L’ENFER RADZOUËLIEN

Publié le par Ny Marina

Le 12 mars 2010

 

Quand on traîne ses savates le soir du côté d’Ambohitsorohitra, on y voit des lumières tard le soir. On s’inquiète. Que se passe-t-il donc pour que l’on y travaille aussi assidûment ? Ce n’était pas l’habitude. Notre Transition voulait nous donner le spectacle d’un « gouvernement » serein et apollinien ne vivant que sous le soleil. Il défendait le privilège reconnu à tout un chacun en ce bas monde, et notamment en ce bas monde malgache, de bénéficier de sa part de soleil.

Quand, le hasard étant au service de l’amitié, on a la chance rencontrer un vieil ami qui est aussi un ami du célèbre Joelina et qui appartient au premier cycle de ses nénènes et précepteurs, on a alors une explication. La bonne explication. Finies donc les suppositions méchantes, finies les interrogations inutiles. A Ambohitsorohitra en ce moment, on travaille de six heures du matin à onze heures du soir, et l’on en sort épuisé, et l’on y tourne et retourne en rond à imaginer d’incroyables et impossibles solutions aux petits problèmes actuels. Ce sont chaque jour des coups d’Etat, des coups de force, des coups tordus et de multiples autres coups dont j’ai oublié l’énumération, qu’il faut combattre et déjouer. S’y ajoutent les problèmes que pose la communauté internationale. Comment se sortir des sanctions qui risquent d’arriver le 15 mars ? Et quelles sanctions ?

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Intérieurement d’abord, exemple d’un coup de force militaire réussi. Depuis la démission de Ny Hasina Andriamanjato, il fallait bien lui nommer un remplaçant. Qui choisir ? De multiples noms ont été avancés et une liste de noms a même circulé. Il y fallait quelqu’un qui soit parfaitement diplomate, francophile et francophone. La personne fut trouvée et Joelina l’a fait venir pour lui proposer le poste, lui demandant une réponse rapide. Elle a consulté sa famille et ses amis qui lui donnèrent des conseils opposés : accepter ? Oui ! accepter ? Non ! Vite, la personne prit sa décision : pour changer le cours des choses, il faut être à l’intérieur du système. C’est pour la même raison que certains se sont retrouvés « ministre » Hâtif. Vite, elle donne sa décision à Joelina, qui lui demande d’en parler au colonel Vital, lui-même « premier ministre ». Lequel ne l’a pas encouragée. Indécis comme à l’habitude, le gamin n’a pas tout de suite annoncé publiquement sa nomination. Il a suffi d’attendre deux jours pour que la machine militaire se mette en marche et qu’un officier de marine soit nommé à ce poste. Hippolyte Ramaroson fut ainsi en partie dédommagé de la vexation que ses congénères lui avaient infligée le 17 mars en lui retirant le pouvoir que Ravalomanana lui avait confié.

Il arrive que Joelina soit efficace, au moins dans des cas particuliers. Je vous ai parlé dans Insatiables crocodiles d’un « chef d’entreprise internationalement et honorablement connu » dont le compte bancaire avait été bloqué. Il rencontre Joelina, lui fait part de ses difficultés et lui suggère de demander au patron de l’organisme bloqueur les accusations qui porteraient sur lui. Joelina prit son téléphone et posa la question. Le compte fut immédiatement débloqué. Ce que ce patron d’un organisme désormais Hâtif ignorait, c’est que sa cible du moment connaissait Joelina depuis plus de quinze ans, qu’ils étaient plus qu’amis et continuaient de se tutoyer. Malheureusement pour ce Hâtif, on ne peut pas tout connaître des relations des gens.

Je profite de cet épisode de la geste crocodilienne pour réparer un oubli de ma dernière lettre. J’avais omis de dire que le minier « amoureux de Madagascar » concluait son récit en rappelant qu’au cours des années passées, dans les différentes sociétés minières dans lesquelles il avait une participation, Ravalomanana ne leur avait jamais rien demandé, « pas même un dollar ». On ne peut donc même pas en accuser l’horribilissime !

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Revenons aux problèmes que les étrangers posent à nos patriotes. De mon ami rencontré, je n’ai pas cherché à ce que soient précisées les sanctions redoutées à Ambohitsorohitra. La presse parle d’une liste où même serait le nom de Pointe de Sagaie. Elle s’en étonne, car ledit Pointe de Sagaie n’est plus au « gouvernement » et a normalement fait une passation avec Mangalaza, nommé Premier Ministre de consensus. Elle ignore manifestement ou feint d’ignorer tout de la geste crocodilienne. Ce que les gens espèrent ici, ce n’est pas seulement que les comptes bancaires de ces gens soient bloqués dans le monde, mais aussi que les noms des détenteurs de ces comptes et les avoirs qu’ils y détiennent soient rendus publics.

On sait bien qu’en France, l’on ne peut savoir combien gagne son voisin. Tout au plus, les signes extérieurs de richesse peuvent fournir une indication. Aux Etats-Unis, me dit-on, les ressources de tout un chacun sont publiées dans les mairies du coin. La Françafrique soutenant qui nous savons, les détenteurs risquent bien de conserver leur anonymat. Personnellement, je ne suis pas proaméricain de nature et je ne bois jamais de coca-cola, mais en l’occurrence, je souhaite que soit, en la matière, appliquée la coutume américaine. La publicité n’interdit pas la présomption d’innocence.

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Petits problèmes de nos Hâtifs. Nous savons que Madagascar possède ici comme dans la diaspora d’excellents techniciens à qui personne ne peut en remontrer. Téléphones, fax, internet sont continuellement surveillés. Aussi, pour les décisions importantes avec leurs sièges de New York, de Paris, de Vienne, de Rome ou d’ailleurs, chancelleries et bureaux des représentants résidents évitent d’utiliser Telma, Orange et compagnie. Ils se sont dotés de téléphones satellites. La ligne est directe et les communications n’aboutissent pas à Ambohitsorohitra. La méfiance règne.

Autre petit problème, comment reculer les élections ? Et comment, quand les dates auront été fixées, les reporter ? On pourrait bien faire appel à un conseiller, ivoirien ou pas, de Gagbo, qui est passé maître en la matière.

Dernier problème important, car la situation est critique, General Motors ferme l’usine de fabrication des Hummer que les Chinois ont renoncé à acheter. Où va-t-on pouvoir se procurer cette voiture-culte de la Hat ? La seule solution consisterait pour Ambohitsorohitra de prendre vite la place de Chinois. Mais les Hâtifs en arriveront-ils à y penser et à s’y résoudre ?

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