Débats qui volent bas

Publié le par Ny Marina

On a appris sans véritable surprise, mais avec un amusement certain, que le Préfet de police d’Antananarivo avait refusé l’accès des trois mouvances au stade Malacam, qui leur avait pourtant été octroyé par le PDS d’Antananarivo. Motif évoqué : pour éviter des débordements inutiles de la part d’éléments incontrôlés pendant la campagne électorale, et les réunions politiques sont actuellement réservées aux comités pour le Oui ou le Non par rapport au référendum. Le Préfet de police aurait quand même pu faire l’effort de trouver un prétexte intelligent qui fasse honorablement bonne figure, au lieu de cet argument cousu de fil blanc. Sans oublier que les principaux dérapages incontrôlés s’appellent pillages et incendies, et depuis deux ans ils n’ont pas particulièrement été le fait des trois mouvances.

Cette décision du Préfet de Police appelle deux remarques. Primo, j’avais raison quand j’avais dit que les trois mouvances faisaient une grossière erreur en choisissant l’abstention, car militer pour le TSIA à Antananarivo leur aurait permis l’accès aux réunions publiques et à l’audiovisuel national pendant la campagne, quitte à appeler ensuite au boycott la veille du scrutin après avoir tiré profit du système mis en place par les hâtifs contre eux. Secundo, à travers cette preuve flagrante de bafouement de la liberté d’expression, le pouvoir hâtif jette le masque concernant son absence de sens démocratique, du moins s’il a jamais eu un masque. Car ce meeting au Malacam aurait pu permettre un beau débat d’idées à distance qui aurait donné un peu de saveur à cette campagne insipide. Le Grand Hâtif, autoproclamé géniteur de la démocratie malgache et père de la Place du même nom, démontre une fois encore la valeur de sa parole.

Propagande ou pas, cette période électorale aurait du en temps normal se prêter à des débats intéressants. En temps normal, autrement dit serein, avec un dialogue possible entre deux ou plusieurs camps.  Mais nous ne sommes pas en temps normal, le coup d’Etat du 17 mars ayant fait régresser Madagascar  sur la voie de la civilisation, puisqu’on est passé d’une situation qui se rapprochait plus ou moins d’un état de droit (1) à la loi de la jungle.

Coup d’État ou pas ? Selon sa culture, son niveau d’instruction, ses affinités politiques, sa vision économique, sa philosophie personnelle etc., il y aura autant de raisons de répondre oui ou non à cette question. En fait, et nous l’avions déjà écrit, il y a pratiquement autant de raisons de considérer Andry Rajoelina comme un héros que comme un zéro. Etre légaliste ou révolutionnaire est donc juste une question de choix de posture, en fonction de ce que chacun considère comme valeurs, idéaux et principes.

Je ne me suis jamais caché de mon choix de posture légaliste, au sens d’anti-coup d’Etat et non de zanak’i Dada, comme l’insinuent ceux malgré qui la caravane des éditos passe. Et refuser que la prise de pouvoir dans son pays se fasse par la voie des urnes plutôt que par celle des armes mérite un combat, même s’il fait plus penser à don Quichotte devant les moulins à vent qu’à Charles Martel devant les Maures à Poitiers. Cette posture est sans doute ce qui encourage les défécations nerveuses du forumiste Vuze, dont le sujet de masturbation (intellectuelle ?) favori est l’équation « journaliste anti coup d’État = journaliste payé par Dada ». Aucune raison de s’attarder sur la diarrhée chronique du françafricain attitré du forum de Tribune.com.

La posture choisie d’éditorialiste légaliste amène donc votre serviteur à proposer régulièrement sur ces colonnes un certain nombre d’idées et de points de vue. Sans vouloir le moins du monde m’affirmer dogmatique et dire que mes écrits sont la vérité absolue et unique, l’objectif premier est de poser des éléments de débat, afin de favoriser la discussion. Chaque éditorial recèle en effet d’un certain nombre d’idées-force qui peuvent être applaudies ou combattues. Malheureusement, certains pensent que les taim-bava et quolibets sont des arguments, et une manière de faire avancer le débat : avoir raison est-il devenu une question de décibels ?

Force est en effet de déplorer qu’il y a un manque de répondant du coté des forumistes qui soutiennent le coup d’Etat. Non pas qu’ils ne participent pas, car ils participent régulièrement, et quelquefois même sous plusieurs pseudos, mais juste parce que volontairement ou involontairement, ils répondent systématiquement hors sujet en déplaçant le débat par rapport au thème de l’article quand celui-ci devient critique de façon fondée. Ou bien , ils se réfugient alors dans une posture d’opposition systématique, quel que soit le sujet, sans pouvoir argumenter sur le contenu et engager un débat de fond, mais en multipliant des accusations d’aigreur ou de corruption.  « Coup d’état, gestion unilatérale de la transition, décisions non consensuelles et inclusives, sns, sns. Izany sisa no averimberin’ny very seza sy ny te hahazo toerana amin’ny fomba tsotra nefa tsy nitolona »  se plaint Raol sur Le stylo à la main. Sur mon blog Fijery, Baina m’interpelle ainsi : « efa fantatra aloha, fa ity blog ity dia pro-R8…. ny loza amin’ity blog iray ity, dia ny fomba fiteny sy fijery dia mitongilana ». Et quand le hibou tente de se déguiser en pingouin, cela donne : « Mais comme c’est Ndimby qui tient la plume à MT, il nous trace maintenant des planches contre « sonnant et trébuchant » on dirait » (Vorondolo sur Le stylo à la main). Sans doute ils pensent qu’après de tels traits de lumière, les problèmes causés par le coup d’état et décrits dans l’article s’effaceront comme par magie, et que le putsch deviendra une victoire électorale. 

