Ikotofetsy 21 au cinéma

Publié le par Ny Marina

Ikotofetsy 21 (1) a envoyé un mail pour inviter ses copains de beuverie, ses voisins, son épouse et la famille de celle-ci à une réunion, en mentionnant l’objet attendu de la rencontre : demander l’autorisation de coucher avec la fille de la voisine, qui a juste 13 ans. Bien entendu, seuls ses amis viennent, appâtés par la perspective du whisky, et approuvent ses projets ignominieux. Le profil de cette assistance monocolore n’empêche pas Ikotofetsy 21 d’annoncer fièrement que son projet a donc été validé, et tant pis donc pour ceux qui étaient invités mais ont choisi de ne pas venir. Son épouse prévient la police de ses sinistres projets, mais Ikotofetsy 21 affirme que la police n’a pas à entrer dans les affaires internes de son foyer, qui ne regardent que lui et sa famille. Toute ressemblance avec une situation réelle ne peut être que le fruit du hasard, mais que ceux qui ont des oreilles entendent.

Mais parlons d’autre chose. L’atelier Teny Ifampierana organisé par la Haute autorité de transition (HAT) a donc refermé ses portes à Ivato à la fin de la semaine dernière. Comme toutes les montagnes créées à la HAT pour légitimer le déroulement de tapis rouge devant ses dirigeants, elle a accouché d’une souris. Et de par l’expérience des assises nationales unilatérales organisées par le Professeur Blanche Richard (mars 2009), de la Convention de Panorama II (août 2009) par le Médiateur de la République Monique Andréas, et du pseudo-gouvernement d’union unilatérale mis en place par Monja Roindefo (septembre 2009), il n’y a a priori aucune raison pour que cet énième atelier unilatéral à la gloire de Andry Rajoelina apporte une solution à la crise, tant nationalement qu'internationalement. Au risque de radoter, rappelons cette citation de d’Albert Einstein : « La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent ». On peut accuser Einstein de tout, sauf d’être bête ou de ne pas avoir fait d’études supérieures. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

Et quand je vois que les deux premières décisions prises par cet atelier d’Ivato étaient de valider la présence d’Andry Rajoelina à la tête de la transition, et celle de Camille Vital à la Primature, je me demande vraiment à quoi servaient tout ce folklore et ces dépenses, pour se retrouver finalement au même point de départ. Le pseudo-débat suivi de vote entre une Assemblée constituante et un Référendum n’est que l’arbre qui cache la forêt. L’unilatéralisme ne réside pas dans l’absence ou la présence de débats, puisqu’apparemment il y en a eu à Ivato, mais dans le fait que le cadre du débat est déjà dès le départ tellement orienté, qu’il a empêché de parler sérieusement des choses essentielles, et de réunir les personnes qui comptent vraiment dans la résolution de crise. Même des membres du fan-club de la HAT se sont offusqués dans la presse de la tournure pré-formatée et dirigiste des évènements à Ivato. Il faut quand même que des gens soient inconscients de la faible qualité de leurs fréquentations pour s’offusquer de ce qui était pourtant prévisible.

D’ailleurs, comment penser que des choses aussi importantes puissent être préparées et organisées en deux semaines (la Conférence a été annoncée le 25 février 2010), et surtout se dérouler en deux jours. Certes, quand on baigne dans une logique hâtive, on ne connaît pas le dicton qui dit qu’il faut prendre le temps pour bien faire les choses. Le style naturel est donc le kitoatoa, le maikamaika, le trandra-metaka et le ala-safay, car dans ce genre de choses, l’essentiel pour l’organisateur est de pouvoir pérorer sur le fait que la réunion ait eu lieu, et non sur les résultats. La Convention d’Ivato n’est qu’une stratégie pour tenter d’amadouer le GIC avant l’échéance fatidique du 17 mars. Faut-il alors s’étonner qu’à la vitesse TGV, une délégation se soit rendue à la HAT (bis, je sais…) à Addis-Abeba avec le texte voté à Ivato ? Question : en foi de quoi la HAT espère-t-elle que cette Convention d’Ivato aura plus d’efficacité que la Convention de Panorama II bricolée comme poudre aux yeux juste avant Maputo.

