DE L’ONU LE DISCOURS CONVENU

Publié le par Ny Marina

Le 09 décembre 2009

 

 

 

Je n’ai pas encore d’addiction qui me contraigne à aller seurfer sur internet pour savoir ce qu’on pense de Madagascar à New-York, Moscou, Pékin ou Pyongyang. Ce n’est pas dans ces hauts lieux où nos hommes politiques ou leurs émissaires allaient chercher la bonne parole que nous trouverons les solutions à nos problèmes malgacho-malgaches. Je préfère fréquenter ma campagne ou des campagnes proches dans notre Grande Île. Mais comme j’ai des amis qui fréquentent sinon ces lieux du moins leurs discours sur la toile, je viens de recevoir de l’un d’entre eux un communiqué officiel de l’Onu faisant suite à une réunion du Comité des droits économiques, sociaux et culturels consacrée à Madagascar. Il y aura, me dit-on, un rapport détaillé de cette réunion, quand il aura été traduit en français. Je ne l’attendrai pas et il y a peu de chance que j’y perde beaucoup de mon temps à en scruter les dessous. Je préfère le passer à des jeux d’esprit qui, m’a-t-on dit, permettent de retarder l’apparition d’un éventuel Alzheimer. Je les préfère à ce genre de textes qui m’irritant, me fâchant et m’indignant, font monter ma tension, tant me chagrinent et m’agacent la bêtise et l’obscurantisme moderne de haut niveau.

Les gens du Nord, que ce soit des souchiens – on dit aussi, à la mode américaine, des caucasiens – ou des apparentés de toutes couleurs – qui sont des « mutants », comme on aurait dit ici à l’époque coloniale–, se comportent comme Jean Laborde et ses amis missionnaires au 19e siècle et veulent que le gouvernement malgache, quel qu’il soit, prenne des mesures juridiques et légales, comme si les textes discutés dans les assemblées représentatives étaient connus de l’opinion et comme si le Journal Officiel était vendu dans les marchés de brousse et alimentait la lecture quotidienne de contemporains qui le plus souvent ne savent ni lire ni écrire. Tout se passe comme si l’Etat malgache consacrait son temps moins au bénéfice du peuple qu’à la satisfaction des souhaits des organisations internationales avec la signature à répétition de pactes et conventions internationales.

 

Le machin m’agace, parce qu’il se réjouit que le gouvernement ait décidé que l’instruction primaire serait gratuite et obligatoire. Obscurantisme de haut niveau, car il ignore que le gouvernement royal avait déclaré l’instruction obligatoire en 1876 – je dis bien mille huit cent soixante seize, c’est-à-dire pour les francophones des années avant Jules Ferry. Quant à la gratuité, elle a existé pendant tout le 20e siècle. Ce qui m’inquiète, c’est que le Machin – mettons-lui tout de même une majuscule –, ne s’inquiète pas que les soi-disant gouvernants actuels ont décidé d’annuler la politique du gouvernement Ravalomanana qui voulait prolonger de deux ans l’enseignement primaire et doter toutes les écoles de fokontany de classes pour dispenser cet enseignement.

Le Machin m’agace aussi, parce qu’il se réjouit que le gouvernement ait fixé à 18 ans l’âge minimum du mariage pour les garçons comme pour les filles. S’il m’agace, ce n’est pas parce que ma femme et moi avions déjà nos trois enfants, quand nous avions 22 ans. C’est parce qu’il ignore que si on ne donne pas aux gamines de la brousse les moyens d’aller au moins en classe jusqu’à 16 ans et si l’on n’en vérifie pas l’effectivité, les mêmes gamines dans le Sud continueront à être données en mariage à l’âge de 12 ans. Le droit civil est de toujours du seul ressort des familles et n’y ont pas changé grand’chose ni les décisions de Ranavalona ii, ni celle de la marâtre, ni le droit civil moderne écrit par la Ire République. Il y faut donc trouver d’autres moyens que législatifs.

