ils sont fous ces ...

Publié le par Ny Marina

Ndimby A.

Astérix chez les dingos

 

Asterix


« Nous sommes en 2009 après Jésus Christ. Toute la Grande Ile est occupée par les Accords de Maputo ... ...Toute ?... Non ! Un village peuplé d'irréductibles Malagasy résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les garnisons du Groupe International de Contact qui savourent leur Babaorum en contemplant leur  Aquarium qui leur évite de prendre du Laudanum devant les bêtises du Petitbonum ».
 Petit hommage personnel envers Goscinny et Uderzo, qui ont bercé mes lectures d’antan avec les albums d’Astérix. Ne pas voir dans ce nom une allusion à un petit bonhomme moustachu, qui arrose de potion magique le Droit constitutionnel malgache pour en sortir des solutions abracadabrantesques, et faire passer des vessies pour des lanternes. Eo amin’ny fandehan’ilay raharaha.

La solution des Accords de Maputo, avec le mode d’emploi décidé à Antananarivo le 6 octobre ne fait pas que des heureux. Il est cependant évident que la pilule ne peut pas plaire à tout le monde. En fait, le problème est simple : une crise implique divergences profondes d’opinions entre les protagonistes. Sa résolution passe alors par un rapprochement des centristes et modérés de chaque partie en présence, afin de créer une masse critique qui puisse influer sur le cours des évènements. Car il est illusoire à court terme de rêver à un rapprochement des extrêmes. Cependant, à moyen ou long terme, surtout chez les politiciens malgaches, rien n’est impossible : d’où ces alliances contre-nature entre Ratsiraka et Zafy, Ravalomanana et Ratsiraka, Rajoelina et Andriamiseza (entre autres). Comme le disait si bien l’Amiral, « en politique, il n’y a pas d’inimitiés éternelle ».

Qu’on le veuille ou non, le village des irréductibles anti-Maputo (du moins dans la façon dont ces Accords tendent à s’appliquer) est dirigé par deux personnes de famille différentes : Marc Ravalomanana, qui ne veut pas de la validation de Andry Rajoelina à la tête de l’Etat, sous prétexte que c’est un putschiste ; et Monja Roindefo, qui ne veut pas quitter son fauteuil de Mahazoarivo sous prétexte que sa destitution ne suit pas une procédure légale. Ce dernier point est riche d’enseignements pour l’humanité : Monja Roindefo étant encore en parfaite santé, le ridicule ne tue donc pas. Ce Premier ministre d’un Gouvernement insurrectionnel né sur la Place du 13 mai, qui a lancé sans vergogne la foule à l’assaut du Palais d’Ambohitsirohitra, et dont même les proches amis affirment qu’il n’est pas étranger à l’action des militaires qui a fait basculer la crise en Mars dernier, se raccroche donc à un légalisme qu’il a été un des premiers à fouler aux pieds. Devant ce conflit Rajoelina – Monja, j’ai envie de rappeler à l’ex-DJ les fameux vers de la Fontaine « Vous chantiez, j’en suis fort aise. Et bien, dansez maintenant ». Pendant ce temps, je rigole, car je ne vais pas pleurer à chaque fois que le pouvoir de transition se trouve confronté à un problème.

Par contre, ce qui est étonnant dans sa déclaration, c’est que nos confrères de la Vérité affirment que Monja Roindefo parle d’un préjudice en cas de limogeage qui ne pourrait être financièrement chiffré. Hay ve izay ilay resaka e : combien ? Et quand Andry Rajoelina nous chantonnait depuis Janvier que les gens qui l’entourent sont des patriotes, des démocrates et des personnes ayant le sens de l’Etat, je me marre. Car la dérive du fils de Monja jaona n’est que l’illustration flagrante de ce que nous dénoncions dans ces colonnes depuis le début de l’année : ces arguments pseudo-patriotiques sur lesquels le coup d’Etat a été bâti ne sont que fadaises et sornettes, car ce n’est qu’une histoire de lutte pour les sièges, d’ego et d’intérêts personnels. Le médiocre éditorialiste qui est votre serviteur avait écrit dès le 19 mars le non moins médiocre avertissement suivant, ce qui lui avait valu des cliquetis de pinces outrés de la part de certaines écrevisses marbrés : « Le seul lien qui unissait la plate-forme était le renversement de Marc Ravalomanana. Cet objectif était fait pour les réunir. Maintenant que cela est réalisé, l’ambition de la plupart de s’imposer aux prochaines élections risque de les diviser. Cette coalition de façade va immanquablement s’effriter au fil du temps, comme le FNDR à la fin des années 90, les Forces vives de 1991 ou le KMMR de 2002 ».

