LA CONSTITUTION

Publié le par Ny Marina

 

 

Le 1er octobre 2010

 

On parle beaucoup de constitution. Et l’on vient d’avoir une grande réunion au Centre International de Conférences d’Ivato. On se demande pourquoi une conférence nationale malgacho-malgache dans un centre « International ». Serait-ce pour nous faire croire que la Communauté internationale nous offre ce Centre ou qu’elle nous reconnaît ? On ne sait plus le sens des mots.

Il est bon que je rapporte les propos d’un homme qui a suivi et participé à tous les événements depuis un an et demi et dont l’autorité morale et politique est reconnue de tous. Il a donc assisté à la conférence et en sort attristé. « C’était le brouhaha complet ». Les débats volaient au dessous du niveau des pâquerettes, c’est peu dire. Les participants : pour une salle de 1.000 places, deux mille avaient été invités et 4.000 sont arrivés, mais l’on dit 5.000, ça fait plus peuple. Ils se sont battus – le mot n’est pas exagéré – pour les bouteilles d’eau vive et pour les chaises. Pas les seza à titre permanent, mais les chaises où s’asseoir durant la conférence. A la télé, c’était pitoyable à voir. Une véritable organisation Hâtive. L’on s’est battu aussi et les auto-délégués ont fait grève de conférence pour de gros per diem. Force est de constater que beaucoup étaient venus pour un voyage, un hébergement et une restauration à la capitale, mais réclamaient en plus 50.000 Francs d’argent de poche pour les petits plaisirs. Restée pour garder la maison, Bobonne qui, en bonne Malgache gère l’argent du ménage, n’en saurait rien.

La communauté internationale qui en attendait beaucoup et qui était prête à financer la manifestation – mais pas ses à-côtés –, faisait confiance à la société civile. Elle est désespérée et ne sait plus que faire. Prête à aider à une solution et pressée de le faire, elle avait, par le Pnud, déjà versé l’argent à une organisation de confiance. Désespoir ! Ladite organisation a été écartée de la conférence, sauf pour les petits fours. Nos hâtifs, spécialistes du spectacle, ont réussi à faire financer la représentation que l’on vit sur les télés, et réussi également à éviter les prévisibles dangers que représentait la société civile. Il faut bien l’admettre, ils sont champions toutes catégories dans le détournement.

Le premier jour, on se disputait aussi pour les parquinges des voitures, et c’était l’organisateur en chef qui les plaçait. Décidément, même eux ne sont pas servis. Où va-t-on ? Vers quel monde veulent-ils nous conduire ?

Au jugement de l’autorité politique et morale dont je parlais, ces représentants du peuple ne savaient même pas ce qu’était une Constitution, en dehors de la constitution physique des individus pour les bouteilles d’eau minérale et pour les chaises où s’asseoir. Ils ne savent même pas la différence entre une Constitution, une loi, un décret d’application et une circulaire. Il y a eu une foule de demandes qui ne correspondaient qu’à de petits intérêts privés et qui ne peuvent avoir leur place dans un texte qui pose des principes généraux.

On s’étonne aussi de l’importance que prennent certaines personnes. Un président de Conférence Nationale qui annonce que l’on ne peut rien changer à son texte – c’est le principe de l’infaillibilité conférencielle – et un autre président, celui des Ray aman-dreny mijoro, le pasteur Ramino, qui affirme, sans en avoir cherché dans le vétéro-testamentaire ; qu’elle est la preuve de la reconnaissance de la communauté internationale ! Par qui tous nos présidents ont-ils été élus ? Je suppose que Paul Ramino a été élu par lui-même, tant il désire, depuis 1991, avoir un rôle politique et affirmer un pouvoir qu’il croit être une autorité : le pastorat ne lui suffit plus, il lui faut faire appel à la culture malgache, alors qu’autrefois, dans un famangiana fahoriana, il refusait de suivre la coutume (araka ny fomban-drazana dia…) et s’évertuait à trouver des justifications dans les Ecritures. 

On ne doit plus toucher au texte de la Constitution. Le gouvernement s’est réuni au moins pendant trois jours pour lire et examiner le texte. Voudrait-il y changer quelque chose ? Ou bien, si cette « lecture » était si longue, était-ce parce qu’on devait leur apprendre à lire ? C’est inquiétant.

Les bruits les plus insensés courent comme celui qui voudrait que la différence d’intérêt existant entre la France et l’Afrique du Sud, pousserait celle-ci à soutenir les élections prochaines et à les financer. On a vu aux Nations Unies le « ministre » des Affaires Etrangères avoir un petit échange avec le représentant de l’Afrique du Sud au détour d’un couloir. Tout de suite, on parle de reconnaissance par l’Afrique du Sud. Ce serait un miracle. On ignore que les diplomates peuvent demander à leurs pires ennemis comment ils se portent. Je me souviens des conseils que, dès 1940, des résistants donnaient aux Parisiens. Sur le tract distribué, il était dit qu’il ne fallait rien faire pour les occupants. Un Allemand te demande-t-il son chemin ? Tu hausses les épaules, car tu ne comprends pas la langue de Goethe. Etc. Mais un Allemand te demande-t-il du feu ? Tu lui en donnes, car on n’a jamais refusé de donner du feu, même à son plus mortel ennemi.

La Conférence Nationale, c’est pour la vitrine. Ce qui est important, ce sont les décisions de principe et les textes que nos Hâtifs prennent dans le secret de leurs bureaux et qui, comme décisions d’Etat, risquent fort d’être appliquées, même si la Hat cédait la place à une Hap, une Haute Autorité Permanente. Ce dont personne ne doute dans mon entourage. Tout le monde suit la campagne électorale que fait notre DJ en chef et tout autant national. Dans le Nord, dans l’Ouest, il annonce des dépenses faramineuses : une pelouse synthétique et un complexe sportif de 15.000 places à Morondava. Un stade avec piscine olympique et l’hôpital le plus moderne de l’Océan Indien à Diégo-Suarez, et bien d’autres, alors que les magistrats sont en grève, que les employés du Port de Tamatave ont cessé le travail pour obtenir la libération des trafiquants de bois de rose – Tiens ! Tiens ! –, que les employés de l’université ne sont pas payés ni versées les bourses des étudiants et que les enseignants ont maintenant cessé d’enseigner. Les promesses de notre DJ en chef doivent être réalisées dans les six mois. A cette fin, l’Afd, Agence Française pour le Développement, utilisera généreusement son budget social pour venir au secours du vahoaka. Ou du petit Joelina ?

Six mois ? On en subodore la raison. Le temps de l’élection sera peut-être venu. Et notre « homme de paroles » sera candidat. « Vous voyez ce que j’ai fait seulement en six mois. Ce n’est rien comparé à ce que je ferai quand je serai président ». Sur des radios dans les embouteillages, j’avais entendu souvent Andriamanitra mahagaga. Verrons-nous Rajoelina mahagaga ? Trouvera-t-il encore un miraculeux financement ?

Il en est même qui pensent qu’il envisagerait d’organiser les fêtes du Centenaire de l’Indépendance. Une hypothèse à ne pas écarter, car il n’aura alors que 86 ans et sera toujours jeune. Les jeunes au pouvoir, beau slogan pour y rester. Je ne prendrai pas de pari, car je ne veux pas laisser un passif à mes petits-enfants. Je serai alors dans un monde de toute façon meilleur que le monde Hâtif et la démocratie malgacho-malgache dont nous bénéficions.

 

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