Gens de qualité, Gens de quantité...

Publié le par Ny Marina

 


 

En plein contexte d'inquiétude sur une possible invasion acridienne, le grand prix de l’humour politique devrait être attribué à l’auteur de cette phrase lue sur Facebook : « Les criquets sont aux portes d'Analamanga. Environ 4.000 sont déjà à l'hôtel à Ivato... ». Car finalement, de cette Conférence prétendue être nationale, on ne retiendra que les dérapages. Et si on sait depuis longtemps qu'il n'y a pas beaucoup de gens de qualité parmi les griots hâtifs, on a vu une fois de plus ce que valent les gens de quantité dont la Haute autorité de transition (HAT) s'entoure. Ceux qui veulent mesurer la différence peuvent, entre autres, écouter l'interview du Professeur Ranjeva surRFI.

 

On se souvient que des critiques acerbes et méritées avaient fusé sur les lacunes d’organisation des réunions préparatoires organisées par la Coordination nationale des organisations de la société civile (CNOSC). Mais on constate que la pseudo Conférence nationale de la semaine dernière a encore fait pire, et dans tous les domaines. Mais de toutes manières, l’objectif de la HAT n’était pas de produire une Conférence nationale qui soit réellement représentative de la Nation malgache ; qui permettrait de discuter des réels problèmes politiques, sociaux ou économiques ; et qui aurait été réellement utile pour l’avenir du pays.  L’objectif de la HAT, après avoir téléguidé l’Accord politique à la gloire de la HAT de l’Espace de concertation politique (Escopol), est de faire croire aux naïfs  qu’un consensus national est en marche pour soutenir sa vision unilatérale, étriquée et bancale de la Transition. Après l'Accord bidon, la Conférence barrique : curieux qu'avec tout ça, rien ne roule dans ce pays.

 

Il est de notoriété publique que le patron du parti AVI est le grand marionnettiste des raiamandreny mijoro, entité qui a organisé le grand cirque de la semaine dernière, après le désistement de la CNOSC : celle-ci a sagement préféré s’abstenir plutôt que de cautionner cette ratsirahonanerie. 2000 personnes étaient attendues, 4000 sont venues. On connaissait les pratiques de surbooking des compagnies aériennes, ou éventuellement celles des  producteurs de spectacle véreux. On découvre donc que les raiamandreny mijoro, malgré leur forte motivation à faire en sorte que la Transition style HAT puisse prendre racine, sont de bien piètres organisateurs.

 

Cependant, force est de se demander si ce surbooking résulte d’une réelle défaillance de l’organisation, ou si elle résulte plutôt d’un calcul politique. Car le parti TGV et les pro-HAT se sont arrangés pour venir en quantité afin de créer le surnombre dans les débats et les votes, aussi bien en séance pleinière que dans les travaux de commissions. La méthode stalinienne du vote à main levée ayant été choisie au nom de la démocratie, avoir des grappes de partisans est toujours utile pour donner l’illusion fictive d’une majorité réelle au sein de l’opinion publique. C’est vrai sur une Place publique, c’est vrai au Centre de conférences d’Ivato. On connait les piètres résultats dans le premier cas, on peut anticiper ce à quoi va aboutir le second.

 


A la Conférence nationale, la faim justifie les moyens (photo Madagascar-Tribune.com)

 

Comment se sont donc comportés ces dignes représentants du peuple malgache ? Plusieurs centaines ont tenté d’initier un mouvement de revendication pour exiger des indemnités de 100.000 ariary, au nom de l’amour désintéressé de la patrie. On a assisté à des scènes de pugilat dans les travaux de commission. Et sous les yeux médusés de la presse, les participants se sont rués comme des vautours sur les packs d’eau minérale et la nourriture. Comment croire que ces gens de quantité sont capables de rebâtir notre pays, et que ceux qui se disputent des morceaux de poulet ou des bouteilles d’eau vive ne vont pas faire de même pour des sièges ? Voilà donc sur quoi s’est fondée cette Conférence nationale présentée comme le point de départ du renouveau de la vie nationale : un manipulateur politique professionnel ; des pseudos raiamandreny qui se rendent complices d’une véritable escroquerie morale et intellectuelle ; les gros bras habituels ; et ceux qui n’ont aucun scrupule à montrer leur appétit vorace pour l’intérêt supérieur de leur Ration.

 

Bien entendu, les pro-HAT pourraient dire que ces dérapages relèvent de l’anecdotique, et que ce sont les décisions prises qui sont les plus importantes. Cela pourrait être vrai, si les conditions d’organisation étaient sous-tendues par une volonté de transparence, de renouveau et d’équité, et non par des manœuvres politiciennes. Mais au final, quelles sont les principales résolutions prises ? En fait, rien de nouveau par rapport à celles déjà prises lors des Assises nationales : pas d’amnistie pour Marc Ravalomanana ; la limite d’âge pour se présenter aux présidentielles est de 35 ans. Et dans la commission communication censée discuter (entre autres) de l’exercice de la profession journalistique, il n’y avait aucun expert de ce domaine. Normal donc que les politicards présents y aient voté une pénalisation des délits de la presse. Les journalistes présents ont alors fait une bronca, qui fut réprimée par une mise aux poings de la part de certains participants, sans doute des gros bras au chômage pendant le jour. Le Pasteur Ramino Paul a tenté d’arrondir les angles en expliquant que les membres de la commission auraient mal interprété la formulation de la question posée. Si en plus d’être des goinfres et des brutes, les participants sont des cancres, on ne peut que se demander ce que vaut cette Conférence nationale.

 

Pour en revenir à l’abaissement à 35 ans de la limitation de l’âge des candidats, rappelons-nous de la méthode utilisée par Tsiranana et Ratsiraka. Peu avant les échéances électorales, ils incitaient quelqu’un à prononcer un discours public pour leur demander officiellement de se présenter pour le bien de la Nation. Et eux bien entendu y répondaient positivement, au nom du respect de la « voix du peuple ». J’ose cependant espérer que ce « quelqu’un » qui sera appelé à tendre la perche au Grand Hâtif ne sera pas un des transfuges du TIM, qui non seulement se seront alors déculottés, mais en plus auront fourni la vaseline.

 

Personnellement, j’ai toujours pensé que l’annonce faite par Andry Rajoelina qu’il ne se présenterait pas  n’était qu’un attrape-nigaud, dans l’espoir que la communauté internationale et les trois mouvances allaient venir chanter hosanna dans les jardins d’Ambohitsorohitra. Le président de la HAT continue cependant d’évaluer ses chances, occupe le terrain par le biais des œuvres de l’association de son épouse, et met en place ce qu’il faut pour impressionner les esprits fragiles. Quand le moment sera venu, il démontrera la valeur de sa parole, comme il a démontré la valeur de sa signature après Maputo. J’ouvre le pari, et peu m’importe si je le perds : le pays sera gagnant.

 

Enfin, sur la question de l’amnistie, tant qu’on ne me dira pas si et comment la loi sera appliquée contre les auteurs de coup d’Etat et les soldats mutins, à mon sens tout débat sur l’amnistie et l’impunité ne sera que folklorique : toute motivation basée sur la vengeance ou la peur ne peut qu’aller à l’encontre de la réconciliation pourtant nécessaire. La sortie de crise au forceps made in HAT qui s’annonce augure donc d’un enlisement, si ce n’est une nouvelle crise pour un futur plus ou moins proche. Les raiamandreny mijoro qui cautionnent un processus aussi coupable auraient mieux fait de rester assis.

 

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