Esprit es-tu là ?

Publié le par Ny Marina

Il y a des morts qui sont bien bavards, du moins au moment de l'agonie. La semaine dernière, un bandit mortellement blessé par les forces de l'ordre aurait donné le nom des cerveaux des kidnappings. Ses aveux auraient parait-il été enregistrés sur vidéo, impliquant certains hommes politiques et officiers. On se souvent également qu’il y a quelques mois, lors de l'affaire des bombinettes artisanales, l'enquête menée tambour battant par la maréchaussée avait sorti à la vitesse TGV le nom des coupables, car un des poseurs de bombes présumés aurait lui aussi donné les noms des commanditaires avant de mourir. On ne sait si c’est le Saint-Esprit qui insuffle la rédemption à nos criminels avant qu’ils ne passent de vie à trépas, ou bien si c’est un esprit tortueux bien humain qui invente de telles histoires dans un objectif politique.

J'attends avec impatience et curiosité la vidéo mentionnée plus haut, car l'expérience montre depuis le début de la crise que l'imagination débordante de la Haute Autorité du Tondro-molotra trouve souvent, comme par hasard, des opposants sur le dos desquels mettre les pires crimes et délits pénaux. Sherlock Holmes n’a qu’à aller se rhabiller. Alors il ne faudra pas s'étonner si on nous annonce bientôt de façon péremptoire que les complices de ce bandit sont au sein des trois mouvances, du mouvement religieux Hetsikin'ny mpitandrina, ou encore de la presse qui n’est pas au plus offrant. Heureusement qu'aucune plainte n'a été déposée à Madagascar concernant le tremblement de terre d'Haïti, l’affaire du 11 septembre, la crucifixion de Jésus ou le déluge du temps de Noé, car nos éminents enquêteurs auraient été capables de trouver un agonisant pour affirmer que des journalistes (ou éditorialistes) anti-coup d'Etat en ont été la cause. Les naïfs qui croient encore à l'indépendance de la Justice à Madagascar peuvent lire et relire le communiqué du Syndicat de la Magistrature (S.M.M.) : on ne va surtout pas être plus royaliste que le roi. Les illuminés qui affirment que Madagascar peut donner des leçons à Amnesty internationale en matière de respect des droits de l’homme devraient écouter le S.M.M., au lieu de se complaire dans la contemplation de leur nombril. Même remarque pour que Dame Christine la genevoise.

« Le Madagascar nouveau » annoncé au vulgum pecus sur la place du 13 mai est effectivement en marche. Cette manie des agonisants à être bavards est une nouveauté depuis 50 ans d'Indépendance, et est venue avec date de l'arrivée au pouvoir de Andry Rajoelina. Pour un peu, ses griots vont s'en servir pour affirmer que l'ex-DJ est effectivement le Messie envoyé par Dieu pour sauver Madagascar, comme l'affirment certainspoliticiens français de 25ème zone, qui recherchent ici la notoriété qu'ils n'auront jamais chez eux, tout comme l’esprit et les votes. Le chef de l'Eglise Catholique, Monseigneur Omar (Odon Marie Arsène Razanakolona) pourrait aussi être mis à contribution pour bénir ce titre de Messie de place publique, tout en nous gratifiant de son sourire pastèque.

Autre nouvelle de la semaine dernière, on a donc appris que le grand esprit du putsch a encore frappé en Afrique. Des militaires ont renversé le Président Tandja au Niger. L'homme, lui-même ancien auteur de coup d'Etat mais par la suite racheté par la voie des urnes, avait pris de plus en plus de liberté avec le concept de la démocratie, et s'était livré à une dérive autocratique de son pouvoir. Tiens donc, tout ceci me rappelle vaguement quelqu'un... Le Niger est donc à présent dirigé par un nommé DJibo : on ne sait trop dans quelle boite de nuit celui-là a officié, mais en tous cas il y a des associations de lettres qui portent malheur à la démocratie. Ainsi, au Niger, les adeptes de la Loi du plus fort et des cervelles-kalachnikov ont mis en place un « Comité supérieur pour la restauration de la démocratie ». Il vaut mieux entendre cela que d'être sourd : comment des auteurs de coup d'Etat, qui est par essence l'acte le plus antidémocratique qui soit, peuvent-ils se targuer d'être ceux par qui la démocratie va être restaurée ? Il faut être stupide pour le dire, et crétin pour le croire, quel que soit le pays. Seule exception historique, le général malien Amadou Toumani Touré.

Madagascar est donc bien en Afrique, du moins si l'on en juge par les mœurs politiques. Le club des putschistes africains actuels obtient avec le DJibo un quatrième membre, et peut maintenant s'inviter pour jouer à la belote. Ou échanger leurs expériences de pays francophones ET pauvres (coïncidence ?), mais qui peuvent se permettre le luxe d'un coup d'Etat. Jetons un coup d’œil
au classement 2009 établi par le PNUDsuivant le niveau de développement humain : en 2009, sur 182 pays classés, Madagascar était 145ème, la Mauritanie 154ème, la Guinée 170ème, et le Niger 182ème. Sans doute la pauvreté du pays a des impacts sur la sécheresse intellectuelle de la classe politique et de la bidasserie active.

Et même si le Mauritanien de cette fine équipe a réussi à faire valider son élection bidon par la communauté internationale, il y méritera toujours une place d'honneur permanente, à côté du Malgache, du Guinéen et du Nigérien. Selon les observateurs, le Sénégal pourrait être le prochain pays, car le Président Wade commence aussi à filer du mauvais coton en matière de démocratie, et essaie de manœuvrer pour pousser une transition dynastique vers son fils Karim.

Enfin, à part les morts à la langue bien pendue et les brutes en treillis qui parlent de démocratie, la semaine dernière aura également été marquée par des vivants qui ne disent pas grand chose.
Comme on l’a vu hier, le syndicat des Chefs d’Etat de l’Union africaine a donc laissé quelques semaines au hâtif-en-chef Rajoelina pour qu’il reprenne ses esprits. Et dans la foulée, qu’il revienne à l’esprit, sinon la lettre, des Accords de Maputo. Mais cela place beaucoup d’espoir dans l’existence d’un minimum d’esprit, denrée en forte pénurie depuis 12 mois au sein du pouvoir hâtif, tellement hypnotisé par le chant de ses griots, que sa capacité de se remettre en question est devenue anesthésiée.

 

Ndimby A.

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