Espèce de fils de ...

Publié le par Ny Marina

Ndimby A.

 
afficher les détails 1 nov. (Il y a 4 jours)
Espèce de fils de ...
 
Même les Malgaches de Dago qui suivent l'actualité française ne peuvent avoir échappé à l'épisode de la présidence de l'Etablissement public d'aménagement du quartier d'affaires de la Défense (Epad), avec Jean Sarkozy dans le rôle principal. On ne parlera pas du fond de cette histoire, qui se déroule en France et concerne les Français : pour ces deux raisons (au moins), je m'en moque donc complètement. Laissons aux françafricains du forum de Tribune.com le privilège démocratique de venir épancher leurs sentiments pro-HAT (Haute autorité de l'Etat) sur les forums gasy au sujet de la vie politique malgache. Histoire sans doute de continuer la mission civilisatrice du bon bwana que la pacification galliénique et les tirailleurs sénégalais n'ont pu finir de mettre en place.

Le devoir parental

Mais revenons à nos moutons de ce jour, autrement dit les aventures de Jean Sarkozy qui nous invitent à réfléchir sur le thème général des « fils de » et « filles de ». Si Jean Sarkozy s’était appelé Dupont, Ranaivo, Popeye ou Ndiaye, quelqu’un aurait-il démissionné volontairement du Conseil d'administration de l'Epad pour lui laisser le champ libre ? Il ne peut toutefois souffrir de discussion que la mission fondamentale des parents est de fournir à leurs enfants les armes nécessaires pour affronter la vie dans les meilleures conditions. Inculquer le savoir-vivre et le respect du Droit (civil, commercial ou constitutionnel...), assurer l'éducation, et financer l'instruction sont les principaux chantiers. Le bilan n'est toutefois pas toujours garanti, malgré les efforts en principe fournis par tous les parents qui se respectent : certains enfants sont incapables d'aller loin dans les études, usent de méthode sans foi ni loi pour arriver à leurs fins, et même dans le pire des cas, renversent par la force des régimes établis.

Pour les exemples des hontes pour leur famille, il y a un très large éventail de choix, depuis le détrousseur sur la voie publique à Analakely (espèce en forte croissance depuis les manifestations du premier semestre 2009), jusqu'au détraqué mental Adolf Hitler, en passant par le sergent libérien Samuel Doe. Point commun : aucun scrupule dans la volonté de s'approprier par la violence quelque chose auquel ils n'avaient pas droit. Car il y a une grande différence entre l'ambition légitime et louable de celui qui veut grandir par le travail (même s'il n'a pas de diplômes, car il existe d'autres valeurs) ; et la prétention du mal élevé, mal éduqué et peu instruit qui considère qu'il a tous les droits. Et plus on est petit et mesquin, plus on est mégalomane : le putschiste Jean Bedel Bokassa n’a-t-il pas exigé de se faire appeler « empereur » ? Devant cela, ceux qui font des coups d’Etat pour se faire juste appeler « Monsieur le Président » passeraient presque pour de gentils garçons.

De la mission parentale énoncée plus haut, il n'y a donc rien de répréhensible à ce que les parents donnent un coup de pouce à leurs enfants, ou même leur fournissent un bel ascenseur à piston : c'est leur droit, et même leur devoir d'assurer l'avenir de leur progéniture.  Là où le bât blesse, c'est quand cette méthode de transmission dynastique est appliquée dans certains secteurs qui nécessiteraient pourtant des principes d’équité, de justice ou de transparence. Ainsi, il est a priori tout à fait acceptable qu'un père (ou une mère) qui part à la retraite remette les rênes de son entreprise à son enfant. Mais on s'étonne que dans certaines Républiques qui ne le sont que de nom en ce XXIème siècle, ce sont des transmissions de pouvoir qui se font encore au bénéfice des fils à papa.
Baby Doc
Jean-Claude Duvalier (Baby Doc), un sinistre fils de...
Quelques exemples : François Duvalier à Baby Doc (chef d'Etat à 19 ans à la mort de son père) ; Kim Il Sung à Kim Jung Il en Corée (et il semble que Kim Jong Un, le fils cadet du dernier cité soit préparé depuis Juin 2009) ; le Congolais Joseph Kabila que les partisans de son père Laurent-Désiré ont installé après l'assassinat de celui-ci ; le Syrien Hafez el-Assad qui s'arrange pour faire nommer son fils Bachar après sa mort ; le Gabonais Ali Bongo « démocratiquement élu » avec 41% des voix pour remplacer son père Omar. Bien sûr, on peut toujours faire preuve d’optimisme naïf, et croire que dans ces pays il n'y ait personne d'autre qui soit suffisamment brillant pour se proposer en alternative. Mais on peut surtout imaginer que des systèmes mis en place depuis des décennies ont verrouillé les voies d'accès au pouvoir, ce qui fait que certaines élites au pouvoir ont intérêt à maintenir une certaine sclérose des réseaux politiques, économiques et militaires. Exception faite de Laurent-Désiré Kabila qui n'a pas eu le temps de s'éterniser très longtemps au pouvoir, ayant eu au bout de cinq ans une  fin tragique, qui somme toute est loin d'être indigne de ceux qui accèdent au pouvoir par la force des armes.

