L’ARCHEVÊQUE COMMUNIQUE

Publié le par Ny Marina

Le 07 octobre 2009

 

L’ARCHEVÊQUE COMMUNIQUE

 

 

Même s’ils sont Catholiques, les opposants à la Françafrique vont encore pouvoir trouver une preuve à leurs soupçons. Le journal La Croix s’est fait son porte-parole, en publiant le 3 octobre dernier, recueilli dans la capitale malgache par Claire Leségretain, un entretien avec l’archevêque d’Antananarivo, Mgr Odon Marie Arsène Razanakolona, que beaucoup appellent aujourd’hui de ses seules initiales : Mgr Omar.

Je ne suis pas un lecteur quotidien de ce journal, mais mes amis au delà des mers qui n’ont pas réussi encore à se guérir de leur addiction, ont été plus que choqués samedi dernier dans leur « prière du matin d’homme moderne », selon Saint-Georg Wilhelm (1), et me l’ont signifié en m’envoyant un scanner de l’article.

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Que nous conte donc le bras clérical des Capsates et très puissant Omar ?

Il nous dévoile d’abord qu’il aurait agi comme médiateur par une sorte de mission que lui aurait confiée Hailé Menkerios, secrétaire général adjoint de l’Onu. Il me faut avouer que je ne l’avais pas compris dans l’enchaînement des événements. Serait-ce une amélioration du curriculum vitae en vue d’un poste à la Curie ? C’est le petit défaut fréquent des CV faits pour une promotion. Il n’y aurait rien de particulièrement contraire à la coutume des sociétés du Nord. Mais il ne rappelle pas qu’après un rendez-vous manqué au Hintsy, il avait fait appel à l’armée pour qu’elle « prenne ses responsabilités dans l’intérêt du peuple ». Dès lors, la mutinerie recevait la caution qu’elle allait utiliser.

Ce petit défaut ne doit pas en faire oublier un bien plus grand : comme il ne peut dire ne pas avoir fini sa bibliographie ou n’avoir pas terminé son enquête, il est évident qu’Omar a vraiment une très mauvaise mémoire. On  le constate encore, quand il affirme : « La garde présidentielle a tiré sur des partisans d’Andry Rajoelina qui marchaient sur le palais, faisant plus d’une centaine de morts. » Comme il n’a sans doute pas fait d’études sérieuses en histoire, il ne sait pas que la principale qualité de l’historien est non pas d’être « objectif », mais bien d’être honnête et de ne rien occulter des faits. Il a pris un point de vue très sélectif et non historien, puisqu’il ne dit rien de l’initiateur ou des initiateurs de cette marche. En fait, quarante-huit heures auparavant, Ravalomanana avait fait prévenir Rajoelina de ne pas tenter une telle aventure, même si les services présidentiels avaient déserté Ambohitsorohitra, pour éviter que ne s’ajoute un incendie à ceux qui avaient déjà détruit l’Hôtel de Ville, le Palais du Premier Ministre et le Palais de la Reine. Le Dj en a sans doute tenu compte, puisqu’il n’a pas accompagné ses partisans, mais s’est lâchement réfugié dans son douillet domicile. L’archevêque n’y était pas non plus…

La garde présidentielle, dit-il, aurait fait « plus d’une centaine de morts ». Pourtant, au dire de la presse, le « carnage d’Ambohitsorohitra » aurait fait moins d’une trentaine de morts. Omar exagère-t-il cette statistique macabre pour mieux se valoriser ou pour, d’une certaine façon malgache, faire le TM, le Tarehy Mampalahelo, le porte-parole d’une foule de martyrs ? Plus directement, je dirai que, sans avoir fait les écoles spécialisées de l’Union Soviétique, Omar est un maître, voire un docteur, en désinformation, même si je suis certain que les écoles vaticanes ne préparent aucun diplôme en cette discipline… La filmographie du « carnage » montre à l’évidence que les premiers coups de feu tirés sur les manifestants ne venaient pas du palais, mais des toits des immeubles voisins ou même des rangs des manifestants eux-mêmes. Des militaires ont, depuis lors, confirmé ces faits, en imputant la responsabilité aux milices TGV... Le soir même de l’événement, Marc Ravalomanana parlait dans le désert en réclamant l’ouverture d’une enquête internationale. Ultérieurement la HAT  n’a jamais cautionné cette requête !

Selon La Croix, Omar aurait démissionné de la médiation le 26 février, car, dit-il, il ne pouvait « mener une négociation dans un climat de terreur ». Il occulte le fait qu’il en a été lui-même l’instigateur en tendant la main aux militaires. Le 17 mars, il a laissé envahir l’épiscopat par des putschistes déchaînés, qui menacèrent de leurs armes le Nonce et des diplomates attirés dans ce guet-apens et qui y lynchèrent et arrêtèrent le président de l’Eglise protestante. S’il avoue avoir effectivement démissionné de ses fonctions de médiateur, il n’avait pas renoncé à être un des organisateurs du coup d’Etat, qu’il n’a jamais cessé de cautionner. Il ne dit rien des violences, des incarcérations arbitraires, des atteintes aux droits de l’homme exercées depuis lors à l’encontre des « légalistes » qu’il rend même responsables du climat conflictuel de Madagascar. Il s’est rangé délibérément dans le camp des militaires mutins, auxquels il a donné sa bénédiction à l’épiscopat. Sa conception de la réconciliation lui imposerait-elle d’éliminer physiquement ou par la terreur tous les opposants ? Elle le conduit de toutes façons à mater sans ménagement les velléités de liberté de pensée au sein de la Conférence des Evêques. Pauvre Mgr Félix Ramananarivo d’Antsirabe !

