Dépasser le complexe post-colonial

Publié le par Ny Marina

J'ai le plaisir de vous présenter ci-après une contribution au forum de Sevane, lectrice assidue de Fijery au sein de la diaspora en France, et proposé en réponse à l'article Rajakom-bazaha. La qualité de ce texte, aussi bien dans le fond que dans la forme, mérite d'etre mis en valeur par un article à part entière en-dehors du forum. Avec sans doute des vérités bien senties qui feront grincer des dents, mais qui provoqueront le débat.

Bonne lecture à tous.

Ndimby.

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 Il s’agit là, Ndimby, d’un sujet d’actualité : la nation, le patriotisme, la langue, la culture et les traditions de son propre pays sont des valeurs adulées quand il s’agit de promouvoir ou de défendre l’indépendance d’un peuple en lutte. …Et c’est le cas, plus que jamais, à Madagascar. Ce sont les arguments fondateurs même de l’anticolonialisme. Le recours à l’identité nationale est même devenu un thème branché. On a vu, par exemple, l’enthousiasme des médias du monde entier devant le patriotisme d’Obama.

Mais d’où vient alors cet engouement des Malgaches pour l’Occident ?

Très probablement parce que Madagascar est l’un des pays les plus pauvres du monde, et des plus instables politiquement aussi. L’Occident représente dans l’esprit de nombre d’entre nous la référence de la réussite. Ce qui n’est pas tout à fait faux car économiquement, si l’on ne doit citer que ce domaine, ils ont des décennies voire des siècles d’avance par rapport à nous. Alors, est-ce que les valeurs nationales à préserver valent à ce point l’abandon de certains objectifs qui se mesurent en cadre de vie ou même en espérance de vie ?

 Mais il peut s’agir aussi d’un complexe post-colonial : l’ex-colonisé, qui a toujours cru qu’il est inférieur, de par ses origines et sa culture : en somme, un colonisé dans l’esprit. C’est donc un sentiment d’infériorité pour celui qui a été colonisé et qui a transmis inconsciemment ses inhibitions à sa descendance. Et ce, à cause du sentiment de supériorité de celui qui a colonisé. D’où les discours systématiques de ceux qui brandissent indéfiniment la colonisation : « Nous sommes les victimes et c’est la faute aux autres ». On déteste la France pour tous les malheurs qu’elle nous a infligés, on a envie de la mépriser, on la méprise mais dans le même temps on l’envie, on a envie de l’approcher, de l’imiter car on la croit supérieure.

 Seulement voilà, si l’on se sent victime ou inférieur, c’est aussi parce que nous sommes incapables de nous organiser. La malgachisation sous l’ère de Ratsiraka a été un fiasco. Notre pays n’a pas fait grand-chose pour nous inculquer ces valeurs si importantes, ces repères identitaires (à travers l’école, les moyens de communication, l’art, la littérature …). A part notre « nature 5 étoiles » (que l’on ne protège même pas), qu’est-ce qui peut nous rendre fiers d’être Gasy sur le plan international ? Certainement pas le comportement de nos dirigeants actuels. Alors, à force de se négliger, on finit par ne plus s’aimer. Nous avons une représentation de nous-mêmes qui est dépréciative : parler en français ou mieux, en anglais (ou encore mieux : les 2 langues en même temps …. si, si, je connais quelque champions à ce jeu sur ce forum … suivez mon regard) est bien plus valorisant et tellement plus dans le vent que de parler en malgache. Comment les autres peuvent-ils alors nous respecter ?

 Il faut donc que nous arrivions à nous émanciper, c’est-à-dire à nous dégager du joug de la tutelle en général : la famille, la société, l’Etat, l’Eglise, et aussi tous ces « autres » qui sont bien plus grands, bien plus puissants, bien plus dangereux que nous. Mais notre éducation ne va pas dans ce sens, hélas. On nous apprend à respecter et à craindre celui qui est supérieur à nous. Comment s’étonner, par la suite si nous manquons de décisions, si nous manquons de courage ? Comment s’étonner si nous avons toujours besoin de la direction d’autrui ?

 Le jour où nous serons suffisamment émancipés, le jour où nous serons suffisamment organisés pour être responsables de nous-mêmes, le jour où nous nous accepterons, le jour où nous serons fiers de ce que nous sommes, bref, le jour où nous serons enfin « grands », nous cesserons de singer le Vazaha, nous abandonnerons cette posture défensive qui tend à accuser toujours l’autre de tous nos malheurs (l’ex-colon, la CI, la SADC, l’UA, la Banque Mondiale, le FMI, …., la météo, le karma …) et d’être de mauvaise foi. Car cela revient finalement à être partisan de la médiocrité. Réduire l’identité nationale à de la simple xénophobie, c’est faire peu de cas de l’héritage historique que nos ancêtres nous a légué.

 

Sevane

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zandry 12/09/2010 23:36


Je suis d'accord en partie avec ce qui est dit mais la fin de l'exposé me laisse perplexe. Vous confondez la fierté d'être malgache avec l'appartenance à la SADC, etc et la communauté
internationale. Etre fier d'être malgache n'a pas été suffisamment martelé dans nos esprit et cela est vrai. Mais de là à accepter que cette crise en est la conséquence, c'est faux. Etre vous-même
ne signifie pas que vous n'êtes plus dans une communauté villageoise ou autre. et c'est pareil pour un pays en difficultés qui s'appui sur des règles de voisinage ou d'appartenance supérieure (qui
n'enlève rien à la malgachitude). Etre fier d'être malgache ne se limite pas aux apparence de la langue utilisée ni les autres signes visibles. Etre malgache est un savoir être et savoir le montrer
aux autres qui ne le sont pas. Nous n'avons pas appris à l'être et encore moins nous ne sommes pas du genre à le montrer. C'est maintenant et plus que jamais qu'il faut saisir l'occasion de le
montrer par notre capacité de resistance à un nouveau envahisseur interne ou externe qui piétine nos valeurs. Sinon, nous rentrerons dans un nouveau complexe de valeur cette fois ci. C'est pire car
c'est la culture que nous osons bafouer et c'est ce qui nous restait de plus valeureux en nous. On n'a jamais appris à hair ni a menacer autrui. Maintenant qu'est ce qu'on va devoir dire à nos
enfants? Quelle valeur va t-on les transmettre? Seule la résistance pourra être défendable à leurs yeux si nous avons encore l'honnêteté de reconnaître que nous vivons sur une base de fihavanana et
democratie bafouée. Allons nous cacher cela encore longtemps à nos descendants et leur faire croire que tout va tres bien et soyez faire de ces militaires? Allons nous défendre notre patrie aux
traitres aussi?