Soulignons toutefois que le propos n'est pas de s'insurger contre les héritiers politiques. Le problème que nous pointons du doigt ici n'est pas l’existence de dynasties dans un système républicain, mais le mode d'accès et de maintien au pouvoir de certaines familles. L'Histoire rengorge d'anecdotes de successions par voie électorale : Benazir sur les traces d'Ali Bhutto au Pakistan ; Indira à la suite de Jawaharlal Nehru ; Georges W. qui occupa le bureau ovale après Georges Bush ; et même Cristina qui succéda à son mari Nestor Kirchner en Argentine, réussissant là où Bill et Hillary ont échoué, et surtout étant dans l’Histoire le premier couple à se transmettre directement le pouvoir suite à une élection présidentielle.

Il ne faut pas croire que le concept de Zanak'i Dada a été inventé au Magros : depuis que Madagascar est une République, les générations de politiciens existent, et certains parcours paternels créent souvent des vocations. Roindefo fils de Jaona, Ny Hasina fils de Richard, Francisque fils de Jules, Ruffine fille de Philibert, Jacques fils d'Albert, Patrick fils d'Ismael... Certains ont même fondé l'association des enfants de la première République. Cependant, aucun chef d'Etat malgache n'a encore cherché à imposer sa descendance, même s'il fut un temps, l'opinion publique prêtait à Didier Ratsiraka le rêve de préparer sa fille Sophie. Ceci étant dit, le népotisme qui accorde des passe-droits aux proches et à la famille a toujours été de mise dans le domaine économique, et pas toujours de manière glorieuse. La bonne gouvernance n'existe donc pas toujours (et même pas souvent) quand les intérêts familiaux se mêlent aux intérêts économiques (groupe Tiko, Sonavam etc.), eux-mêmes juxtaposés à l'exercice d'un mandat électif. Peut-on alors envisager que ces mauvaises pratiques puissent un jour transpirer dans la vie politique et faire en sorte qu'un chef d'Etat manoeuvre pour nous imposer son galopin, en dehors de tout processus électoral démocratique, juste et équitable ?

Schéma pas impossible

Ce schéma est peu probable, mais pas impossible, du moins sur le plan théorique. L'expérience montre que la foule malgache se laisse régulièrement manipuler par les pseudo-Messies et accepte de gober n'importe quelle fadaise, avant de se rendre finalement compte que le pseudo-Messie n'était qu'un vil bonimenteur. Pas étonnant, écrivions-nous il y a quelques mois : le QI d'une foule est inversement proportionnele à sa taille. Souvenons-nous des thèmes de 1972, 1991, 2002 et 2009, et de la déception systématique quelques années plus tard, d’ailleurs à la mesure de l’enthousiasme généré sur la Place du 13 mai. C’est pour cela qu’aux bienheureux (voir Matthieu 5 :3) qui ont soutenu le coup d’Etat de 2009, et qui maintenant se plaignent de ses impacts socio-économique, nous répétons sans aucun scrupule : « Akorinao izay ! »  (et accessoirement mais en français, shut up).  Comme dirait la Fontaine, « vous chantiez, j'en suis fort aise, et bien dansez maintenant ». Avec tant d’ingénus volontaires pour remplir les places publiques sur la base de n’importe quoi déclamé par n'importe qui, il suffirait de peu pour qu'un jour, un autre bonimenteur encore plus habile que ses prédécesseurs impose à d’autres foules son rejeton à la tête de ce pays.

La solution pour éviter cela passe par une refondation des bases mêmes de la pratique politique au sein de ce pays. La forme néopatrimoniale en usage au sein des partis politiques autorise déjà à des critiques : à Madagascar, il semble normal et naturel que le parti soit dirigé pendant de nombreuses décennies par son fondateur, et que le flambeau soit ensuite repris par son fils, comme si le parti était un bien familial. Le Leader-fanilo a fait exception, mais quoiqu'on en dise, Herizo Razafimahaleo était politiquement d'un autre calibre que la plupart des tocards de la classe politique, qui n’a de classe que l’expression. Ainsi, on apprend maintenant que Didier Ratsiraka revendiquerait à nouveau la direction de l'Arema, le parti qu'il a créé en 1976 ! Cela démontre la défaillance dans la préparation du renouvellement des élites, à moins que ce renouvellement n'ait jamais été voulu.

Le développement d'institutions fortes et crédibles, la mise en place de balises à l'exercice du pouvoir, la nécessité de prodiguer une véritable éducation citoyenne au peuple et surtout aux politiciens, l'indépendance de la Justice : voilà autant de grands travaux qui s'annoncent nécessaires. Je vois d'ici les applaudissements hâtifs qui vont s'écrier : «  mais justement, c'est la raison d'être de la Transition, qu’il faut donc soutenir pour qu’elle se passe bien ».

Le bien-fondé d'une Transition vers un véritable Etat de droit, bien gouverné et régi par une démocratie réelle n’est pas à remettre en cause, surtout après 50 années d’errements sous prétexte d’Indépendance. Par contre, ce qui est extrêmement critiquable, c'est la méthode employée par les initiateurs de la Transition actuelle ; et surtout la qualité même de ces initiateurs-là. Comment avoir confiance et mettre de l’espoir dans des gens qui n'hésitent pas à faire autant de manoeuvres pour s'asseoir à Ambohitsorohitra ou s'accrocher à Mahazoarivo, au mépris du nombre de morts, de faillites et de chômeurs ?
Ces gens-là et leur clique sont alors bien capables de nous imposer un jour leurs « fils de » ou « filles de ». Une race qui tend à devenir courante au sein  du Tiers-Monde. Une espèce à part, comme d'ailleurs les putschistes. Après les « fils de » ceux-ci, les « espèce de ... » ceux-là ?

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