Canoniste diplômé, l’archevêque manque du vocabulaire que lui aurait enseigné un minimum d’études en sciences sociales et humaines. Il qualifie d’« émeutes » ce qui furent vraiment des pillages et des incendies, bien mis en œuvre par le gentil Rajoelina et ses GO, ses Gentils Organisateurs. Ce sont ces pillages et incendies de la fin janvier qui firent plus d’une centaine de morts  et dont il ne souffle mot, alors qu’ils ont été le signal déclencheur de la crise en cours. Mgr Omar veut jouer au diplômé de Sciences Po et expose son analyse politique de la situation malgache. Il n’a pas compris les explications de son conseiller politique et conseiller en communication – lui-même ancien de Sciences Po – pour être capable de dire à la journaliste : « Comment peut-elle [la communauté internationale] obliger les quatre mouvances […] à s’entendre et à gouverner ensemble ! Imaginez en France une alliance entre Sarkozy, Chirac, Jospin et Giscard : y aurait-il la moindre chance pour que ça marche ? Un président déchu ne peut pas travailler avec celui qui l’a déchu ! » C’est affligeant. Plus, c’est hallucinant et montre une totale ignorance des relations qui régissent les rapports entre les chefs d’Etat et de Gouvernement français : le médiateur pouvait-il mener une négociation avec une telle philosophie ?

L’archevêque prétend qu’il était alors impossible d’organiser des élections pour résoudre la crise ! Et du haut de la chaire de La Croix, il condamne la communauté internationale, parce qu’elle menace de priver Madagascar des « aides financières extérieures… ce qui ne peut que durcir la situation ». Et il lui impute la responsabilité de tous les malheurs qui peuvent arriver au peuple malgache. Pour lui, qui n’a rien d’un démocrate et d’un libéral, le seul avenir possible, c’est que la communauté internationale donne son aval aux putschistes. « Le plus important est que la communauté internationale accepte le changement voulu par les Malgaches [le fameux concept Hâtif de vahoaka] et nous aide à préparer les prochaines élections et le nouveau gouvernement qui en résultera. Sinon, la situation se compliquera de plus en plus et la population malgache, lasse de toutes ces tractations qui n’aboutissent pas, n’en sera que davantage exaspérée. » Sans attendre plus, c’est le lecteur qui est exaspéré par ce genre de communication. Omar joue au médecin qui ne veut pas dire à son malade qu’il est condamné pour qu’il puisse mourir en paix sans conscience de ce qui lui arrive et sans pouvoir prendre ses dernières dispositions.

L’article de La Croix est illustré d’une photo d’Omar on ne peut plus souriant. C’est le même sourire qu’il avait à l’épiscopat à Antanimena le 17 mars, quand il voyait réussir son coup d’Etat. Il devait tout autant bien sourire, quand il faisait gober des mouches à Claire Leségretain. Mais tous les Malgaches et, parmi eux, beaucoup de Catholiques qui ont souffert et continuent à souffrir des conséquences de neuf mois de désordres, n’accordent plus aucune distinction à ce hiérarque. Sauf peut-être les petites bonnes sœurs, qui n’ont reçu aucune éducation civique, qui n’ont jamais eu à se battre pour gagner de quoi manger chaque jour et dont l’espace social prédominant est d’ordre eschatologique. S’il ne tenait qu’à moi, je leur conseillerais de prier pour qu’Omar décide enfin d’aller à confesse. Mais auprès de qui un archevêque doit-il se confesser ? Il lui faudrait trouver un confesseur qui ait vraiment du temps à lui accorder.

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Interrogé sur le rôle d’Omar dans la crise malgache, un évêque de l’Eglise de France a diplomatiquement répondu : « C’est une question très difficile. Je pense qu’il a été au delà de ce qui lui était permis de faire ». La réponse est claire. Je crains fort qu’il ne soit pas « le sel de la terre » et qu’au sel, il préfère le piment. Le synode romain pourra-t-il lui redresser l’esprit, à lui qui s’est mis en dehors de l’œcuménisme malgache et en dehors de la communauté nationale ? Ecoutons Mgr Tonyé Bakot : « On peut en être coupé suite à une faute grave et chercher à retrouver la communion avec tous. C'est le sens du pardon donné ou reçu selon qu'on a été offensé ou coupable d'une faute ». Pour ce qui nous concerne, on voit bien où est la faute et qui l’a commise.

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(1) « La lecture du journal est la prière du matin de l’homme moderne » (Georg Wilhelm FriedrichHegel, 1770-1831).

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