Il y a deux arguments forts sur lesquels la HAT tente de fonder la légitimité des résolutions de ce texte d’Ivato. Primo, le fait qu’il y ait eu 912 entités participantes. La HAT tente donc d’impressionner les psychologies fragiles avec ce chiffre, qui est en fait plus ridicule qu’autre chose. A part quelques dizaines d’entités de la classe politique ou de la société civile ayant effectivement une réelle envergure, la grande majorité des ce chiffre tient plus du groupuscule que d’organisations ayant une réelle crédibilité. Et ce ramassis de griots n’a pas plus de légitimité à parler au nom du peuple malgache, qu’un ramassis de braillards sur une place publique, même s’ils sont habillés en orange. Secundo, le fait qu’il y a eu un vote. Je ne pense pas que le véritable point de blocage soit le choix entre référendum constitutionnel ou assemblée nationale, pas plus que la couleur de mes chaussettes. Ce qui importe actuellement est de savoir comment l’inclusivité et le consensus seront traduits en actes à partir des Accords de Maputo signés par quatre personnes adultes, mais dont certains sont versatiles.

Au même titre que toute la rédaction, je suis de ceux qui appellent depuis un an au dialogue. Rappelons encore une fois les paroles de Napoléon : « en guerre comme en amour, pour en finir il faut se voir de près ». Et tant que le dialogue de sourds entre les autistes persistera, les dirigeants de la HAT continueront dans leur manie du plaisir solitaire, jusqu’à s’en fouler le poignet. Le Président de la HAT doit donc puiser au fond de lui-même pour avoir la sagesse de se libérer de l’influence des faucons de sa basse-cour, mais l’opposition doit aussi quitter sa posture de fermeture systématique de la porte au dialogue, car comme dit Robert Sabatier, « s'opposer n'est autre que proposer. Une opposition sans proposition n'est que mouvement d'humeur ».

 

Oui au dialogue, mais pas n’importe lequel

Dans ce cadre, je comprends et j’approuve le comportement du Vice-Amiral Ramaroson, qui a pardonné au protégé des bidasses qui l’ont maltraité le 17 mars 2009 ; mais aussi celui de Fetison Rakoto Andrianirina qui a tenté d’initier un dialogue au Carlton. Il est difficile de rapprocher les extrêmes, alors il faut tenter de mettre la balle aux centres pour favoriser le rapprochement des modérés. Mais tant que l’intérêt supérieur de la Ration (ISR) primera sur l’intérêt supérieur de la Nation (ISN), aucune réunion ne pourra être fructueuse, et ne débouchera que sur des sorties de crise avortées, qu’elle se déroule à Maputo, à Antananarivo ou à Addis-Abeba. Sans large consensus sur l’objectif, l’organisation, la composition des participants et les résolutions, les réunions de recherche de sortie de crise ne ressembleront qu’à ce que le forumiste Mihaino comparait avec humour à des « fivorian’ny alika : ny hevitra tsy misy fa ny orokoro-body no betsaka ». Une réunion monochrome ne peut pas déboucher sur un arc-en-ciel, que ce soit une réunion du GIC avec les trois mouvances à Addis-Abeba, ou une rencontre des pro- HAT à Antananarivo.

Ce n’est donc pas sur le principe que nous remettons en cause la conférence d’Ivato, mais sur son mode d’organisation, son mode de fonctionnement, et surtout sur les calculs politiques qui l’ont sous-tendue. Si la HAT avait voulu réellement le faire en toute bonne foi, elle ne l’aurait pas bâclée ainsi, et aurait mis en place un processus d’apaisement pour créer un environnement favorable, ce qui aurait encouragé la participation de toutes les parties dont la présence était souhaitable. Mais dans la mesure où le souci des dirigeants de la HAT était de rajouter une couche d’Araldite entre leurs non-augustes postérieurs et leurs fauteuils, ils se sont donc arrangés en se réfugiant derrière une invitation urbi et orbi qui n’a séduit que ses griots, ou ceux qui avaient des dispositions à le devenir.

Andry Rajoelina est un homme de communication. Il devrait savoir que l’image publique doit être crédible pour être efficace. Vouloir donner une image d’ouverture, de concession et d’efforts de dialogue est une excellente chose, mais à condition qu’elle ne soit pas perçue comme une ruse cousue de fil blanc. Pour le plaisir, relisons ensemble comment l’académicien Régis Rajemisa-Raoilison définit ala-safay dans son Rakibolana malagasy : « fanaovan-javatra tsizarizary mba hisehoana ho nanao fotsiny ka hahafa-tsiny eo imason’ny olona ». Cela définit très bien la réunion d’Ivato, basée sur une kyrielle de groupuscules rassemblés pour soutenir le maintien de Andry Rajoelina à la tête de la HAT. Normal que celui à la tête s’entête. Mais que font alors les groupuscules ?

 ___________

(1)    : Ikotofetsy des temps modernes (XXIème siècle)

Commenter cet article