Circonstance exceptionnelle par des gens qui n'ont rien d'exceptionnel

Publié le par Ny Marina

Mercredi, 22 Septembre 2010 13:52

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Tous les observateurs ont été sidérés d'entendre le Président de la CENI prononcer un discours de circonstance exceptionnelle pour justifier la tenue des élections municipales le 20 décembre prochain. L'article 36 du code électoral ne sera donc pas appliqué vu l'urgence de la situation. Ainsi, toutes ces réunions et palabres qui ont duré des mois sur un calendrier électoral objectif ont été contredites par un décret pris en conseil des ministres et avalisé par une commission électorale indépendante.


Les partis politiques s'inquiètent réellement de la portée "indépendante" de cette CENI. Les déclarations de son président ajoutent de l'eau au moulin du mode de désignation par l'Etat de ses membres qui sont donc à la solde du pouvoir de la HAT.

Pourquoi, se demandent certains membres signataires des accords politiques, n'a-t-on pas alors organisé des élections présidentielles pour cette date ? Cela aurait abrégé cette transition au 31 décembre 2010. Andry Rajoelina et Norbert Lala Ratsirahonana auraient tenu leurs promesses  et la reconnaissance internationale serait peut-être venue. Mais les analystes ne sont pas naïfs, il y a une réelle velléité de la part des dirigeants de proroger indéfiniment la durée de cette transition : le temps d'achever des chantiers publics inopérants mais juteux sur le plan de la corruption, de se "sucrer" dans les affaires de bois de rose, minières, foncières, et de réaliser des contrats d'affaires à titre exceptionnel sur tout ce qui bouge. Les exemples sont frappants :


- le mémorandum de l'ex-ministre des télécoms, par exemple, en dit long sur les pratiques exceptionnelles de son prédécesseur qui, par simple lettre en dehors de toute forme légale, autorise des opérateurs à faire de l'Internet et exploiter la technologie 3G  tout en demandant illégitimement 2 millions d'euros au nom de l'Etat à l'un d'eux. Si ce n'est pas du racket, Dieu que ça lui ressemble


- les interventions exceptionnelles de la Présidence pour attribuer à un de ses amis un marché de la sûreté dans l'aviation civile. Il aura fallu la résistance du ministre des Transports pour remettre de l'ordre ;


- les autorités régionales ne sont pas en reste. Les arrêtés exceptionnels du Chef de Région d'Analanjirofo qui accaparent et déclassent des terrains, forêts de l'Etat au profit de sa région pour, après, les mettre en son nom personnel et les revendre par lotissement  ;

- enfin toutes ces autorisations ministérielles exceptionnelles de transferts de bois de rose de la région de Mananara alors que l'on sait très bien qu'il n'y a pas eu de bois arrachés par les intempéries et cyclones comme ce qui s'est passé dans la Région de 
la SAVA. 

Tous ces ministres signataires depuis 2008, et les opérateurs qui en ont été bénéficiaires de leurs largesses doivent être entendus par la justice car ce sont les premiers responsables de cette gabegie.


Tout ce trafic des bois de rose dans la province de Tamatave provient des parcs environnementaux protégés. Comment qualifier ces actes exceptionnels des hauts gradés de l'armée et du procureur de Maroantsetra qui descellent des marchandises saisies et les mettent sous embarcation à destination d'autres ports ? Les bois de rose découverts aux Comores ont été manutentionnés depuis cette circonscription.

On peut ainsi référencer tous ces modèles de gouvernance exceptionnelle de cette transition, notamment dans le domaine des finances publiques, et des entorses au code des marchés publics qui ont été dénoncés par un rapport de l'ARMP. Pour le commun des mortels, ils doivent être accompagnés de sanctions judiciaires.

 

Absence exceptionnelle

Où veut-on en venir ? Plus rien n'étonne ceux qui s'intéressent au dossier malgache, las de ce nombrilisme qui détruit la vie de la population malgache. Madagascar non reconnue par la communauté internationale a été exceptionnellement absente et présente à la fois de la conférence des Objectifs du Millénaire pour le développement, qui avaient, en l'an 2000, l'ambition de réduire de moitié la proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté (fixé à1,27 dollars par jour), de garantir l'éducation primaire pour tous etc …

Bref, tout un programme dont on ne peut pas évaluer les résultats. Jusqu'à présent notre IDH est l'un des plus faibles du monde (145 ème sur 182), mais on note pourtant qu'en 2007, l'espoir de réaliser 3 objectifs de l'OMD était réel. Aujourd' hui tout s'est envolé, on a donc raté le coche une nouvelle fois. Alors que tous les chefs d'Etat du Monde étaient présents, le nôtre est exceptionnellement absent. Il s'est fait exceptionnellement représenter par le chef de notre diplomatie.


Mais l'instabilité politique exceptionnelle qui s'est instaurée depuis janvier 2009 s'est encore aggravée. Tous les financements extérieurs ont été réduits sinon suspendus, sauf les aides à caractères humanitaires et ceux qui ont été décaissés avant la crise, et les investissements publics gelés. Pour beaucoup de diplomates et notables des provinces, c'est la situation politique créée par Antananarivo qui bloque le développement. Certaines familles du clan des Avaradrano proches du pouvoir et leurs alliés sont d'ailleurs pointés du doigt. Elles pérennisent les pratiques de leur aïeul Rainilaiarivony (dont concussion, corruption et complot de palais permanent en sont les maîtres mots). Normal donc que le pays n'avance pas et s'enlise vers des conflits inextricables.

Mais comme tout a une fin, pour certains, quand on fera le bilan définitif de cette transition où on espère qu'un livre blanc va sortir et qu'un audit sera effectué par les bailleurs de fonds sur le reliquat des financements en cours, des sanctions positives ou négatives seront prononcées. Vu que les tenants de la conférence nationale ont voté pour l'amnistie sélective, un tribunal d'exception à l'endroit de certains responsables sera le bienvenu au nom de la réconciliation nationale.

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