Interview de Raymond Ranjeva sur RFI... sans RFI

Publié le par Ny Marina

Voici l’intervioue que Raymond Ranjeva a donné à Boniface Vignon jeudi dernier. On l’attendait sur RFI vendredi. Rien. Samedi ? Rien. Dimanche à 7h45, les hapifioues l’entendent enfin, préviennent leurs amis pour qu’ils écoutent Afrique matin sur Rfi. Tout le monde est à l’écoute. Inutilement. Raymond Ranjeva avait disparu, disparu dans le matin et le brouillard. La question fut alors posée à Rfi : les chiens de garde du colonialisme avaient-ils entrepris de censurer la radio du monde ? D’autant plus que Grégoire Portier venait d’annoncer que le DJ président restait en place et qu’il allait « nommer prochainement un Premier ministre issu des côtes ». Inutile de commenter. Les chiens de garde sont bien dressés et ont les bons réflexes dans les mauvais moments. Rien n’est impossible, dit-on en français.

A défaut d’en entendre la voix, voici du moins les paroles de Raymond que l’on trouve sur Rfi. Sans doute y a-t-il aussi des mauvais esprits à la radio du monde. Bonne lecture.

 

INTERVIEW DE RAYMOND RANJEVA SUR RFI (dimanche 19 septembre 2010)

RR : Raymond RANJEVA (Ancien Vice-président de la Cour Internationale de Justice de La Haye et Ancien recteur de l’Université d’Antananarivo)

BV : Boniface VIGNON (Journaliste à RFI)

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BV : Raymond Ranjeva, bonjour !

RR : Bonjour Monsieur Vignon.

BV : Sans les lieutenants des anciens Présidents : Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka, Albert Zafy, cette conférence n’est-elle pas vouée à l’échec ?

RR : Les organisations de la Société Civile ne sont pas parties prenantes dans la présente conférence dite nationale et vous êtes certainement au courant des conditions de confusion totale dans laquelle sa participation a été organisée. Il y a eu des pugilats et je ne vois pas très bien comment peut-on s’en sortir dans une situation pareille ?

BV : Il y a eu pourtant plusieurs réunions, notamment : Maputo 1, Maputo 2, Addis-Abeba ?

RR : Je me suis parfois demandé si nous n’avions pas à faire à des séances de prestidigitation. Parce que, à chaque instant, le prestidigitateur sortait un canard ou un lapin de sa poche, de son manteau. En réalité, il faut faire 3 constats. Le premier constat, c’est le sentiment d’impuissance des acteurs et des prestidigitateurs. Le deuxième constat, qui est une explication de l’échec de toutes ces tentatives, c’est l’acharnement, voire l’entêtement à articuler la sortie de crise autour du phénomène partisan et clientéliste. Les vrais problèmes de fond, concernant le mal dont souffre la société malgache, ont été laissés de côté. Et enfin, il est impossible de déterminer avec rigueur les engagements pris par les participants, les acteurs. Et je relève qu’on se complaisait à recourir à l’utilisation de schémas ou de pensées importées, qui n’avaient aucune signification par rapport à la réalité malgache.

BV : Quels sont les maux dont souffrent le pays et qui on été laissés de côtés ?

RR : Il y a d’abord un problème de légitimité du pouvoir politique. On a tendance à occulter les conditions dans lesquelles le coup d’état intervenu a mis en place une succession a-constitutionnelle du régime politique. Et à côté de ce problème de fond vous avez, il y a d’autres types de problèmes liés à la mauvaise gouvernance. Mais ce qui me parait beaucoup plus grave, c’est la dimension systémique du problème, avec d’une part l’existence d’un pouvoir politique qui a partie liée avec certains intérêts économiques et d’autre part avec certaines parties des forces armées.

BV : Et vous, vous pensez que le pays peut rapidement sortir de la crise, comment selon vous pourrait-on gérer une transition calme ?

RR : Pour le moment, ils sont entrain de gérer les conséquences de la prise de pouvoir de mars 2009 ! Il faut en être conscient ! La transition a pour objet fondamental la mise en place des fondamentaux de l’État. Et, pour ce faire, il nous faut absolument une transition neutre et une transition forte. Ce qui est loin d’être le cas dans la situation actuelle…

BV : Est-ce à dire un gouvernement avec une personnalité de la société civile à sa tête ?

RR : D’abord un gouvernement qui ne soit pas un gouvernement militaire. Il n’est pas du tout établi, dans les circonstances actuelles de Madagascar, comme dans l’histoire, qu’un régime militaire soit porteur de solution définitive, à caractère démocratique. La neutralité, dans mon esprit, signifie l’alignement vers l’intérêt du plus grand nombre et non plus vers l’intérêt particulier ou spécifique de tel ou tel parti. Au sein de cette transition neutre, les personnes qui sont appelées à prendre des responsabilités doivent couper définitivement et de manière irréversible leurs liens avec les institutions qui les ont présentées. Telle est la condition sine qua none pour que la transition réussisse.

BV : Avant de penser à l’organisation des prochaines élections, il y a d’abord la réconciliation nationale, que d’aucuns qualifient de prime à l’impunité. Êtes-vous  favorable à l’amnistie accordée aux anciens Chefs d’État ?

RR : Le mal a changé de nature en 18 mois. Au début, il s’agissait d’un différent entre deux protagonistes politiques : le Président Marc Ravalomanana et Monsieur Andry Rajoelina. Mais le mal n’est plus un simple problème de différent, de litige, mais devient un mal profond, révélateur de l’état de la société malgache. Et il faut dans un premier temps commencer par traiter ce mal en termes de thérapie collective. Et nous avons sur ce plan des expériences intéressantes, une expérience historique, qui est la pratique du « fokonolona », que d’aucuns se sont empressés de remiser dans les oubliettes de l’histoire. Après, vous avez le phénomène de réconciliation. Et réconciliation au sens malgache de « fifampihavanana », c'est-à-dire la réconciliation réciproque, non une réconciliation fondée sur le clivage entre réconciliateurs et groupes à réconcilier. Tout simplement parce qu’on n’a pas eu de guerre civile, on n’a pas eu de problèmes de même nature que certaines crises ou certains drames vécus ailleurs. Nous pourrons alors à ce moment là envisager l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles et la mise en place des institutions nouvelles.

BV : Raymond Ranjeva, je vous remercie.

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