Le Machin m’agace encore quand il condamne la loi de 2007 autorisant l’acquisition de biens fonciers par des investisseurs étrangers et, en liant les deux faits, de n’avoir pas facilité l’acquisition de terres par les paysans et les personnes vivant à la campagne. Il faut délier les deux questions. L’accès des étrangers à la propriété foncière est un problème strictement malgache ; depuis toujours, l’on y admet que l’on ne peut vendre à un étranger ne serait-ce que de quoi poser un grain de paddy. C’est ce principe que combattit la France et qui a abouti à la conquête. L’Onu n’est pas habilitée à s’ingérer dans ce genre de problème. Quand il dit cela, le Machin ne veut que condamner la présidence de Ravalomanana.

La deuxième question est celle de l’acquisition des terres par les Malgaches. En fait, ils n’ont pas besoin d’en acquérir, car depuis toujours ils la possèdent comme tanindrazana et que le souverain n’en était que le « maître » (tompo). Le problème est celui du titrage et du bornage. De ce point de vue, le précédent gouvernement avait lancé, appuyée par nos amis étrangers, la politique du « guichet foncier » qui était en bonne voie pour remédier au fait que la colonisation française avait déclaré terres domaniales toutes celles qui n’étaient pas immatriculées, alors qu’aucune terre ne l’était. Dire que le gouvernement Ravalomanana n’a rien fait en ce domaine relève de la seule critique radzouëlienne. Le grand problème qui existe est celui des magouilles de toutes sortes dues à un certain nombre de fonctionnaires du service des Domaines. Concernant les paysans, rappelons aussi les conclusions, toujours valables, d’une étude faite il y a plus de vingt ans : A Madagascar, moins que des paysans sans terre, il y a surtout des terres sans paysans.

Le Machin m’agace toujours quand il dit « qu’en vertu du Code de la nationalité actuellement en vigueur, les enfants nés de mère malgache et de père étranger ne peuvent acquérir la nationalité malgache ». A l’Indépendance en 1960, toute personne qui avait des ancêtres malgaches et pouvait avoir aussi des ancêtres étrangers, « retrouvait » sa nationalité malgache. Ensuite, pour la nationalité, la nationalité lui était reconnue, seulement si le père était malgache. Depuis quelque temps, une nouvelle disposition fait qu’un certificat de nationalité malgache est accordé à tout enfant pour lequel le père étranger fait une demande. La situation est donc tout à fait différente, mais l’Onu ne le sait pas. Ou plutôt ses informateurs le lui ont caché. Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

L’Onu continue à m’agacer, quand il « exhorte en outre le pays à prendre les mesures appropriées pour éliminer la discrimination qui persiste à l’encontre des descendants d’esclaves ». Or, outre les mesures royales antérieures à la conquête, la colonisation a « aboli » l’esclavage en 1896. Et il n’existe aucune discrimination légale discriminant les descendants d’esclaves. Je doute que l’Onu le fasse seulement pour apitoyer les bonnes âmes. Je suppose plutôt que les réseaux de la mouvance Ratsiraka entretiennent cette idée, car comme en 2002 ou aujourd’hui avec Rossy et ses bas quartiers, ils voudraient capter à leur seul profit cette éventuelle clientèle électorale.

Inutile de poursuivre ce catalogue qui fait monter ma tension et va me coûter cher en médicaments. Il est facile quand on est à New-York avec des salaires internationaux ou des per diem confortables de critiquer la pauvreté. Ces gens-là peuvent souhaiter que « le Code du travail s’applique aux personnes travaillant dans les entreprises des zones franches », ils le font bien inutilement, car au rythme où s’amplifie la crise, il n’y aura plus bientôt d’entreprises franches. Par contre, ils ne disent aucun mot sur les conséquences sociales de la crise politique et laissent le fanjakan’Ijoelina enfoncer le pays dans le Nouveau Bonheur de l’anarchie pauvre.

Je ne voterai pas pour l’Onu aux prochaines élections, si élections il y a.

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