Notons cependant qu’à Madagascar, les ennemis des ennemis deviennent souvent des amis. Monja Roindefo au Magros est une donc possibilité qui n’est qu’une question de temps, et non de principes. Car les deux Abraracourcix de service se disent peut-être que l’addition des réseaux et des atouts de chacun sera peut être plus efficace contre celui qui est devenu l’ennemi commun. Si l’un a des réseaux internationaux (qui cependant s’effritent) et des moyens importants, l’autre a des réseaux militaires (qui cependant s’effritent aussi) et des moyens que la rumeur publique affirme devenus importants depuis le 17 Mars 2009.

Et puisque nous nous y sommes, restons dans le parallèle entre l’univers d’Astérix et Madagascar. On y retrouvera le député Raharinaivo Andrianantoandro, qui sera l’Assurancetourix national, se retrouvant à chaque fois emprisonné, comme le barde attaché à l’arbre. Ou encore, Cetautomatix, la brute de forgeron qui joue les gros bras juste parce qu’il a une grosse enclume (sauf qu’à Madagascar, l’enclume s’appelle kalachnikov). Sans oublier, Ordalfabétix, le poissonnier qui vend des poissons pourris, tel l’abruti (ou l’abrutie) qui a rédigé le discours plagié présenté au nom de Madagascar à New York lors du sommet sur les changements climatiques. Et Falbala, l’élégante Ministre de la communication. Ou Bonemine, l’acariâtre et un peu moins élégante Ministre de (… censuré …). Quant à un certain ambassadeur qui tire les marrons du feu au nom de la Françafrique, il serait (pour l’instant) le Jules César qui dirait « Veni, vidi, vici ». Monja Roindefo serait le Brutus à qui son père adoptif dirait, l'air faussement étonné « Tu quoque, fili » en le découvrant parmi ceux qui le poignardaient. Pour la criée aux vénérables Agecanonix, vous avez l’embarras de l’anchois (1) : entre l’Amiral, le Rambo, le Pasteur et les autres dinosaures qui tapent l’incruste. Les vrais aficionados d’Astérix saurant sans doute aussi que des gens ayant la cervelle d’Acidenitrix, « traître à tête de hareng saur toujours prêt à vous faire une queue de poisson », trainent dans les coulisses du tout pouvoir, se prétendant et se voulant « faiseurs de rois ». Tout comme Détritus, le semeur de zizanie. Enfin, les pirates existent, du côté d’un camp de Soanierana. Hélas pour les Malgaches, leur bateau a oublié de coule comme dans la bande dessinée.

Dans tout cela, celui qui nous manque vraiment est le druide Panoramix, le vieux sage à qui on n’apprend pas à faire la potion magique de la réconciliation nationale. Et c’est sans doute là qu’on s’aperçoit vraiment que quelqu’un de la stature du Professeur Rakoto Ratsimamanga nous manque. Mais cependant, on peut aussi se dire qu’heureusement qu’il est mort, car ce grand nationaliste aurait certainement mal supporté de voir ce pays à la dérive. Les militaires se mutinent, le Premier ministre fait de la résistance à un limogeage amplement mérité, les exilés politiques veulent se rendre indispensables et incontournables, les obscurantistes de Otrikafo veulent nous ramener au XIXème siècle, et la foule se laisse à chaque fois manipuler par le chauffeur de place publique de service, malgré le fait que 1991 et 2002 aient déjà démontré qu’un Président de la Rue n’était pas nécessairement un Président de palais idéal. Alors, heureusement que cette grande lumière qu’était le Professeur Ratsimamanga n’a pas à vivre cette ambiance où les Malgaches semblent être devenus dingos.
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(1)   Petit rappel pour ceux qui ne comprendraient pas la construction de cette phrase. La criée est un marché aux poissons.

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