de 90 millions d’ariary et Moïse, un négociant en riz, a apporté, tel qu’il sort de la banque sous son emballage plastique sécurisé, un paquet de billets verts de 10.000 ariary – ce qui représentait donc 10 millions d’ariary. A eux deux, ces membres importants de la Karanie ont fourni quelque 80% des sommes recueillies par l’épouse du gamin. De quoi alimenter les fonds de la pré-campagne électorale. Qu’en pense l’Union Africaine ? Faut-il qu’elle sanctionne aussi les généreux « sponsors » ?

Pour aider les sinistrés d’Hubert, une puissance amie a décidé, au titre de l’aide sociale, d’allouer quelques dizaines de millions d’euros pour refaire les routes sinistrées. S’agirait-il là aussi de « sponsoring » ? Mais au bénéfice de qui ?

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