On pourrait multiplier les exemples d’attaques gratuites, de réponses hors-sujet ou de mauvaise foi systématique. Quand nous parlions de la problématique de la reconnaissance internationale pour le pouvoir de transition, N.R. rétorque sur le Forum de Tribune.com : « Le problème est que le fanatisme alimenté par une manipulation politique, ethnico-religieux n’a rien de rationnel. J’ai posé la question suivante à beaucoup de tananariviens fanatique de Marc Ravalomanana : « L’auriez vous autant soutenu s’il était côtier ? » (…). Les réponses étaient sans équivoque : NON !!! (…) ».

On se souvient aussi des réflexions acerbes, méprisantes et donc stupides qui ont suivi les excellents textes au sujet de la diaspora écrits par Sevane ou Lalatiana Pitchboule. Sans même chercher à débattre du bien-fondé ou non du contenu, certains comme l’inénarrable Fort-Duschene aux multiples pseudos ( « Il est passablement aberrant, de voir le Malgache de la Disapora realiser ce qu’est la situation sur place grace a INTERNET ! ») ou El Muchacho (« Par analogie, ce seront ceux qui sont à Madagascar qui pourront le réformer. Pas vous madame Sevane, ni moi, ni les universitaires malgaches de France ou d’ailleurs, ni les chauffeurs-livreurs de Paris, ni les légionnaires qui écument les soirées Gasy d’Andafy »).

Suffisamment rares sont les posts qui tentent d’opposer des arguments ou d’engager un débat d’idées comme ceux de Rabri sur l’épisode de Montreux : « C’est ton droit de tirer tout le temps à boulets rouges sur la HAT. Mais si on veut être réaliste, penses-tu vraiment que la Francophonie telle qu’elle est structurée depuis un moment ait pu apporter des solutions aux problèmes spécifiques des malgaches ?? (…) Qu’est ce que la Francophonie a pu nous apporter réellement du bien sur le plan « éducation » sinon que de nous avoir imposé la langue française comme langue dominante de l’enseignement avec tout son arsenal MERCANTILE (…) et ayant entraîné chez nous une fracture sociale en fonction de la capacité des uns et des autres à maitriser cette langue ?? ».  Ou même Rainivoanjo qui sur Le changement dans la Continuité, s’insurge contre le principe même du légalisme : « bravo, grâce à des gens comme vous, dans 1000 ans, Madagascar ainsi que beaucoup de pays d’Afrique seront au même point. (…) Il n’est pas compliqué de comprendre pourquoi beaucoup de pays africains sont au même point après 50 ans de pseudo-indépendance : les « intellectuels » ont intériorisé qu’il faut respecter la « légalité » ! ».

A part une vision commune qu’un coup d’État est inacceptable et ne doit être accepté quelles qu’en soient les raisons, les éditorialistes attitrés de Tribune.com partagent (au moins) un autre point commun : ils sont bénévoles, ayant le privilège de bien vivre de leur véritable métier. Par conséquent, n’en déplaise aux esprits chagrins, ce qui les motive est de pouvoir exposer des idées qui créeront le débat entre partisans et opposants, et créer un forum qui soit à son humble mesure un espace de rencontres courtoises entre Malgaches de sensibilités différentes. Hélas, faute de répondant, des questions que l’on pose demeurent obstinément sans réponse.

Les conditions d’organisation du référendum sont-elles optimales pour garantir la stabilité à court, moyen et long terme ?

Comment expliquer ces villas et ces hummers dans le patrimoine de ceux qui se proclamaient champion du changement ?

N’y a-t-il pas complicité en très haut lieu pour expliquer une telle hémorragie de bois de rose ?

Les trafics d’armes et la manipulation de gros bras durant le processus de coup d’Etat n’expliquent-t-ils pas la croissance effrénée du banditisme actuel ?

Pourquoi la Place de la démocratie a-t-elle perdu son office dès l’arrivée au pouvoir de celui qui l’a baptisée ainsi ?

Les normes de bonne gouvernance et de liberté qui étaient claironnées sur la place du 13 mai de janvier à mars 2009 sont-elles devenues réalité ?

Qu’est-ce qui a changé en positif dans ce pays depuis la mise en place du pouvoir hâtif ?

Est-il juste que les trois mouvances subissent tracasseries administratives et intimidations militaires pour leurs réunions publiques ?

On peut indéfiniment allonger cette liste de questions. Mais si déjà les partisans de Andry Rajoelina acceptaient d’argumenter sur celles-ci, ce ne serait déjà pas si mal. Car jusqu’à présent, dans le débat d’idées, à part de très rares exceptions, les griots (2) du pouvoir hâtif répondent aux abonnés absents. Sauf pour amener le débat au sous-sol, ce qui est dommage.

 

Ndimby A.

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